CHAPITRE DEUXIEME
Naiï^saiitjc ilc la colonie. — L'abVjô tie Breslay, premier missionnaire — M. Gottcville de Belle-Isle, premier gouverneur Etat (1<; la po])uIation Les Récollets au port
Lajoie.
La tentative du coiiito de Saiiit-Pieire ne fut cependant pris aussi inutile à l'île Saint-Jean qu'on pouiTiiii le supposer d'après le V. de Charlevoix; car elle doinia naissance à quelques petits centres de colonisation qui, grâce aux dépenses que faisait la compagnie pour créer ses coin])toirs, ne tardèrent pas à se développer et à prospéi'er.
On n'a sur ces jircniiers établissements (|ue de rares et succincts renseignements, mais ils sont inajipréciables, car ils sont ofïiciels : ce sont d'abord les registres des baptêmes, mariages et sépultures ténus dès l'année 1721, par les missionnaires, et ensuite les recensements
faits dans l'île Saint-Jean durant les années 1728, 17o5, 175o. Les denx premiers de ces recensements sont d'autant plus précieux qu'ils sont nominaux. A l'aide de ces pièces, on suit pour ainsi dire pas à pas la marche des premiers émigrants à partir de leurs points de départ, puis la formation et le développement de chaque groupe de colons. On trouve même plus d'un trait de leur physionomie sociale dans les actes des registres.
Pendant que le comte de Saint-Tierre était occupé, à Paris, à lassembler les éléments de la colonie qu'il voulait fonder dans l'ile Saint-Jean, il tit la rencontre d'r.n prêtre de Saint-Suli)ice, l'abbé de P)reslay, qui venait d'arriver du Canada où il avait été successivement curé de Montréal et missionnaire chez les sauvages du saut Saint-Louis ''. L'abbé de Breslay était un homme de qualité, qui avait vécu dans le monde avant d'entrer à Saint-Sulpice. Le comte de Saint-Pierre avait dû le rencontrer plus d'une fois à la cour de Versailles, où il servait en qualité de gentilhomme de la, chambre du roi. Le comte, qui était à la recherche d'un missionnaire pour sa nouvelle colonie, sollicita l'abbé de Breslay d'entre- ])rendre cette o'uvre de zèle, et n'eut pas de peine à le
] — Vaudreuil au iiiiiustrc, ]ô novembre, 1713. " \\ est sur le point, ajoute-t-il, de passer en France ])Our une réclaniation au ministre ".
convaincre ; car il était d'un caractère ardent et plein d'enthousiasme pour les rudes labeurs des missions du Canada. Il ne s'agissait plus que d'obtenir l'autorisation du supérieur général de Saint-Sulpice, qui était alors M. Lcschassier. Celui-ci se laissa facilement persuader ; car il avait hérité de son prédécesseur, M. Tronson, l'idée de fonder un séminaire dans les régions du golfe Saint-Laurent. Une première tentative avait même été faite à Port-lîoyal (quelques années auparavant ; mais elle avait échoué. M. Leschassier jugea l'occasion favorable }»our la reprendre et l'exécuter dans l'île Saint-Jean.
M. de Breslay était bien l'homme qu'il fallait pour cette fondation, homme d'Age, de quaUté, d'expérience dans ce genre de ministère, sachant les langues apparentées à celles des Indiens de l'Aoadie et des îles du golfe Saint-Laurent ; mais âgé d'environ soixante ans et affaibli par de longs travaux, il hésitait à partir seul et demandait un autre missionnaire pour l'assister. Un jeune sulpicien alors en ilisponibilité, l'abbé de Métivier, lui fut accordé et s'embarqua avec lui.
Marie-Anselme de Métivier, originaire du diocèse d'Orléans, avait déjà passé six ans au Canada, où il était arrivé en 1716. Après avoir été occupé à Montréal et à la Longue-Pointe, dont il fut un des premier* curés, il était repassé en France et venait de terminer les affaires qui l'y avaient lappelé, lorsqu'il reçut de non-
velles lettres de mission pour l'île Saint-Jean. Les deux missionnaires y étaient déjà depuis queLjiies mois, lorsque l'abbé de Breslay inscrivit le premier acte dans les registres. En tête de la première page il écrivit ce qui suit :
" Je, soussigné, prêtre du séminaire de Saint-Sul[)ice, missionnaire des sauvages Algont^uins et Népi.ssiriens de la mission de Saint-Louis, au-dessus de l'isle de Montréal, en Canada, envoie par Monsieur Leschassier, prêtre, docteur en Sorbonne, et supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, et par ]\Ionsieur le comte de Saint- Pierre, premier écuier de Son Altesse Royale Madame la Duchesse d'Oiléans, de l'agrément et consentement de j\Ltriseigneur de Mornay, coadjuteur de Monsieur L'éves([ue de Québec, son grand- vicaire résident pour lors à Paris, envoyé, dis-je, par iceux du consentement et aussi de l'agrément de la cour, pour servir de curé dans les isles de Saint- Jean, la Madeleiue, Miscou, La Pâmée et autres isles dans le golfe Saint-Laurent, au dit Canada, accordées par Sa Majesté au dit Monsieur le comte de Saint-Pierre, certifie avoir reçu le présent registre, etc., etc., 17 avril, 1721.
