‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 93 sur 187 · II. LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

II. LA MÉTHODE

sciences physiques traitent de choses, et l’économie politique seulement de mots. Mais ceux qui ont ces idées trahissent une entière ignorance de l’histoire de la science. L’histoire primitive de toute science abonde en controverses sur la signification des mots. Quelques-uns pensent que, les sciences physiques portant sur des choses, il n’est pas difficile d’y donner des noms à des objets visibles. C’est une erreur déplorable. Il arrive presque toujours, au contraire, que des mots prennent place dans une science avant que personne puisse dire ce qu’ils signifient. Tel est le cas des mots de la mécanique, moment, force vive et autres. Tout le monde savant de l’époque prit part à une guerre de mots pour fixer leur sens et arriver à des définitions exactes. 11 est donc faux que les controverses des sciences physiques ne portent pas sur des mots; c’est au contraire sur d’exactes définitions de mots que ces sciences sont fondées. Il y a une époque où les sciences que nous appelons exactes n’étaient pas dignes de ce nom. Elles étaient affaire à'opinion et non de démonstration, et elles ne sont parvenues à la vérité démontrée que lorsque chaque mot et chaque princicipe ont été soigneusement discutés et arrêtés.

Pourquoi l’économie politique ne s’est-eile pas encore élevée au rang de science exacte comme la mécanique? Parce qu’on a jamais mis le même soin à arrêter ses définitions et ses axiomes. L’économie politique est aujourd’hui, comme la mécanique à ses débuts, encombrée de mots dont la signification n’a jamais été déterminée d’après des principes, et qui ne sont presque jamais employés dans le même sens par deux auteurs, dans l’emploi desquels les meilleurs s’entendent rarement avec eux-mêmes. Ceux qui ont cultivé l’économie politique étaient probablement aussi bien doués que ceux qui ont cultivé les sciences physiques, à part quelques génies incomparables.

Pourquoi donc n’ont-ils pas atteint entre eux la même unanimité que leurs frères? C’est tout simplement qu ils n’ont pas adopté le seul moyen qui pût assurer le succès, savoir : une discussion sérieuse du sens des mots. Ils 1 ont au contraire systématiquement dédaignée. Ce (pie les mots : moment , force vive et autres étaient pour la mécanique à ses débuts, ceux de valeur, de monnaie et de capital

le sont aujourd’hui pour l’économie politique.

L’économie politique est la science qui traite des lois qui règlent les rapports d’échange des quantités, tout comme la mécanique est la science qui traite des lois qui règlent le mouvement des corps. Elle repose sur certaines conceptions fondamentales, sur des définitions et sur des axiomes, aussi bien que la mécanique ; et en les établissant avec le même soin que dans, celle-ci, on peut l’élever au rang de science exacte. Elle contient im vaste ensemble de vérités susceptibles de démonstration, comportant la même espèce et le même degré de certitude que les lois de la mécanique , en ce sens qu on peut démontrer que tels ou tels effets sont dus à telle ou telle

cause.

Et pourtant des auteurs non dépourvus de mérite découragent celte méthode, ils voient dans ces efforts du pédantisme et du temps perdu. Ils admettent que dans toutes les autres branches des connaissanceshumaines des termes clairs et précis sont indispensables, et sont d’avis que l’économie politique seule n en a pas besoin. Or, on peut l’affirmer, si l’économie politique doit s’élever des brouillards des opinions di l’atmosphère des démonstrations, ce ne peut être que lorsque les économistes, abandonnant l’idée malheureuse de l’inutilité des discussions sur les mots, suivront l’exemple des physiciens leurs frères, qui ont obtenu de si brillants succès. Et quand cela aura lieu, l’économie politique sera reconnue une science aussi claire.

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