‹ Une seconde Acadie [microforme]Chapitre 60 sur 81 · SANTE ARS · texte numérisé non relu

SANTE ARS

308 UNE SECONDE AC: DIE

apitaine de Fiedmond en avait eu le commandement,

je vous jure qu’il l'aurait autrement défendu, et qu’il aurait fini par jeter le général Monckton et son armée à la mer.

L'abbé Girard résuma ensuite ce que contenait la lettre de l’abbé Le Guerne,

Tous les gens de cœur avaient réprouvé avec indignation la conduite du commandant Vergor. Quoique issu d'une bonne famille, il était ignorant et d’un esprit borné, Son extérieur même était désavantageux, sa figure laide et désagréable, Créature de Bigot, il avait acheté sa faveur au prix de services ignobles. L’intendant l'avait connu à Louisbourg, où il était lié d’amitié avec son père, M. Duchambon, qui commandait la place durant le siège de 1745. Le sachant pauvre, il l'avait fait nommer, malgré son incapacité, au poste de Beauséjour, avec le double titre de commandant et de commissaire l, Vergor ne s’y était occupé qu’à s'enrichir en spéculant, avec une avarice éhontée, sur les marchandises et les vivres que le gouvernement envoyait pour l'entretien de la garnison et des Acadiens, C'était là la

1 — Tout le monde connaît l’infâme billet dans lequel Bigot exhortait son subalterne à ne reculer devant aucune rspine : “ Profitez, mon cher Vergor, de votre place. Tailles, rognez, vous avez tout pouvoir, etc. ””. Ce qu’on sait moins, c'est la date de ce billet. 11 est du 20 août, 1754.

Gi init re de DE EE D A AA RENE ne ES

principale cause de la misère qu'avait eue à souffrir les réfugiés,

Dès le printemps de 1755, Vergor avait été averti que des préparatifs se faisaient à Boston en vue d’une attaque contre Beauséjour ; mais il n'avait tenu aucun compte de ces avis. Dans la soirée du premier de juin, une flotte composée de trois frégates, un senau et trentesix transports, portant deux mille hommes de troupes anglo-américaines, commandées par le colonel Monckton, vint jeter l’ancre dans l’anse du Grand-Maringouin, à deux lieues de Beauséjour. Quelques habitants de Chipoudy et de Peticoudiac, dépêchés à la hâte, vinrent

Prévenir le commandant qu'ils trouvèrent endormi, sans

le moindre soupcon du danger, Il était deux heures du matin, Vergor expédia des ordres dans toutes les directions pour appeler la population au secours de la place, Le nombre d'hommes en état de porter les armes était de douze à quinze cents, la garnison de cent cinquante soldats des troupes de la marine et de quatorze officiers de Louisbourg et du Canada. Dans la crainte de graves châtiments de la part des Anglais qui les réclamaient comme sujets, les Acadiens avaient exigé de Vergor des lettres attestant qu'il les forçait sous peine de mort à prendre les armes. Leurs familles allèrent se réfugier

dans les bois. Des dépêches furent expédiées à Québec

et à Louisbourg pour demsnder du secours.

à RM à

Ke Se

ee

fl {| | |

Dans la journée du deux de juin, Monckton débarqua ses troupes sans difficulté, et dressa son camp sur les glacis du fort Lawrence, Il avait devant lui sur la hauteur le fort de Beauséjour, dont les solides remparts dessinés en pentagone étaient munis de casemates, et armés de vingt et un canons de divers calibres et d’un mortier, Dans la matinée du quatre, l’armée anglaise défila le long de la rive gauche du Missagouetche et remonta jusqu'au Pont-à-Buot, que l’oflicier de ce poste, M. de Baralon, avait détruit. Quatre cents hommes, composés d’Acadiens, de sauvages et de troupes régulières, avaient été placés derrière quelques travaux de fortifications pour disputer le passage de la rivière, L’artillerie ennemie les eut bientôt dispersée; le pont fut rétabli, malgré la fusillade qui partait des bois voisins et qui tua et blessa quelques hommes. Monckton vint camper sur un coteau boisé, à une demi-lieue de Beauséjour,

Durant la nuit, le fort fut illuminé par l'incendie de l'église, des maisons et autres constructions situées autour des glacis, auxquelles Vergor fit mettre le feu. Il commit une grande faute en laissant le général anglais faire ses approches sans lui disputer le terrain. Deux cent cinquante hommes de garnison dans le fort suftsaient pour la garde et les travaux. Il pouvait aller camper à la vue de l'ennemi, observer et rompre ses desseins, lui disputer le passage de la rivière Missa-

alé porter émis:

Ro Aer Je trier piquer

gouetche, le harceler sans cesse, ayant l'avantage du terrain, Il aurait pu, sans livrer un combat, tenir Monckton en échec durant une partie de la campagne, et recevoir des renforts avant qu'il eût pu former le siège,

La construction d’un pont de communication avec le fort Lawrence, le transport du matériel de guerre et les travaux d'inspection occupèrent les Anglais pendant une huitaine de jours, qu'ils prirent possession d’une légère éminence abritée derrière un rideau de grands bois et de broussailles, À une légère portée de canon des remparts, Un officier, nommé Vannes, sortit du fort à la tête d’un détachement de cent quatre-vingts hommes,

pour les déloger, croyant n’avoir affaire qu’à une troupe d’avant-postes, Il était parti en se vantant qu’il allait se signaler par un coup d'éclat. A peine eut-il aperçu l'ennemi, qu’il se replia, et malgré les protestations de quelques braves qui l’entouraient, rentra honteusement dans le fort, sans avoir permis qu'on fusillât, 11 fut accueilli par des huées et devint la risée de toute la garnison,

Le même soir, un officier d’une autre trempe, le Capitaine de Bailleul, s'avança bravement avec une escouade d’Acadiens et de sauvages jusqu'au pied du Coteau, sans joupçonner qu’il était occupé par un corps de cinq cents hommes. Il fut accueilli par un feu de pelotons qui le renversa grièvement blessé, Ses soldats

gun RH

l’'emportèrent en se retirant en bon ordre, tandis que les

canons du fort arrêtaient les poursuites de l'ennemi, | Le colenel Winslow, de sinistre mémoire, commandait ce poste, Il achevait de mettre en place une batterie de mortiers qui commença le treize à jeter des bombes | | dans le fort, Le canon des remparts y répondit par un | feu très vif, mais qui fit peu d'effet, | Le fort n'étant attaqué que d’un côté, les communi- | ations avec la campagne restaient libres. Les Acadiens, peu aguerris et nullement abrités contre les bombes qui pleuvaient de tous côtés, se seraient vite démoralisés, et auraient déserté en masse, s'ils n'avaient été encouragés

par quelques braves officiers, tels que le capitaine de

Fiedmond et surtout par l’abbé Le Loutre qui donnait l'exemple du courage, du sang-froid et de l’activité, On le voyait, les manches retroussées, une pioche ou une pelle à la main, le premier aux travaux de fortifications.

II

| Dans la journée du quatorze, le commandant reçut il une dépêche du chevalier de Drucour qui lui annonçait qu’une flotte ennemie était en vue de Louisbourg, et que par conséquent il ne pouvait lui envoyer aucun secours, Vergor assembla ses officiers, recommanda le secret, leur lut la dépêche du chevalier et demanda leur avis. Tous opinèrent pour une défense à outrance, Quelques-

| les

lait rie bes

un

uns des ofliciers cependant, plus soucieux de leur intérêt que de l'honneur, et désireux de voir finir le siège, révélèrent le secret, ce qui jeta la consternation parmi les Acadiens, Ils vinrent faire des représentations à M. de Vergor sur la position insoutenable où ils se trouvaient, étant obligés de rester jour et nuit à découvert sous le feu des assiégeants, Un incident survenu le matin du seize décida du sort de Beauséjour. Pendant que les ofliciers étaient à déjeûner dans une des casemates située à la gauche de la porte du fort, une bombe éclata au- dessus de leurs têtes, défonça la voûte, tuant ou blessant À mort sept personnes, dont un officier anglais, l'enseigne Hay, fait prisonnier quelques jours auparavant par les sauvages, Cet accident qui révélait le peu de solidité des casemates, parut à Vergor une raison suffisante pour capituler; et il ne voulut pas revenir sur sa décision, malgré les cris d’indignation de tous les gens de cœur, malgré les objurgations de l'abbé Le Loutre, qui essaya en Vain de relever le courage du commandant en disant qu'il valait mieux s’ensevelir sous les ruines du fort. Les Anglais qui ne soupçonnaient pas le désastre

causé par un de leurs projectiles, furent aussi étonnés que ravis en voyant flotter le drapeau blanc au-dessus des remparts,

L'officier chargé d'aller offrir les termes de la capitulation, était ce même Vannes qui avait donné

La

quelques jours auparavant la mesure de sa bravoure, Les articles portaient que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre, qu’elle serait transportée à Louisbourg aux frais de l'Angleterre, et qu’elle ne servirait pas en Amérique durant l’espace de six mois; enfin que les Acadiens qui avaient pris les armes auraient leur pardon, parce qu'ils y avaient été forcés sous peine de mort.