Le registre n'a pu être envoyé à Louisbourg pour le faire signer à cause de la saison de l'hiver et des glaces qui enq lèchent la navigation.
(Signé) De Bueslav, curé".
Le dix avril précédent, l'abbé de Breslay avait ouvert le registre par l'acte de mariage de François du Eocher, pêcheur, originaire de Bretagne, et d'Elisabeth Bruneau.
Il est difficile de s^lp]»user que le comte de Saint- Pierre, qui avait de si grands intérêts dans les îles du golfe, dont il avait obtenu la concession, et qui y créait des établissements considérables, ne soit pas venu en personne les surveiller du moins dans les commencements. On n'en trouve ce[)endant aucune trace directe dans les documents de répO(|ue. Ce (lu'il y a de certain, et (]ui fait supposer sa présence, c'est (pie sa femme vint passer quelque temps au port Lajoie, où elle servit de marraine au baptême de l'enfant d'un des officiers de la compagnie '. Ce qu'on ])eut affirmer également, c'est que l'année même où le comte de Saint-l'ierre dirigea sur l'ile Saint-Jean un jiremier groupe de colons (1720), il s'y ht représenter par un gouverneur, M. Gotteville
de Belle-Isle, qui paraît y avoir commandé jusque vers 173U -.
1 — Registres du port Lajoie, acte du 14 juillet, 1722.
2 — On trouve la signature de ce gouverneur dans les registres de l'île Saint-Joan, à la date du 21 avril, 1721. On y lit que le mariage de Jean Madré, maître de chaloupe, et de
30 UNE SECONDE ACAPIE
Les pêcheries avaient été de totit temps dans ces parages la source la plus immédiate de profit. Ce fut ce motif qui engagea la compagnie à venir asseoir un de ses établissements au havre Saint-Pierre, dont les environs offraient en même temps des terres favorables à la culture. Au cours de l'année 1720 et 1721, elle y installa dix familles qui toutes furent occupées à la pêche. Cinq autres s'établirent au port Lajoie, trois à la rivière du Nord-Est, et deux à la Pointe de l'Est.
Il n'y avait dans l'île, avant l'année 1720, que deux familles françaises, une au havre Saint-Pierre, l'autre à la Pointe de l'Plst, toutes deux vivant de pêche. A la fin de l'année 1721, le premier noyau de colonisation était formé dans l'île Saint-Jean, et se composait de dix-neuf familles faisant en tout une centaine d'individus. Dès lors, il s'établit vers l'île deux courants d'immigration, l'un venant directement de France, l'autre de l'Acadie.
Les Acadiens s'occupant d'agriculture de préférence à la pêche, étaient les colons les plus stables et les plus solides.
Susanne La Gagueric se fit " en présence de Messire Robert- David Gotteville de Belle-Isle, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, lieutenant de vaisseau, capitaine d'une compagnie franche de la marine et gouverneur des Isles Saint-Jean, La Madeleine, Miskou, Brion, La Ramée et autres, dans le iiolfe Saint-Laurent".
UNE SECONDE ACADIE ol
La petite colonie continua à recevoir, durant les années qui suivirent, de nouveaux colons, les uns amenant avec eux leurs familles déjà formées, les autres se mariant anrès leur établissement dans l'île.
La vaste nappe d'eau qui forme le port Lajoie, est séparée de la nier par deux pointes de terre assez peu élevées qui s'avancent en face l'une de l'autre jusqu'à nne assez courte distance, et entre lesquelles s'ouvre le chenal qui donne accès dans le bassin. C'est sur l'extrémité (pi'on laisse à gauche en entrant, qu'avaient été assis les comptoirs de la compagnie du comte de Saint-Pierre. Une clairière y avait été défrichée, et en 1722, on y voyait un petit village proprement construit en bois. 11 consistait en une maison pour le gouverneur, une caserne où logeait une compagnie des troupes de la marine qu'il commandait, des magasins, des hangars, quelques maisons pour des particuliers et une petite église que l'abbé de Breslay avait dédiée sous le vocable de Saint- Jean l'Evangéliste i.
LTne grande activité régnait sur ce coin de terre où l'on n'entendait naguère que le bruit des vagues au
1 — Rec/istres dn purt Lajoie, acte du 23 avril, 1721.
Tjoid du ri\'a,o'e et du vent dans la forêt. Les équipages d'un ou deux navires étaient occupés à décharger des provisions, des bestiaux, des instruments de culture et de pêcherie.
A quelques jias de la giève, où avaient été traînés à sec plusieurs canots d'écorce, se dressait un grouj.e de cabanes de sauvages attirés en ce lieu par les présents que leur distribuait la compagnie, ou venus poin- faire le cr.nnnerce des pelleteries.
