V. S G HE IL
journal d'Europe, ils me demandaient comment j’avais pu écrire tout cela, avant de le lire. Un seul d’entre eux, enfant d’une dizaine d’années, lisait et écrivait 1 arabe, quil avait appris chez les muftis à Ililleh.
Pendant toute la durée des fouilles, nous ne reçûmes que deux visites, celle de M. Ilavnes, qui revenait de Ni lier, et celle du Consul de France à Bagdad. Cette dernière nous lit d’autant plus honneur et plaisir, que M. Pognon est l’un de ceux qui connaissent le mieux l’Iraq-Arabie, et l’un des rares assyriologues qui aient vécu en Vssvrie et en Babylonie. Il parut émerveillé de nos travaux. Par surcroît cle bonheur, il m'apprit, en cette occurrence, qu'il possédait, à Bagdad, un graphomètre. J’allai chercher l’instrument au mois de Mars, et levai aussitôt le plan de la ruine, comme on le voit en tête de ce livre.
Pendant l’opération, les Arabes qui me servaient, et qui avaient déjà vu à Nifter lever un plan, s’amusaient fort à effrayer ceux plus ignorants, d’Abou Habba, qui d’aventure passaient par là avec leurs troupeaux : « C’est un canon, sauvez-vous! n, criaient-ils de loin, en montrant la table du graphomètre; et ceux-là, de courir à toutes jambes, dans une autre direction.
Je fermai mon polygone avec deux mètres d’écart seulement. 11 reste évidemment mainte imperfection de détail dans les contours du plan; mais tel quel, je l’estime très utile à qui fouillera après moi à Si p par. J’eusse béni’ pour mon compte le Ciel si, en me rendant là-bas, j’avais eu comme indication topographique sur ces lieux, autre chose que les quelques lignes laissées par Bassam dans les Transactions of the Society oj Bibhcàl Archœlogy , t. VIII , p. 172.
Du côté de la température, nous n’eûmes presque aucun encombre. Elle était suffisamment douce et sèche. Un vent très froid nous arrêta en janvier, pendant deux jours, moins parce qu’il était froid que parce qu’il aveuglait les porteurs de zambil , en soulevant la poussière. De temps en temps aussi, rarement, une journée ou une demijournée de pluie nous faisait surseoir aux travaux. Nous eûmes plusieurs orages. C’était merveille alors de voir, dès huit heures du matin, d’un côté de l’horizon, se lever Samas radieux, fulgurant de lumière, comme en ses plus beaux jours, pendant qu’à l’autre extrémité Adad surgissait dans un gros nuage noir (fui, s’épaississant toujours, gagnait de l’espace, tonnait, lançait des éclairs, et envahissait la moitié du ciel. C’était en vain quele dieu de Sippar dardait ses plus puissants rayons qu’on voyait se détacher en gerhes sur le fond de la nue, et sillonner la voûte jusqu’à l’horizon opposé; bientôt l’orage éclatait en cataractes d’eau. 11 ne se peut, en vérité, rien \<>ir de plus grandiose que ce spectacle, dans le désert, de la lutte de la Tempête et du Soleil.
Le lendemain, on pouvait retourner aux fouilles, en passant sur un tapis de fleurs, diapré de mille couleurs, et parfumé de mille senteurs.
Cependant la saison avançait. Après avoir sondé le temple, ses dépendances, la 'ilh* sur tous ses monticules, je lis faire un essai, en rase campagne, au sud de A, où
je trouvai encore des constructions Lasses et des vases, et où je vis Lien que le niveau , actuel de la plaine est au-dessus de l’ancien, à plus d’un mètre. Je lis aussi ouvrir, à la bâte, une trancliée dans l’enceinte de la ville, sur la plus Lelle porte qui me parait avoir été celle qui est située en face de K. Nous mîmes Lientôt au jour un appareil de Lriques crues. Cependant, l’enceinte est jonchée, çà et là, de Lriques ou de fragments de Lriques cuites. Mais, des travaux qui couronnaient l’enceinte et du revêtement, tout a disparu.
Je voulus savoir aussi, avant de finir, quelle profondeur avait l'ancien fit du canal. Je fis donc ouvrir un puits. A 3 m. 5o de profondeur, on rencontrait encore la terre d’alluvion, alors que le nivean actuel du lit est, à peu près, au niveau de la plaine. J’arrêtai, faute de temps, l’expérience.
Vers le 20 du mois d’avril, nous dûmes songer au retour, non que la clialeur fût devenue insupportaLle; mais nos ressources étaient épuisées. Par suite d’une crue exceptionnelle, l’Euplirate, qui couleàdeuxlieuresetdemie d’AbouHabba, nous envoyait ses eaux jusqu’au pied de l’enceinte de la ruine, tandis que nous apercevions, de l’autre côté, les eaux du Tigre dans la plaine de MabmoudiyeL. Bientôt les moustiques et autres insectes pullulèrent à foison. Partant, plus de sommeil. Accoudé sur la terrasse du khan, on pouvait écouter, liélas ! tout à loisir, dans le silence de la nuit, les femmes araLes tourner la meule, et chanter plaintivement ce refrain d’une de leurs cfiansons : «0 ZaLra, ma sœur, je n’en puis plus, laisse moi dormir ! n
Nous quittâmes notre chère ruine, avec espoir d’y revenir un jour, le 26 avril 189/1. Nous nous embarquâmes àMahmoucliyeh, non sans difficulté, à cause du grand nombre des pèlerins persans qui revenaient de Kerbela, et encombraient le rivage de cette mer improvisée. Nous abordâmes à Bagdad, à G heures du soir, après huit heures de navigation.
A peine rentré à Bagdad, Son Excellence Hamdi Ley nie fit l'honneur de m’offrir une nouvelle campagne à diriger. Malgré la grande satisfaction que j’avais eueàSippar, et un grand désir d’interroger encore ailleurs ce sol vénérable, pour des raisons d’ordre privé qui me rappelaient en Europe, je dus interrompre toute exploration.
Dès les premiers jours de mai, je 111e mis en route pour Mossoul. Je fis ce voyage rapidement, sans quitter un moment, pendant cette quinzaine de jours, mes préoccupations scientifiques ou archéologiques. Çà et là, on 111e présentait des monnaies sassanides ou turques. Au Mousabbah-Khan, on m’offrit une statuette fausse en terre cuite. Entre Mousabba b-KI îan et Deli-Abbas, on rencontre un ensemble superbe de tells, ruines certaines d’une grande ville. Je passai, le cœur gros de regrets, sans pouvoir m’y arrêter un instant. Puis, sur ieparcours, des débris de l’époque parthe ou des califes sollicitaient le regard. De Deli-Abbas à Karatêpê, le chemin se lire en longueur. La veille même de mon arrivée dans les Monts Hamrin, des bandits y avaienl arrêté et dévalisé la poste. On doubla mon escorte de zaptiés, avec des soldats de la garnison, jusque dans la plaine de Karatêpê. Dans ce village peuplé de Turcomans