A sept heures du soir, le drapeau britannique flotta au-dessus des bastions de Beauséjour.

L'abbé Le Loutre connaissait trop bien la haine invétérée que lui avaient vouée les Anglais, pour s’exposer à leur vengeance, Un quart d'heure avant la capitulation, il était sorti du fort sous un déguisement, et avait pris la route de la baie Verte, où il devait s’embarquer pour Québec avec l’intention de repasser en France !,

A l’île Samt-Jean, tous les regards se tournèrent du côté de Louisbourg, d’où l’on implora un renfort de troupes pour s'opposer à une invasion, si les vainqueurs, qu'on savait rendus jusqu’à la baie Verte et maîtres

du fort de Gaspareau, tentaient de pousser plus loin leur

1— L'abbé Le Loutre a raconté. dans une de ses lettres à l'abb£ de L'Isle-Dieu, comment il fut pris en mer par le vaisseau anglais L'Embuscade, et conduit à Plymouth, d’où il fut transféré dans l’île de Jersey et enfermé au château d’Elisabeth. I: n'en sortit qu'au retour de la paix, après huit ans de captivité.

RE riens

ure, : les uisrait nfin ient

aine

otta

vé- Tr à 1laait uer

du

de 18,

res

conquête. La guerre qui fut déclarée formellement l'année suivante, tint les paroisses de l’île dans de continuelles alarmes. Mais trois ans devaient encore

s’écouler avant l'explosion des derniers malheurs,

La nouvelle de la déportation en masse des Acadiens de la Nouvelle-Ecosse fut apportée par une foule de fugitifs venant de tous les points de la côte, les uns échappés de Beaubassin, de Memramcouk, de Peticoudiac, de Chipoudy, les autres de Cobequid, de Pigiquit, et jusque de Port-Royal. Dans le cours de l'automne et du printemps suivant, il n’en arriva pas moins de quatorze cenrs, destitués de tout, affamés, dans un état de désespoir indicible: des vieillards, des enfants, des malades de tout âge, un grand nombre incapables de marcher, plusieurs presque mourants, emportés à bras où sur des litières improvisées, Un bon nombre de familles avaient été disloquées, des enfants séparés de leurs parents, des femmes arrachées À leurs maris enlevés et traînés en exil. Toutes ces foules. abattues pat des angoisses sans nom, erraient de maison en rnaison pour chercher un asile, Heureuse quand une famille

trouvait un réduit quelconque, une grange, un hangar où s’abriter ; car presque toutes les habitations étaient encombrées par les prerniers arrivés.

TE cr Era MN

L'abbé Le Guerne, de qui le curé de la Pointe-Prime avait appris les détails du siège de Beauséjour rapportés plus haut, a décrit le pénible itinéraire qu’eut à suivre à travers les bois une troupe de fugitifs de Tintamarre, avant de s’embarquer pour l’île Saint-Jean !, Lui-même accompagua ces malheureux pendant voyage qui dura tout un mois. IL était le seul missionnaire resté dans Acadie francaise depuis le départ de l’abbé Le Loutre. Malgré le danger qu’il courait continuellement d'être pris par les Anglais, il n'avait pas cessé d'aller porter des consolations e’ les secours de la religion aux différents groupes de familles qui se tenaient cachés dans le haut des rivières de Memramcouk, de Peticoudiac et des environs. Il aurait voulu les faire passer tous immédiatement dans l’île Saint-Jean ; il les y exhortait par les plus solides raisons; mais une partie de ces infortunés, trop attachés à leurs foyers, ne pouvaient se décider à les abandonner pour toujours. Ses exhortations réussirent cependant à persuader tout ce qui restait de la colonie de Tintamarre. Il ne s'agissait plus que de choisir un moment favorable pour se mettre en route, sans trop risquer de tomber entre les mains de

l'ennemi ; car les patrouilles anglo-américaines lancées

1— Archives de Notre-Dame-de- Québec. Lettre de l'abbé Le Guerne, sans date. Cette lettre a été publiés en 1889 par Mer Gagnon, archiviste de l’archevêché de Québec.

me rtés vre TE, ne qui

sté

Jar

Page 1