Quehjues scènes de la vie coloniale de ces premiers teni] s dont les principaux traits ont été conservés, vont nous faire connaître l'organisation de la compagnie avec ses peisonnages les plus niaïquants : c'était une reproduction en miniature du gouvernement de laNouvelle- Trance, avec ses qualités et ses défauts,- ses rouages trop compliqués, ses habitudes trop européennes, son affabilité pour la race indigène, sa sollicitude pour la civiliser et i'évangéliser.
Le 14 juillet, 1722, eut lieu une cérémonie religieuse qui réunit dans la petite église du port Laioie, les principaux personnages de la colonie : c'était le baptême d'un enfant de M. Louis de la IJonde Denis, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, enseigne de vaisseau, capitaine d'une compagnie franche de la marine, lieutenant de roi de l'île Saint-Jean, et de dame Louise Chartier de Lotbinière. Le baptême était fait par l'abbé de ]\Iétivier, en l'absence du grand-vicaire de
Breslay, parti pour une mission dans le voisinage. Le gouverneur, M. Gotteville de Belle-Isle, en uniforme militaire, servait de parrain à l'enfant, ayant pour marraine " très haute et puissante dame, la comtesse de Saint-Pierre, née Louise de Kervin, dame d'honneur de très haute et très excellente Princesse, Son Altesse Eoyale, la Duchesse d'Orléans ". Parmi l'assistance, on pouvait remarquer M. Eobert Pothier du Buisson, " subdélégué de l'intendant de la Nouvelle-France à l'île Saint-Jean " ; M. Aubert, sieur de Jlaure, conseiller au conseil supéiieur de Québec et directeur général de l'île; M. Pierre de Graudpré, chirurgienmajor, et M. Gabriel de la Bonne, second chirurgien ; M. Louis de la Bretesche, officier de marine, major du port Lajoie ; M. François Pastureau, directeur des vivres ; M. du Bouillon, cadet de la compagnie de CTotteville ; M. Thomas, maître de grave du liavre Saint-Pierre, et plusieurs autres officiers et colons ^
En voyant cette liste de personnages nobles, et autres occupant des postes officiels, on a peine à croire qu'ils habitaient un coin des déserts sauvages de l'île Saint- Jean, si loin de ce beau monde de Paris que la plupart avait quitté, il n'y avait pas encore deux ans. Quel contraste entre leur existence actuelle et celle qu'ils
1 — Ecijistres du ^lort Lajoie.
avaient menée dans les cercles brillants d'où ils étaient venus ; Quel courage ne leur fallait-il pas pour supporter leur nouveau genre de vie, avec ses privations de toute espèce, et surtout avec l'inexorable ennui de la solitude, à peine interrompu par quelques rares arrivages soit de l'île Eoyale, soit du vieux monde! La plupart n'y purent résister longtemps, et reprirent, après quelques années, le chemin de la France. Quelques-unes de ces familles finirent cependant par s'accoutumer à cette vie nouvelle, et se fixèrent dans l'île. On retrouve leurs noms, avec ceux de quelques autres familles nobles, mêlés à la foule des colons jusqu'à la fin du régime français dans l'île Saint-Jean, tels que les d'Aillebout de Saint- Villemée, les Eurry de La Pérelle, les Moët de Moras, les De Lafitte, les Forget de la Croix, les Ly Neuf de Beaubassin, les De Gourville, les De Goux.
A quelque temps de là, dans la même chaj.'elle du port Lajoie, avait lieu une autre cérémonie qui fait, pour ainsi dire, toucher du doigt la sympathie et la fraternité qui régnaient entre les Blancs et les naturels du jjays. Le missionnaire versait l'eau du baptême sur la tête d'un enfant sauvage. Autour de lui se coudoyaient plusieurs sauvages et sauvagesses, mêlés à quelques officiers français. L'uu d'eux, M. Eobert Duhager, lieutenant d'infanterie, commandant du port Lajoie et peu après gouverneur de l'île Saint-Jean, avait voulu
servir de parrain au petit indien, avec Mademoiselle Louise-Marguerite Pothier du Buisson, pour marraine i.
Dans une autre circonstance, et au même lieu, on vit un des principaux officiers de la garnison, le chevalier de Mézillac, tenir sur les fonts baptismaux un petit micmac, et ne pas dédaigner de prendre pour marraine une sauvagesse 2. Il serait facile de citer bien d'autres faits du même genre.
On peut se figurer l'impression que devait faire sur l'esprit des indigènes de pareilles marques de considération. Elle confirmait la prédication des missionnaires qui leur disaient que les hommes avaient tous le même Dieu, que Blancs et Peaux Rouges étaient égaux à ses yeux, qu'ils étaient tous frères, et avaient droit au même héritage dans l'autre vie.
' Il y a bien des imperfections à relever dans le système colonial de la France en Amérique. Elle a fait des fautes dont elle a été la première victime ; mais elle a acquis un rang à part parmi les nations européennes qui ont créé des colonies sur ce continent. Elle a fait ses conquêtes non avec l'épée, mais avec la croix. Loin d'être le tyran des peuples qu'elle a rangés sous son domaine, elle a été leur bienfaitrice. Elle les
1 — Registres dn port Lajoie, acte du 9 septembre, 1728.
