‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 96 sur 187 · ISI · texte numérisé non relu

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les propriétés réversibles, les payements futurs de toute espèce en un mot. Nous pouvons, par exemple, acheter une annuité de 3 francs pour 100 francs, ce qui donne

cette équation ;

100 francs = annuité perpétuelle de 3 francs.

Il en ressort que l’annuité de 3 francs est une entité indépendante, tout comme le chronomètre ou l’avis du jurisconsulte.

On ne se fera jamais de l’économie politique une idée nette, si l’on n’est fermement convaincu que ceü le désir des hommes qui communique la valeur à quelque objet que ce soit ; que tout objet qui satislait un de leurs besoins, et pour lequel ils donnent quelque chose en échange, est une entité indépendante, et cela tant qu’ils voudront donner cet équivalent. Lorsque nous achetons une terre pour 100,000 francs, la plupart diront que la terre est l’équivalent de la somme. Et cela est vrai dans un certain sens, mais comment? C’est qu’en donnant 100,000 francs poui cette propriété, nous avons la certitude que la terre pioduira chaque année à perpétuité quelque chose d’une valeur de 3,000 francs, que quelqu’un donnera 3,000 francs pour ses produits. Telle est, en fait, la source d une annuité perpétuelle de 3,000 francs; et l’on voit que c’est la demande des produits de la terre qui lui donne de la valeur.

Il s’ensuit que toute source quelconque dont dérive un revenu annuel est aussi une entité économique indépendante. La propriété d’un ouvrage a de la valeur, parce qu’elle donne lieu de compter qu’un certain nombre d individus échangeront quelque chose contre des e.xemplaires de cet ouvrage. La clientèle d’une boutique a de la valeur, parce qu’elle donne lieu de compter qu’un certain nombre d’individus viendront y acheter. La science du droit a aussi de la valeur, parce qu’elle donne lieu de calculer

(ju’uli certain nombre d’individus auront le malheur d avoir besoin de ce savoir. Il en est de même des autres professions. Si la même cause communique la valeur à chacune, la même cause, savoir la cessation de la demande de leurs produits, la leur retirerait. Ces considérations sapent dans leur base les doctrines économiques en vigueur, car ou professe communément que c’est le travail qui communique la valeur, tandis que c’est exclusivement la demande. Un terrain parfaitement cultivé dans l’intérieur de l’Australie, après avoir satisfait aux besoins des individus en petit nombre employés à sa culture, n’aura pas plus de valeur que toute autre portion du territoire inculte qui l’entoure, par la raison qu’il n’existe pas de demande pour ses produits. On voit, par conséquent, que la propriété d’un ouvrage, la clientèle d’une industrie, une éducation piofessionnelle, sont autant d’entités indépendantes et doivent être traitées comme telles eu économie poli-

tique.

En employant un autre terme pour la clientèle d’une industrie, il résulte de tout ce qui précède que l’habileté, l’intelligence et les relations d’un individu constituent aussi une entité économique, indépendamment des espèces et des marchandises qu’il possède, et peuvent être mesurées eu argent; il peut vendre le produit futur de son habileté commerciale, tout aussi bien que son avoir présent, et c’est ce que, dans la langue du commerce, on appelle le crédit. Cette propriété s’achète et se vend tous les jours pour des milliards, par le moyen d instruments de crédit, qui, dans la langue du commerce, s’appellent billets à ordre, et ces billets à ordre ne représentent ni de l’argent, ni des marchandises; ils représentent le futur produit de l’industrie de l’individu, et ils sont des entités indépendantes, parfaitement distinctes de l’argent et des

marchandises.

n. LA MÉTHODE. 183

Le docteur Whewell a dit : « Définition et proposition sont les deux manches de l’instrument par lequel nous saisissons la vérité. » Voici une application de cette remarque. Si nous considérons que le terme valeur est le signe d’égalité entre deux entités économiques indépendantes, que les instruments de crédit sont aussi de ces entités, et non pas de simples étiquettes sur des marchandises, telles que les connaissements et les warrants.; puis, que le capital est un mode particulier de se servir d une entité économique , puis enfin que les instruments du crédit peuvent être employés de la manière dont les entités deviennent du capital, on arrive à celte grande proposition, que le crédit est du capital. Et comment y est-on arrivé? C’est en se faisant des conceptions exactes des

mo\s> valeur, crédit et capital.

Bacon distingue entre les esprits dans la philosophie et la science; ceux qui saisissent les différences et ceux qui saisissent les ressemblances. Peut-être cette distinction n’est-elle pas aussi marquée qu’il le croit. L une et l’autre opération peuvent être effectuées par la même faculté, c’est-à-dire par celle de dégager des termes complexes les éléments, de discerner l’élément principal et les éléments accessoires. Lorsque les éléments principaux des objets sont identiques, ces objets doivent être classés ensemble, bien que quelques éléments accessoires diffèrent. Lorsque, au contraire, les éléments principaux sont opposés, il existe une distinction fondamentale entre les objets, même malgré la.ressemblance de quelques éléments accessoires. La même faculté nous met à même de découvrir les identités fausses et les ressemblances cachées. Or, toute vraie classification, ce qui revient à dire toute vraie science, repose sur l’intelligence des analogies fondamentales sous les différences superficielles et les distinctions essentielles sous les ressemblances apparentes.

Une des conceptions fondamentales de 1 économie politique est que l’argent, les billets de banque, les billets à ordre , malgré leur différence apparente , sont essentiellement analogues; et que les billets à ordre, les connaissements, les warrants, malgré une apparente ressemblance, sont essentiellement distincts. Le commun des esprits, remarquant seulement la différence apparente entre le billet à ordre et l’argent, du crédit dans le premier, et un payement dans le second, la promesse d’un payement en argent inscrite sur le billet à ordre, les croit toutàfait distincts, tandis que la connaissance de la matière apprend qu’ils sont cbacun des entités séparées, et que l’argent n’est que la forme la plus élevée du crédit, étant par sa nature un billet à ordre universel. D un autre côté, le commun des esprits, remarquant seulement les ressemblances apparentes entre les billets à ordre et les connaissements, et supposant que les uns représentent des espèces et les autres des caisses de suif, tous les deux étant également négociables, conclut qu ils sont identicjues dans leur nature, tandis que la connaissance de la matière apprend qu’ils sont distincts, les premiers étant des entités indépendantes, les seconds dépurés et simples étiquettes sur

des marchandises.

L’exacte intelligence de cette question détruit de fond en comble la théorie de Law, cette erreur étrange, qui a été jusqu’à ce jour pour l’économie politi(jue une énigme insoluble, car elle repose tout entière sur l’ignorance de la distinction entre les billets à ordre et les connaissements et sur l’hypothèse que toute monnaie de papier qui représente un objet ayant de la valeur, conservera sa valeur par rapport à l’or et à l’argent. Des faiseurs de projets sans nombre croient à cette erreur; on rencontre toujours des gens qui la proclament comme une grande et nouvelle découverte, tandis qu’elle a constamment échoué à l’é-

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