‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 98 sur 187 · II. LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

II. LA MÉTHODE

même. Mais, dans les sciences en général, ce mot a le sens d'un principe fondamental. Dans la géométrie en particulier, il est vrai, les axiomes sont des vérités é\identes ; mais il n’en est pas ainsi dans la physique ; la philosophie inductive a pour but de les reconnaître. Bacon et Newton appellent axiomes les grands principes généraux dont l’induction constate la vérité, les lois du mouvement par exemple. C’est cette signification que M. Macleod adopte.

Mais, pour établir ces axiomes, la physique a un moyen efficace, celui des expériences qu’elle peut faire à son gré. L’économie politique ne le possédant pas, on a prétendu (lu’elle n’était pas une science inductive, et M. Mill qui soutient celte thèse s’est rabattu sur la méthode à priori, que M. Macleod appelle an té et anti-baconienne. Bacon a déclaré que les sciences morales et politiques, dont 1 économie politique fait partie, sont des sciences inductives, et doivent être constituées d’après la même méthode que les sciences physiques; et, aux yeux de.M. Macleod, Bacon a raison. Il est parfaitement vrai qu’en économie politique il est rarement possible de faire des expériences, à moins qu’on ne soitàlatête des affaires. Évidemment un investi<^ateur ne peut pas, dans la solitude de son cabinet, se livrer à un nombre indéfini d’expériences ; il ne peut que suivre par l'observation celles que fait l État. Cependant, l’économie politique et les autres sciences morales ont, à tous égards, l’équivalent des expériences dans ce qu’on appelle les cas supposés. On sait que, dans l’application d’un principe de législation, on a l’habitude de supposer un cas, en vue d’éclairer des points douteux. Or, on peut procéder de même dans les sciences morales ; on peut aussi arguer de cas supposés, et en déduire des principes, avec le même degré de certitude que si c’étaient des cas véritables, avec toute la certitude des principes établis par

des expériences dans les sciences expérimentales. Un point essentiel dans ce procédé, c’est que les cas que 1 on suppose pour en extraire les principes doivent être possibles. Une expérience est de sa nature une combinaison possible de circonstances. En économie politique nul vrai principe ne peut être déduit d un cas impossible. Ainsi ces cas supposés, à la condition d être possibles, sont pour les sciences morales ce que sont les expériences pour les sciences physiques.

Une différence, toutefois, doit être notée. Dans les sciences physiques on peut toujours prédire le résultat dans ses détails. Dans les sciences morales on peut annoncer le résultat, mais non 1 individu qui 1 accomplira. Les propriétés dans le monde physique étant uniformes, chaque individu est obligé par l’ingénieur suprême à y obéir. Gha([ue aimant attire chaque aiguille. Mais, en économie politique, si nous savons que, là où il est notoire qu’un profit sera réalisé, quelqu un le réalisera, nous ne pouvons pas dire qui. Si le taux de 1 escompte est de 6 p. 0/0 à Paris et de 4 à Londres, nous savons qu’il sera avantageux de tirer des lettres de change pour exporter des lingots de Londres à Paris, et nous pouvons prédire que cela se fera, mais nous ne pourrons pas dire que ce sera tel ou tel négociant. Sachant que cette opération sera effectuée par quehju’un, nous serons en mesure d établir le principe général, que les taux de 1 escompte entre deux places peuvent être ramenés à un certain degré d égalité pour arrêter l’écoulement des lingots de 1 une àl autre. Ce principe général est aussi exact et aussi certain que la loi de la gravitation ; il nous donne une règle vraie et sûre pour nous guider dans certaines circonstances ; il répond d’une manière concluante et décisive à tous les économistes qui prétendent que le taux de l’escompte peut être maintenu uniforme, quels que soient les taux des autres pays.

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