2 — Idem, acte du 30 juillet, 1750.
a reçus dans son sein comme ses propres enfants, et a toujours essayé de les élever à la hauteur de sa civilisation.
Le ministère de l'abbé de Breslay s'exerçait sur une population peu nombreuse, mais dispersée sur divers points de l'île Saint-Jean et de plusieurs autres îles, ce qui l'obligeait à de fréquents voyages, qu'il fallait faire à la manière des sauvages, soit en canot, soit à pied à travers les bois, ou bien, pour la desserte des autres îles, sur des navires, goélettes ou autres embarcations capables de tenir la mer. Deux fois par année, l'automne et le printemps, il faisait une visite régulière en ces divers endroits et stationnait principalement au havre Saint- Pierre, le poste le plus important après le port Lajoie, et à celui de Malpec, séjour préféré des Micmacs.
Cette dernière étape avait pour lui un charme qui le retenait ; car elle lui rappelait son ancienne mission de Saint-Louis, près de Montréal. Comme presque tous les prêtres qui ont vécu parmi les sauvages, il aimait ces pauvres enfants des bois, ces âmes simples et naïves, ouvertes aux croyances religieuses, toutes pleines d'aspirations et de désirs de l'autre vie. La connaissance que l'abbé de Breslay avait des langues et des habitudes sauvages lui donnait auprès d'eux une souveraine influence.
Ils aimaient, parce qu'ils se sentaient aimés. L'empressement avec lequel ils venaient à la rencontre de la Robe Noire, la joie qui se lisait sur leurs âpres figures, l'avidité avec laquelle ils écoutaient ses instructions, le bien qui s'opérait en eux, faisaient oublier au missionnaire les fatigues du voyage. Une cabane d'écorce servait de chapelle. Il y dressait son autel portatif, dont les gradins étaient ornés de fleurs des bois que les femmes et les enfants venaient apporter.
Pendant quelques jours, le petit sanctuaire improvisé devenait le centre où convergeaient toutes .les familles. Les enfants étaient d'abord rassemblés pour recevoir les instructions du catéchisme, et se préparer à leur première communion. Puis venaient les confessions des adultes, et la visite des malades retenus sur leurs grabats.
Enfin, le dernier jour de la mission venu, on voyait, au soleil levant, toute la population du village agenouillée devant la porte de la cabane, où le prêtre, revêtu des ornements sacerdotaux, commençait la messe solennelle, dont le chœur des sauvages et des sauvagesses chantait les diverses parties en leur langue.
Tout le monde connaît la beauté de voix que possèdent presque tous les indigènes. Il faut avoir vu soi-même dans les bois de pareilles cérémonies religieuses pour saisir tout ce qu'elles ont de sublime dans leur simplicité.
A l'heure de la communion, toute l'assistance s'approchait de la sainte table. Et le missionnaire sentait
malgré lui rémotion lui monter au cœur, en voyant l'air de recueillement et de prière qui se peignait sur ces visages de Peaux Rouges, naturellement si fiers, avec leurs yeux de lynx, plus noirs que le jais, avec leurs traits osseux, leurs longs cheveux noirs, ceux des femmes retombant sur leurs épaules, ceux des hommes relevés et attachés en panaches au sommet de leur tête, avec des plumes de diverses couleurs i.
Le paysage qui servait d'encadrement à cette scène en faisait ressortir l'originalité : d'un côté, la vaste mei', avec ses A'agues à crêtes d'écume reluisante au soleil, et déferlant sur la grève avec des bruits sonores ; de l'autre, la forêt vierge étendant son dôme vert sur de mystérieuses profondeurs ; au-dessus, le grand ciel bleu, tacheté de nuages, où se balançaient les oiseaux de mer, jetant de fois à autre, leurs cris stridents, et au miheu de cette solitude, un petit village de cabanes coniques. Les seuls êtres humains qu'on aperçut dans ce désert, étaient le groupe d'indigènes agenouillés, en costumes bizarres, bariolés de toutes couleurs, les hommes vêtus, les uns à moitié à l'européenne, les autres de j^eaux de
1 — " On iJi-endrait ces Indiens jiour des saints, dit l'abbé Le Loutre, dans une de ses lettres ; ce sont des anges à l'église par leur modestie, dociles à leur " Patriarche " soumis à ce qu'il dit ". Malheureusement alors comme aujourd'hui, le contact avec les Blancs rendait ce bien peu durable.
bêtes, les femmes enveloppées en général de couvertes de laine.
Le moment du départ arrivé, l'abljé de Breslay donnait une dernière poignée de main aux chefs de la tribu, et montait dans son canot d'écorce, suivi jusqu'au bord de la grève jjar la foule du village qui l'accompagnait de ses signes d'adieu, jusqu'à ce qu'il eût disparu derrière la pointe voisine. Il rentrait au port Lajoie, quelques jours plus tard, le corps brisé, les habits souvent en ]aml)eaux, mais le cceur comme celui de l'Apôtre, surabondant de joie au milieu de ses tril)ulations.
