‹ Une rue de Paris et son habitantChapitre 12 sur 13 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

— Mais tu n'as donc pas dîné ? dit M""' Marmus dont l'attitude resta celle de l'innocence la plus pure.

— Et avec quoi, Madame ? il avait deux sous ! dit M""® Adolphe en regardant M"" Marmus d'un air accusateur,

— Ah ! je suis vraiment bien à plaindre, ma pauvre madame Adolphe ; voilà vingt ans que cela dure, et je n'y suis pas encore faite. Six jours après mon mariage, nous allions un matin sortir de notre chambre pour déjeuner. Monsieur entend le tambour des élèves de l'École polytechnique où il était professeur, il me quitte pour les aller voir passer ; j'avais dix-neuf ans, et, quand je l'ai boudé, vous ne devineriez pas ce qu'il m'a dit ?. .. il m'a dit : « Mais ces jeunes gens sont la fleur et la gloire de la France ! . . . » Voilà comment mon mariage a commencé. Jugez du reste.

— Comment, Monsieur, est-ce possible ?... demanda M""" Adolphe indignée.

— Je tiens Sinard ! dit Marmus d'un air triomphal.

— Mais il se laisserait mourir, s'écria M'"'^ Adolphe.

— Allez lui chercher quelque chose à manger, dit M"" Marmus ; mais que ne se laisserait-il pas faire ! . . . Ah ! ma bonne madame Adolphe, un savant, voyez-vous, est un homme qui ne sait rien du tout... de la vie, s'entend.

La maladie se calma donc par un cataplasme de fromage d'itahe, que M"" Adolphe alla chercher, et que le savant s'administra très insouciamment, sans savoir ce qu'il mangeait, car il tenait Sinard !...

Page 1