ARRET
par Monckton, poussaient souvent des pointes jusque dans la forêt. Ces patrouilles avaient dès lors dévasté la plupart des habitations qui s'élevaient le long de la baie de Chignectou. Le fer et la flamme les accompagnaient partout; elles pillaient et brûlaient les maisons, tuaïent ou enlevaient les habitants qui osaient s'y
montrer, scalpaient même les morts et les blessés à la manière des sauvages 1.
M. de Boishébert averti de ces déprédations, accourut de la rivière Saint-Jean avec les sauvages malécites du P. Germain, 1ltomba sur un détachement qui ravageait les bords de la ri vière Peticoudiac, lui tua quarante et un hommes sur place et er blessa un bon nombre, Le reste, frappé de panique, s'enfuit vers Beaubassin. “ Ce coup, dit l'abbé Le Guerne, fit plus trembler l'Anglais que tous les canons de Beauséjour, et me fut trés favorable pour exécuter mes projets en obligeant l'Anglais à se tenir enfermé dans sor tort. Il s’agissait de sauver une centaine de femmes avec leurs enfants dont les maris étaient embarqués. Elles se trouvaient à la rivière de Tintamarre et aux environs de Beauséjour. Je me rendis auprès d'elles, et après les avoir
1—‘ L'ennemi vint à la Pentecôte (1756) à Chipoudy, 4 trouva une vingtaine d'habitants qui travaillaient autour de leurs masures (brûlées auparavant), en tua deux et leur leva la chevelure ”, — Lettre de l'abbé Le Guerne,.
pis
désabusées sur bien des points, consoles et rassurées de mon mieux, je les engageai à se retirer chez le
Francais, au plus proche endroit qui était à l’isle Saint- ; ]
Jean, Par bonheur pour laccomplisseme"it de ce projet, il se trouvait parmi elles plusieurs jeunes gens, des |} vieillards et cinq ou six hommes échappés de Beauséjour ”,
ll La petite caravane se mit en marche avec tout ce L | qu’elle pouvait porter d'effets et amener de bestiaux. | Elle eut à se frayer un passage à travers d’épaisses forêts, des terrains impraticables, entrecoupés de fondrières et de marécages. Partie le vingt et un septembre,
elle n’arriva que le vingt octobre au lieu de l’embar-
M quement, qui devait être un port peu en decà de Tagamigouche, sinon Tagamigouche même. M. Le Guerne fit partir de là un message pour le Port Lajoie, afin de
prévenir le gouverneur de l’île, C’était alors M. Rous-
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seau de Villejoin qui venait de remplacer M. de Bonna-
| | hf venture, Malgré toute la bonne volonté qu’il mit à expédier les embarcations dont il pouvait disposer, le ù. | fill transport ne put être terminé avant le mois de novembre, On peut imaginer l'état pitoyable où se trouvaient cette foule de personnes faibles, lorsqu'elles débaruçuèrent dans lle, après cette longue pérégrination accomplie
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durant la froide saison du mois d'octobre, M. de Villejoin se multipliait pour soulager tous ces malheureux, leur procurer de quoi ne pas mourir de faim, leur improviser des abris temporaires,
Dès que le chevalier de Drucour, suecesseur du comte de Raymond au gouvernement du Cap-Breton, eut appris l'enlèvement des Acadiens, il donna ordre d’envoyer sur l’isthme différents partis, afin de rassembler et de conduire sur le bord de la mer tous les bestiaux qu'on pourrait trouver depuis Beaubassin jusqu'au village de Cobequid, lequel venait d’être brûlé par les Anglais. “11 en à été apporté, écrivait peu après M. de Drucour au ministre, au delà de cent bœufs en ce port (de Louisbourg), qui, joints à ceux qu’on a tirés de l'isle Saint- Jean, procureront suffisamment de viandes fraiches pendant l'hiver !”’,
Quinze jours après l'envoi de cette lettre, le gouverneur et le commissaire-ordonnateur attiraient conjointement l'attention du ministre sur l'importance de l’île Saint-Jean et la nécessité pressante de la fortifier, comme l'avait vainement recommandé F ranquet quatre ans auparavant,
“ Nous ne pouvons nous dispenser de vous faire des
l— À Louisbourg, le 9 novembre, 1755. Le nombre des bestiaux éxpédiés à Louisbourg par M. de Villejoin, était de 178, — Vaudreuil au ministre, 7 août, 1756.