Au mois d'août de 1723, un nouveau missionnaire était installé au ])ort Lajoie, sous le toit occupé naguère par l'abbé de Breslay, et son confrère, l'abbé de Métivier, lequel jusqu'alors avait partagé ses travaux. Ce nouveau missionnaire était un moine, à tête rasée, marchant pieds nus avec des sandales, vêtu de la robe de bure, à teinte grisâtre, serrée autour des reins |)ar une courroie blanche, en unmot, portant le costume qui distingue les religieux de saint François. Le frère Louis Barbet Didonjon — tel était le nom de ce religieux — était débarqué depuis peu de jours au port Lajoie avec le
titre d'aumônier de la garuisoii, et chargé eu même temps de la desserte de toute l'île.
Quelles étaient les circonstances qui avaient amené ce changement ? Il est facile de le présumer, quoiqu'on n'en ait pas de preuves authentiques,
La compagnie du comte de Saint-Pierre commençait à s'effrayer des énormes dépenses qu'elle faisait, et qui lui paraissaient disproportionnées avec les profits qu'elle espérait réaliser. Parmi les économies qu'elle entrevoyait, étaient celles qui pouvaient être introduites dans le service religieux de la colonie. L'entretien de prêtres séculiers était évidemment plus onéreux que celui de moine mendiant, pouvant se contenter de la ration du soldat. Or, une branche de l'ordre des Franciscains, les Pères récollets de la province de Bretagne, venaient de fonder un couvent à Louisbourg. Le P. Barbet Dulonjon avait reçu ses lettres d'obédience du supérieur de ce couvent.
Quelque temps auparavant, un rehgieux de la même maison, le frère Michel Brûlai, qui desservait les petits groupes de population disséminée sur les deux rives de la baie des Chaleurs, et particulièrement du village micmac de Eistigouche, était débarqué au port Lajoie ^
1 — Registres du port Lajoie^ acte du 3 juillet, 1721 et du 28 juin, 1722.
Il y fut suivi de l'abbé Gaulin, l'uu des plus intrépides missionnaires de l'Acadie, où il représentait l'évêque de Québec, en qualité de vicaire-général ^.
La rencontre successive de ces missionnaires au port Lajoie, avec les deux piètres sulpiciens desservant la petite colonie naissante de Saint-Jean, avait une signification qui s'explique par les événements qui suivirent. Nul doute qu'on y ait conféré ensemble, et avec le gouverneur, des projets de la compagnie, et pourvu à une nouvelle organisation des missions dans les îles du golfe Saint-Laurent. Il n'avait pas fallu à l'abb- de Breslay un long séjour dans l'île pour se convaincre et prévenir M. Leschassier que la fondation d'un séminaire y était bien trop prématurée.
Quelques mois après, le récollet, Louis Barbet Dulonjun, avait remplacé les deu.x prêtres de Saint- Sulpice. L'abbé de Breslay quitta l'île Saint- Jean au printemps de 1723, et fut suivi, au mois de juillet suivant, de l'abbé de Métivier, (|ui repartit pour la France.
L'abbé de Breslay, cédant sans doute aux sollicitations du grand-vicaire Gaulin, alla exercer le ministère pas-
1 — "Le sieur Gaulin... est Canadien et du Séminaire des Missions Etrangères établi en Canada ; il est bi-ave et a- fait la guerre avec ses sauvages contre les Anglais ". Archives de la Marine et des Colonies. Conseil de Marine, 28 mars, 1716.
toral auprès des populations acadiennes du continent. Il se fixa d'abord à Sainte-Anne de Beaubassin, où il construisit une église, et fit d'importantes réformes en cette paroisse longtemps privée de prêtres.
De là, il alla prendre charge de la cure de Purt-Royal, où l'attendaient de violentes persécutions que lui suscita le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, Lawrence Armstiong.
J'ai fait ailleurs le portrait de cet officier, caractère bizarre et fantasque, tour à tour bénévole et tyran, ayant parfois des hallucinations, et (jui finit par mettre un terme à son étrange existence en se ]>erçant de son épée ^. 'T'ai raconté comment il ht insulter l'abbé de lîreslay, en pleine église, pendant «[ue ce missionnaire y remplissait les fonctions sacrées ; comment il fit fouetter des habitants pour les forcer à déposer contre lui ; comment il lit enfoncer ses portes, piller son jiresbytère, vendre ses bestiaux, en en gardant le produit ]iour lui-même ; comment il alla jusqu'il menacer ses jours, et l'oljliger à aller se cacher au fond des bois durant plus de quatorze mois. Je pourrais ajouter avec un Mémoire du temijs, (|ue le même Armstrong, revenant d'Angleterre, et ayant rencontré dans le détroit de Canseau, rabl)é de Breslay, " qui, avec l'agrément de
1 — Un Pclertna'je an Pai/a d' Ecuiujéliue, page 94.
