‹ Une saison de fouilles à SipparChapitre 13 sur 95 · V. SC HE IL · texte numérisé non relu

V. SC HE IL

contenait de peu spécifique, on pouvait l’appliquer à toute autre localité située au milieu de belles plaines. Le plus important de tous les Sippar est Sippar sa Samas ; c'est celui qui nous occupe; nous l’appellerons Sippar tout court,

Sippar était situé à te kilomètres environ au nord-ouest du point d’intersection de /i-ï° long, et de 33° lat. du méridien de Paris. H faut une dizaine d’heures pour s'y rendre de Bagdad, et on y est à 9 heures et demie de l’Euphrate.

Sippar n avait pas de dimensions très étendues. Le grand coté de son enceinte mesure environ i3oo mètres de long, et le petit côté, à peu près 8oo mètres. Celte enceinte formait un rectangle à côtés presque parallèles. Elle mesure encore à cette heure, après féboulement, de h à y mètres de haut, et de îoà î 5 mètres de large à la hase.

Souvent détruite et toujours reconstruite , cette enceinte qui s’appelait UL-HL-A e 1 éternelle n, se composait d’un appareil de briques crues qui supportait un revêtement de briques cuites. Celles-ci ont été enlevées depuis, pour servira des constructions modernes. Mais le sol, sur les lianes de l’enceinte, est encore jonché de briques el do fragments de briques au nom de Nabuchodonosor.

De grandes portes s’ouv raient de tous côtés. Les haies de celles qui étaient sur h* WW avaient au moins 3o mètres d’ouverture, puisqu après féboulement elles en ont encore i 3 à e o; et on ne peul mettre en doute que ce ne soient là de vraies portes.

.le ne saurai dire si les deux solutions de continuité constatées au milieu de SSE proviennent d’anciennes portes, ou si l’enceinte, en ces endroits, a été démolie au ras du sol, dans la suite des temps, pour avoir été là, tout entière, en briques cuites. Les côtés WWS et SSE ne se rejoignent pas. Peut-être le massif du temple jouait— il en cet endroit le rôle de fortification, bien qu’à cette lin, il eut du être placé légèrement plus au sud.

C’est ainsi, qu'à Ni ni ve, les massifs de Koyoundyik et de Nebi-àounes sont assis sur l'enceinte qu ils coupent et suppléent. D’autres monticules semblent être du même ordre à Sippar; je veux dire celui qui est en face du thalweg I) et G, et ceux qui sont dans la projection de G.

Je n’ai pas v u trace de fort, à l’extérieur de 1 enceinte. À très grande distance, dans la direction de Bagdad, on rencontre de hauts tells isolés dans la plaine, comme entre Vrbèles et Mossoul, mais il est dilïicile de rien spécifier sur leur destination. Ils ne contiennent pas de construction, et le sol, quand on y pénètre, n'a pas l’apparence meuble et légère, particulière à la terre de ruines.

A Sippar, il n’v a pas davantage trace d’une seconde enceinte. La ville, construite sur une terrasse artificielle , avait comme dernière ressource, quand l’enceinte ne tenait plus, de se défendre chez elle, comme en une citadelle.

Autour de l’enceinte, et à l’extérieur plutôt qu’à 1 intérieur, où il aurait gêné la défense et le mouvement des troupes sur l’enceinte, devait se trouver X apparu creusé par Hammurabi ( Cyl . A. IL L, i i à q3), sorte de marais et de cannaie qui gardait les

approches du mur. Il n'en reste rien. On ne voit en dehors de l’enceinte, à meme le côtéWWS, que le lit du canal de Sippar (UD-KIB-NUN-KI) dont les berges, très visibles encore en ce point, vont se perdre insensiblement au niveau de la plaine, assez loin de la ville. Ce canal rasait le mur clenceinte qui lui servait de berge, et Pline avait

raison de dire : Hipparenum ( oppidum) sicut Babijlonii, iva ta fluviwn ]\ arrogant

(pii dédit civitati nomen (Hist. nat., VI, 3o). Les contrats mentionnent mille fois les magasins, sa ina muhhi ndr Sippar , cr qui se trouvent sur le canal n. Ces magasins sont des dépendances du Temple qui, d’après notre plan, était en effet sis sur le canal.

Je croirais volontiers qu’il existait une porte-écluse sur le côté WWS de l’enceinte, baigné par le canal, pour inonder et fertiliser, en temps de paix, l’espace vide autour de la vaste terrasse où était la ville proprement dite, ou pour défendre les abords en temps de guerre, après que l’ennemi occupait l’enceinte. La baie par où les eaux durent pénétrer existe encore. Dans la projection de cette baie, et parallèlement au côté NNW de l’enceinte, il y a encore les traces d’un fossé alimenté d’eau par une source et les pluies d’hiver.

Ce canal, qui reliait l’Euphrate au Tigre, n’était peut-être qu’une ramification d’une artère plus puissante, comme il est certain qu’il alimentait lui-même d’autres canaux moindres, entre Sippar et Dêïr. Toutefois, il était l’un des principaux du réseau, sinon le principal. Ses eaux coulaient du Tigre à l’Euphrate, d’après Xénopbon ; en sens inverse, d’après Pline et Strabon. La largeur de son lit est de vingt mètres; quant à sa profondeur, comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas eu le temps de m’en enquérir. Nous étions descendus à 3 mètres dans l’alluvion extrêmement léger, quand il fallut interrompre l’expérience.

Le grand renom de Sippar dans l’antiquité ne lui venait certainement pas de son immensité. La surface occupée parla ville proprement dite est petite, si on en défalque la plaine cultivée qui la séparait de l’enceinte. La population se réduit encore, si on considère que, d’après les contrats, il y avait des jardins dans Sippar même. Ces jardins, mentionnés dans les documents juridiques comme attenant à une maison, ne pouvaient être nombreux dans la ville intérieure. Pour moi, je n’y rencontrai que des maisons. Le chiffre des habitants, à mon estimation, ne dépassait pas quinze mille.

Mais il faut admettre, sans hésiter, que dans la ville intérieure ne se trouvaient guère que les administrations et les grands propriétaires. Cette cité était un temple où on venait, aux grandes solennités, vénérer les dieux; un bureau-magasin où on venait contracter, fournir ou recevoir; un khan où on se réfugiait en temps de danger.

L’immense majorité de la population devait vivre hors de l’enceinte, en plein air ou sous la tente, au milieu des champs qu'elle cultivait, et des récoltes. De nos jours encore, sur une étendue d’une lieue au nord de Sippar, tout le sol est battu et recouverl de milliers de tessères et de fragments de briques, telle une plaine que viendrait de quitter une armée après un campement prolongé; tel que serait dans vingt ans la moitié de Bagdad, si on le détruisait aujourd'hui.

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