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représentations sur la situation de l'Isle Saint-J. n, pour laquelle le Roy a fait de grandes dépenses depuis la paix. Elle promet beaucoup, elle est fort habitée, la culture des terres y aura sûrement un heureux succès, et cette colonie (du Cap-Breton) en doit espérer des secours de bestiaux qu’elle a déjà commencé à recevoir cet automne ; mais ouverte de tous côtés, et exposée aux insultes des corsaires, les troupes du Roy en trop petit nombre et les habitants sans armes, y sont tous sans défense, si vous n'avez la bonté d’ordonner quelques batteries provisionnelles au port Lajoie et d'envoyer cinq ou six cents fusils pour armer les habitants, à moins que vous ne préfériez d'y faire tenir une frégate de vingt ou vingt-quatre canons depuis le mois de juin jusqu’au mois d'octobre. Elle en imposerait aux Anglais qui voudraient pénétrer dans la baye et rassurerait les habitants, qui n’osent pousser leurs établissements de peur des ennemis ; d’où il s'en suit des charges chaque année pour Sa Majesté, parce qu'il faut aider les pauvres et ceux qui n'ont pas suffisamment récolté pour vivre, sans compter les réfugiés qui vont inonder cette partie 1”,
Le 9 décembre suivant, Prévost ajoutait :
“ La transmigration continue toujours de l’Acadie sur l'Isle Saint-Jean, et il est à craindre que l’affluence de
1 — 25 novembre, 1755. Voir à l’Appendice, N° VIII.
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ce réfuviés "1e devienne préjudiciable aux anciens habitants qui sont foicés de les recevoir, et qui le seront peut-être de les soulager du produit de leurs récoltes et des secours qu’ils recoivent du Roy. Vous verrez par la lettre commune que M. le chevalier de Drucour et moi avons l'honneur de vous écrire sur cet objet, qu’il n’est pas praticable d'y faire passer des vivres, et que notre propre situation ne nous a permis qu d'en détacher très peu, par une goélette et un bateau qui sont partis il y a trois jours, et que nous Jugeons devoir se rendre à leur destination aujourd’hui ou demain, parce que le froid à tombé, et que les vents de sud-est et de sud qui soufflent leur sont favorables... 1”.
Quelle part les habitants de l'ile Saint-Jean prirentils à la guerre qui venait d’être déclarée, et qui devait leur devenir si funeste ? M. de Villejoin eut-il ordre de se tenir uniquement sur la Cifensive, où entreprit-il quelques expéditions sur le continent voisin ? Les documents de l’époque fournissent bien peu d’éclaireissements à cet égard,
1— Voir à l'Appendice, N° IX,
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La vie dinsulaires que menaient les habitants de Saint-Jean, obligeant la plupart d’entre eux à devenir des navigateurs, il est hors de doute qu’ils durent armer quelques goélettes où navires pour courir sus à l'ennemi, Les deux fils de Nicolas Gautier, de la paroisse de Saint-Louis, eurent le commandement de navires armés en corsaires, et servirent avec tant de distinction qu'ils méritèrent les éloges du marquis de Vaudreuil, Nous avons vu qu'en 1760, ce gouverneur les signalait à M. de Danjac, commandant à Gaspé, comme étant dignes de recevoir deux des six commissions d'officiers de l’amirauté qu’il lui avait expédiées,
“ Nous vous recommandons, lui écrivait-il, les Gautier, en considération de leur zèle et de leurs services 1”,
Etait-il un des Gautier cet Acadien qui, par un coup hardi, alla s'emparer d’une embarcation anglaise sous les canons du fort Gaspareau, et qui, sans perdre de temps, se mit à la poursuite d’une autre qui faisait voile en face de ce fort, l’attaqua et lui fit amener son pavillon ? ?
Quelque temps auparavant, un parti de sauvages micmacs, probablement de l’île Saint-Jean, ayant aperçu un croiseur anglais, armé de six canons, mis en carène en face du même fort (Gaspareau, vinrent se mettre à
1— Archives de la Marine et des Colonies. Mémoire de M. de Vaudreuil à M. de Danjac, 15 juin, 1760. 2— Vaudreuil au ministre, 19 avril, 1757.
Le
l'affût au bord de la grève, y guettèrent, avec la patience
ordinaire aux Indiens, le moment où l'équipage était descendu à terre, s'emparèrent du vaissea’i auquel ils
mirent le feu, et Y Soutinrent les assauts réitérés des
Anglais, jusqu’à ce qu'il eût été consumé 1.
Mais le coup de main le plus remarquable accompli
par les insulaires au cours de l'année 1757, fut préparé au port Lajoie, M, de Villejoin y rassembla un Corps expéditionnaire de soixante des plus braves Acadiens qu'il put trouver, et les ft transporter du côté de Tagamigouche, Ils y sillonnèrent le Pays en tout sens; puis
, \ è : . + ie $ aVançérent audacieusement ; usque dans l’intérieur de
la péninsule de la Nouvelle-Ecosse, Ils tombèrent à l'improviste sur le village de Pigiquit (aujourd’hui
Windsor), mirent en déroute un détachement qui à
était stationné, après lui avoir tué treize hommes et blessé quatre, Ils s’emparèrent d’un nombre considérable de chevaux, de quarante bœufs; “ et se rendirent maîtres d'un magasin dans lequel il y avait troi de blé, soixante barriques de farine, cin lard et dix tierc
s cents barriques quante quarts de ons de beurre, et après avoir fait des provisions, ils y mirent le feu, brûlèrent aussi cinq cents gerbes de froment, deux grange
s, une boulangerie et un moulin 2”,
1— Idem, 6 août, 1756.
2 Vaudreuil au ministre, 19 avril, 1757