M. Philipps, encore gouverneur général de l'Acadie, et, H la demande de M, de Mésy, intendant de l'île Royale, allait à Louisbourg, s'est emparé de force du navire que ce missionnaire avait frété chèrement et à ses frais pour son voyage ^ ".
L'abbé de Breslay, dont la santé avait été ébranlée par toutes ces ])ersécutions venues à la suite de longues années d'apostolat, dut repasser en France, où il alla mourir au milieu de ses confrères de Saint-Sulpice -.
Le P. Dulonjon ne résida guère qu'une année dans l'île Saint-Jean, et n'est connu ([Ue de nom ; mais son successeur (1725-1720), le 1'. Félix Pain a laissé un souvenir cher aux Acadiens. A l'époque où il fut curé des Mines, il se montra le défenseur aussi courageux que dévoué de leurs droits, malgré la persécution (pi'il
1 — Archiver de ht Marine et den Colonies. Etaf présent des missions de VAcadie.
2 — Une partie des faits contenus dans les notices de MM. de Breslay et de Métivier est extraite d'un manuscrit extrêmement précieux, que je dois à l'obligea'nce de M. l'abbé Pierre Rousseau, piètre de Saint-Sulpice de Montréal. Ce manuscrit, qui n'a pas moins de trois cent six pages in-folio très compactes, est une histoire à peu j^rès comjilète des Missionnaires Suli^iciens en Acadie, écrite d'après les archives de cette Congrégation, conservées à Paris et à Montréal. Je dois une gratitude toute particulière à M. l'abbé Rousseau qui, malgré ses nombreuses occupations, s'est imi^osé la tâche <le rassembler cette masse de matériaux, de les coordonner, de les rédiger et de les transcrire, pour me les communiquer.
eut à souffrir de la part des autorités anglaises. A l'île Saint-Jean, il remplissait à la fois les fonctions de curémissionnaire, de supérieur des missions de l'Acadie et de vicaire-général de l'évêque de Québec ^
A l'exemple de l'abbé de Breslay qui, accoutumé aux missions sauvages, avait consacré une partie de son temps aux Micmacs de Saint-Jean, les Récollets continuèrent à les évangéliser.
A quelle époque ces tribus avaient-elles été converties à la foi ? Il est assez difficile de le dire. On a lieu de croire cependant qu'elles le furent en même temps que celles du littoral voisin, c'est-à-dire au dix-septième siècle.
Les Eécollets furent à peu près les seuls missionnaires de l'île, jusqu'en 1752, où des prêtres séculiers furent appelés à les remplacer.
Pendant une des absences que le P. Félix Pain eut à faire, et qui le retinrent assez longtemps à Louisbourg et en Acadie, il fut remplacé par le P. de Kergariou, qui s'intitule dans un acte, " missionnaire de l'Acadie, faisant les fonctions curiales à l'île Saint-Jean ". Quelques
1 — Registres du j^ort Lajoie, acte de baptême du 19 janvier,
UNE SECONDE xVCADIE 45
actes de ce missionnaire sont intéressants à lire, parce qu'ils font voir qne la sollicitude pastoiale des Eécollets n'était pas moins ardente pour les pauvres sauvages que pour les Blancs, et qu'elle astreignait les desservants au genre de vie le plus pénible, en les tenant en des courses continuelles d'une habitation à l'autre, à une époque où, comme il a déjà été observé, il n'y avait d'autre moyen de communication que les rivières ou les bords de la mer, et où en hiver il fallait voyager dans les bois à pied ou en raquettes.
Ceci nous reporte à l'hiver de 1726. Durant cette rigoureuse saison, les parages du golfe Saint-Laurent, dont l'aspect est naturellement austère, prennent un air d'âpreté et de sombre grandeur ([ui ne se voient ([\\e dans les régions boréales. D'immenses champs de glace, sur lesquels grouillent des troupeaux de phoques et de loups marins, sont poussés par les vents d'une rive à l'autre de cette mer intérieure. A des journées de brume épaisse, durant lesquelles on a peine à voir les objets noyés dans un vague crépuscule, succèdent des heures d'intense lumière dont la vue peut à peine soutenir l'éclat lorsqu'elle est reflétée sur la blancheur de la neige.
A l'époque reculée où nous sommes de cette histoire, si quelqu'un eût pu contempler l'île Saint-Jean à vol d'oiseau, et qu'il l'eût vue par une journée d'hiver, il aurait pu distinguer sur l'uniformité des forêts qui la
couvraient toute entière, quelques rares plateaux dénudés et tout blancs de neige : c'étaient les éclaircies formées par les défrichements des colons. Ça et là dans ces clairières, surgissaient de petits groupes de maisons dont les cheminées laissaient échapper de légers nuages de fumée. Aux abords de ces maisons, quelques épinettes ou sapins isolés ressemblaient à des chasseurs en fourrures blanches, rentrant au logis. Depuis le plateau au bord duquel s'élevait le village du port Lajoie, jusqu'à celui du havre Saint-Pierre, s'étendait une longue lisière blanche qui marquait le cours de la rivière du Nord-Est, alors toute gelée. Elle était la seule voie de communication entre les deux établissements.
