‹ Une seconde Acadie [microforme]Chapitre 65 sur 81 · LIT · texte numérisé non relu

LIT

Dans Un Pèlerinage au Pays d'Evangéline, j'ai noté en passant, d'après un certain capitaine Pile, com mandant le navire l’Achille, un des désastres dont furent victimes une partie des déportés de l'ile Saint- Jean,

“ Le capitaine Nichols, dit-il, commandant un transport venant d'Yarmouth, fut employé par le gouvernement de là Nouvelle-Ecosse pour enlever de l'ile Saint- Jean trois cents Acadiens avec leurs familles. Avant de mettre à la voile, il représenta à l'agent du gouvernement qu'il était impossible que son navire, dans l'état où il était, pût arriver sans danger en France, surtout à l'époque avancée de la saison où l’on se trouvait. Malgré ses représentations, il fut forcé de les recevoir à son bord et d'entreprendre le voyage. Arrivé à une centaine de lieues des côtes de l'Angleterre, le navire faisait eau à tel point que, malgré tous les efforts de l'équipage, il

était devenu impossible de l'empêcher de sombrer,

Quelques minutes avant qu'il s’enfonçât, le capitaine

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fit venir le missionnaire qui se trouvait à bord, et lui dit que le seul moyen de sauver la vie d'un petit nombre était de faire consentir les passagers à laisser le capitaine et les matelots s'emparer des chaloupes, Le missioanaire fit une exhortation aux Acadiens, leur donna l’absolution, et les amena à se soumettre à leur malheureux sort, Un seul Français s’embarqua dans une des chaloupes, mais sa femme lui ayant reproché qu'il labandonnait avec ses enfants, il revint à bord, Peu d’instants après, le navire s’engloutit avec tous ses passagers. Les chaloupes, après avoir couru mille dangers, arrivèrent dans un port situé à l’ouest de l'Angleterre 1,

Combien d’autres déportés ont dû subir des catastropbes du même genre, qui n’ont pas laissé de survivants pour en transmettre le souvenir !

Le navire sur lequel avait été embarqué l'abbé Cassiet avec une partie de ses paroissiens, appareilla au port

Lajoie avec cent soixante-six déportés. On peut les

l— Collection de la Société Historique de la Nouvelle- Ecosse, vol, IT, p. 148,

Le missionnaire dont il est ici question, serait-il l'abbé de Biscaret que l’on sait être embarqué pour la France et n'y être jamais arrivé ?

On peut voir dans Un Pèlerinage au Pays dEvangéline, édition parisienne, chapitre onzième, page 232, le sort qu’eut à subir un autre navire parti de l'ile, vers le même temps, avec

cent soixante-dix-neuf exilés.

suivre jusqu'en France, grâce à la tradition conservée par les neveux du curé, Cette tradition est marquée au cachet d’une vérité évidente, malgré certaines inexactitudes qui s’y sont glissées, et qui sout dues à l'ignorance des lieux et des choses,

L'abbé Cassiet avait, paraît-il, l'espérance que sa paroisse serait rétablie un jour ;.car, avant de quitter son presbytère, il avait caché sous terre les vases sacrés de l’église, en indiquant à quelques-uns de ses marguilliers l'endroit où ils pourraient les retrouver, dans le cas où lui-même serait empêché de revenir, Son fidèle domestique, un brave Acadien, s'était attaché à ses pas, et lui yrodigua ses services jusqu'à ce qu'il tomba d'épuisement, Les malheureux passagers furent traités avec la plus grande inhumanité, pendant leur voyage, par leurs gardiens anglais fanatiques et grossiers, Ayant

jeté l'ancre à Plymouth, en Angleterre, ils gardèrenti

leurs prisonniers à bord pendant trois mois, ils les

soumirent à toutes les tortures de la faim et de la

soif 1, On réduisit leur ration à une quantité insuflisante

1 Peut être faut-il entendre par ces trois mois de détention toute la durée de la traversée. D'autre part, il est possible que ce groupe d’Acadiens aient d’abord été assimilés aux déportés de 1755, alors détenus en grand nombre dans les ports d'Angleterre,'et queïtrois mois se soient écoulés #vant qu'ils eussent pu faire valoir les droits que leur donn la capitulation de Louisbourg.— Un Pèlerinage, etc., cha, re neuvième, Les Acadiens prisonniers en Angleterre, p. 251.