Par une journée de janvier do l'année 1726, deux voyageurs, montés sur des raquettes, s'avançaient sur cette route en se dirigeant vers le havre Saint-Pierre. L'un d'eux portait le froc des moines franciscains. Pour se préserver du froid, il avait rabattu sur sa tête le capuchon qui d'ordinaire pendait entre ses épaules. Le P. de Kergariou — c'était le noui de ce religieux récollet — était accompagné d'un habitant du pays, car, arrivé depuis peu dans l'île, il aurait pu facilement s'égarer en s'aveuturant seul sur les sentiers, à peine tracés sur la neige, qui reliaient les établissements.
C'était dans l'appareil (|ue nous venons de décrire que le P. de Kergariou, entrepi'enait a\i cwnr de l'hiver un voyage de près de cimiuante lieues, afin de porter
les consolations de la religion à quelques familles de colons et de sauvages. Il pouvait être surpris en route par des tempêtes de neige, des froids excessifs, ou des temps de poudrerie, durant lesquels il serait forcé de cheminer tout le long du jour le visage fouetté par la neige. Mais peu lui importait : il avançait toujours, eu se rappelant pour soutenir son courage, la parole du divin Pasteur qui lui avait appris, par son exemple, à exposer sa vie pour ses brebis.
L'apparition du missionnaire sous le toit des colons y faisait entrer un rayon de joie. Les jours qu'il y passait étaient regardés comme les plus heureux de l'année. " Ces habitants, écrivait plus tard l'ingénieur Franquet, après avoir passé par ces endroits, n'ont qu'un cri pour demander un prêtre qui réside au milieu d'eux ".
J'ai sous les yeux le petit registre, com^iosé seulement de quelques feuillets, format in-12, que le P. de Kergariou emporta avec lui, et dans lequel il inscrivit les actes qu'il eut à faire. Le papier, jauni par le temps, est maculé par l'eau dont il fut imbibé probablement durant quelque averse que le Père eut à subir, ou par la neige fondue sur ses vêtements.
A l'aide île ce registre, ou suit, pour ainsi dire, à la trace le missionnaire pendant sa dure pérégrination. Parti du port Lajoie après le 24 janvier, jour où il écrivit un acte en ce lieu, il était arrivé au havre
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Saiut-Pierre, le 4 février. Le lendemain, il suppléait les cérémonies du baptême à Anne-Marie, fille de François Douville, née le 1 8 précédent, " le baptême ayant été fait le jour d'auparavant par Jean-Baptiste Lebufïle, garçon demeurant au havre Saint-Pierre, à cause que j'étais au port Lajoie le jour de sa naissance ".
Deux mois se passèrent à catéchiser les enfants, prêcher, confesser, chanter des services pour les défunts, et visiter les malades. Le mois de mars était avancé et le carême tirait à sa fin, quand le P. de Kergariou ■ reprit sa route pour atteindre Malpec, à une quinzaine de lieues vers l'ouest. Le seul chemin à suivre étaitles bords de la mer alors cachés sous une épaisse couche de glace et de neige.
Les bons Micmacs de cette bourgade l'attendaient ; car les missionnaires faisaient toujours un effort pour s'y rendre, malgré la rigueur de la saison, afin de procurer à ces familles l'avantage de remplir leurs devoirs pascals au temps voulu par l'Eglise.
L'accueil fait au P. de Kergariou, comme au reste à tous les missionnaires, ne fut pas moins cordial que chez les colons, quoique marqué d'une jikis grande réserve, et même d'une froideur apparente, selon la nature peu expansive des tribus indigènes.
Quel que fût cependant le bon vouloir de ces braves familles, le séjour dans leur village, surtout pendant l'hiver, était une des plus rudes épreuves de la vie de
mission. On n'y trouvait d'autre abri que les cabanes d'écorce, à toitures coniques, ouvertes à tous les vents, et d'une malpropreté inexprimable. Tout leur ameublement consistait en quelques branches de sapin qui servaient de sièges durant le jour, et de lits durant la nuit. Le feu allumé au centre de la cabane répandait une continuelle fumée qui devenait suffocante, quand une rafale de vent la poussait à l'intérieur. Hommes, femmes et enfants, étaient entassés, dans cet étroit et misérable réduit. Encore s'il n'y avait eu que la famille, mais les chiens y rôdaient continuellement, sortaient, entraient, jappaient, se couchaient partout, aussi bien sur le monde que sur le sol.
C'était dans de pareils taudis que le missionnaire était condamné à vivre durant tout le temps de sa mission. Quelques actes de baptême d'enfants sauvages que le P. de Kergariou eut à inscrire dans son petit registre, ont gardé des indices de la pénible position dans laquelle se trouvait le bon Père en les couchant sur le papier. L'écriture de ces actes contraste avec celle des entrées précédentes : elle est tout irrégulière et à peine lisible. Le Père n'avait pas même d'encre à sa disposition. Le liquide pâle dont il se servait semble n'avoir été que de l'eau mêlée avec un peu de suie V
1 — Actes du 22 mars, 1726. Baptême de Marie- Agnès, fille de Bernard, sauvage, et de Marie-Jeanne, sauvagesse, née le 27
50 UNE SECONDE ACAUIE
Ce ne fut qu'aux premiers jours du printemps (jue le r. de Kergariou fut de retour au port Lajoie, où il trouva son supérieur, le P. Félix Pain, revenu luimême d'une autre mission, qui l'envoya continuer sur d'autres plages son obscur et méritoire apostolat.
L'année 1728, celle même où eut lieu le premier recensement de l'île Saint- Jean, fut remarquable par un surcroît d'immigration qui ne s'était pas vu jusque là : il n'airiva pas moins de vingt-cinq nouveaux colons sur lesquels dix-huit amenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants. Cette augmentation, jointe à l'accroissement naturel des familles, porta la population à la fin de cette année, au chiffre de 336 âmes, ainsi réparties en sept endroits différents : 14 familles au port Lajoie ; 18 au havre Saint-Pierre; 3 à la Pointe-de-l'Est ; 15 au havre aux Sauvages ; 4 à Tracadie ; et 3 à Malpec.
Le recensement de 1728, reproduit ci-après, indique les noms des habitants de chaque endroit suivant la date de leur arrivée. On peut suivre ainsi le mouvement de la colonisation primitive, année par année.
Durant l'intervalle qui venait de s'écouler depuis la concession accordée au comte de Saint-Pierre, plusieurs
décembre précédent ; de Marie, fille de Fi'unçois, sauvage, et d'Angélique, sa femme, née à la fin de mai de l'année 1725, et de Marie-Madeleine, fille de Jacques, sauvage, et de Marie- Agnès, sauvagesse, née le 23 septembre de l'année 1725.
missionnaires s'étaient succédé dans l'île Saint- Jean ^. Ici comme dans le reste de la Nouvelle-France, le rôle qu'ils jouaient était en général bien humble et bien obscur ; mais il serait superflu de vouloir en démontrer l'importance, car non seulement elle est universellement admise ; mais il est arrivé souvent que l'influence dont ils jouissaient a fait ombrage, même aux autorités civiles. Ceci n'est nulle part aussi vrai que dans les régions du oolfo Saint-Laurent.
On ne trouve aucune trace du moindre conflit entre les sauvages de l'île et les Blancs, durant toute la période du régime français à Saint-Jean. Les contestations (jui ne ]iurent manquei' de s'élever entre les deux races au sujet des droits de chasse et de pêche, furent toujours arrangées à l'amiable, grâce sans aucun doute, à l'intervention toute puissante des missionnaires.
L'extension de la colonisation au centre et à l'est de l'île, où le défrichement des terres concédées au colon firent disparaître peu à peu la chasse avec la forêt, finit par refouler les Micmacs à l'extrémité occidentale de l'île. On trouve dans le Mémoire de Franquet les
1 — Do 1720 à 1739, il n'y eut à l'île Saint-Jean aucun missionnaire remarqualtle. Quelques-uns n'y furent qu'eu passant, d'autres pour fort peu de temps, ("es missionnaires récollets étaient le P. Ignace Flamant, qui ne signa qu'un seul acte, les PP. Mathieu-François Lepaige, Guégot, Angélique Collin et Gabriel Lemoign.
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traces d'une convention verbale, qui avait surgi de la force même des choses. Eu énumérant les lieux habités ou propres à l'être, Franquet dit que Bédèque est le " havre où sont rassemblés les sauvages sous promesse que les habitants ne les avoisineront pas et qu'eux ne s'étendront pas plus loin ".
En voyant cet accord mutuel entre les deux races et cette constante amitié qui les unissait, on ne peut se défendre d'une comparaison entre les procédés des Français à l'égard des sauvages, et ceux de leurs voisins de la Nouvelle-Angleterre. A peine cite-t-on quelques ministres [irotestants qui aient montré du zèle pour leur évangélisation, et la masse du peuple anglo-américain eut toujours pour eux une invincible répulsion qui perçait dans toute leur conduite, xlussi jamais n'eurent-ils d'ennemis plus acharnés que les Indiens ^
1 L'historien américain, M. Parkman, dans son ouvrage
intitulé : A Half-Centurij of Conflicf, vol. I., p. 215, a été obligé de faire le triste aveu qu'on va lire :
" The English borderers regarded the Indians less as men than as vicious and dangerous wild animais ".
" Les colons anglais des frontières regardaient les sauvages moins comme des hommes que comme de vicieux animaux farouches et dangereux ".
Avec de pareils sentiments, on compi'end les excès auxquels les Anglo-Américains pouvaient se livrer à l'égard des malheureux indigènes. Ne leur reconnaissant aucuns droits, ils les traquaient comme des fauves, les chassaient de leurs terres ; en un mot, ne reculaient devant aucune violence du moment qu'ils en avaient la force.
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