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pour soutenir leur vie, et chaque jour on retardait la distribution de l’eau, de sorte que ces pauvres wens furent bientôt exténués par la privation, La soif en tua plus que la faim, et, quand enfin le vaisseau toucha les côtes de Bretagne, la plus grande partie avait été jetée à la mer, L'abbé Cassiot avait eu la douleur de perdre son fidèle domestique, et lui-même dut être porté expirant sur le rivage, Il était sans parole et presque sans Connaissance, Il fut recueilli à Morlaix par une dame charitable, qui lui soutint la vie pendant quelques Jours en lui infusant duns la bouche quelques gouttes de miel, de temps à autre, Après d’horribles souffrances, sa santé se rétablit ; alors il se dirigea vers Paris et alla se présenter aux Missions Etrangères. Sa condition lui attira les sympathies de tous.

Après que le gouvernement lui eût Promis une pension de six cents livres, il se dirigea vers Rome, où il fut recu avec le respect dû aux souffrances qu'il avait endurées pour la foi,

De retour à son pays natal de Montaut, voyant que: sa pension ne venait pas, il résolut d'aller la réclamer à Paris. Il se procura done un petit cheval des Landes et entreprit de se rendre à la capitale par petites étapes, Il descendit comme d'habitude aux Missions Etrangères, mais il fut tout désappointé de trouver en ce moment la cour à Versailles, ainsi que l'abbé de Jarente,

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qui avait le portefeuille des bénéfices et pensions et faisait partie de la maison du roi,

Sans se laisser décourager, M. Cassiet se mit en route pour Versailles, le matin suivant, Il ne se doutait pas de la manière dramatique dont il devait se présenter au palais. Eu traversant un pont, le cheval fut épouvanté par la rencontre d’une voiture, il prit le mors aux dents, et s'élança de l'avant avec la rapidité de l'éclair, Le pauvre cavalier perdit son chapeau, sa calotte, son fouet, tout ve qui ne tenait pas à sa personne, et il arriva ainsi tout ébouriffé aux portes du palais.

M. l'abbé de Jarente se trouvait par hasard sur les marches de l'entrée principale, et en apercevant l'ecclésiastique qui arrivait à la cour dans un é t si curieux, il se prit d'intérêt pour lui, Après qu'il eut surmonté son excitation bien naturelle, M. Cassiet exposa l’objet de sa visite, L'abbé de Jarente s'empressa de l’assurer que sa rente lui serait payée, il lui fit en outre des offres généreuses qui furent délicatement refusées,

Notre missionnaire rec't bientôt un petit bénéfice près de Montaut, appelé Las Prabendes ; il ne tarda pas à s'en désister en faveur d’un jeune prêtre qui devint plus tard chartreux à Bordeaux, 11 fut nommé chanoine de Saint-Girons-de-Hagetmau, mais il trouva cette vie trop calme et trop monotone pour un ancien mission-

naire, et vers l’année 1772, il offrit ses services à la ? L

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communauté des prêtres du Calvaire à Bétharram. Il sy distingua tellement par sa pité, son zèle et son habileté qu’on l'éleva au poste de supérieur, Alors il mit à profit la connaissance pratique de l’agriculture qu'il avait acquise au Canada. Il fit des Jardins, planta des vergers et des champs de vignes sur les bords du Gave, et dans l’espace de quelques années, il quintupla les revenus de sa communauté, En même temps, il sut Communiquer à ses confrères son esprit de missionnaire et son zèle pour la conquête des âmes.

Vers ce temps, l'abbé de Jarente, plus tard évêque d'Orléans, se rendant aux Pyrénées pour y respirer l’air des montagnes et essayer ies eaux minérales, eut occasion de visiter la dévote chapelle de Bétharram. 11 fus enchanté d’y rencontrer l'abbé Cassiet, qu'il était impossible d'oublier, Sans doute qu'on amena sur le tapis l'histoire du cheval et de l'entrée comique de l'abbé au palais de Versailles. M. de Jarente offrit à l'abbé Cassiet un bénéfice de six mille livres de rente par année, sans aucune obligation de résidence ou de service, Quoique M. Cassiet ne reçût plus sa pension, il refusa cette offre, Toutefois il finit par accepter un petit bénéfice de cent soixante livres dans le vicomté de Orthez. Il était .i content, disait-1il d’avoir de quoi se chausser et s’habiller sans être à charge À sa congré-

gation, Son frère offrit ensuite dix mille livres à

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3étharram, à condition que les chapelains donneraient une mission à Montaut tous les dix ans,

La révolution amena des jours de deuil pour la paisible chapelle de la Montagne, et M. Cassiet, après avoir essayé en vain d’adoucir les autorités, devint, une seconde fois, confesseur de la foi et se réfugia en Espagne.” Il rencontra quelque part en Biscaye l'abbé de Saint-Mare, jeune curé de Grenade-sur-l Adour, exilé comme lui. I} lui persuada de partir pour les missions d'Amérique, Le jeune prêtre s’y rendit en effet, y pussa plusieurs années, et finalement mourut en 1845, à l’âge de quatre-vingt-onze ans, au Mont-de-Marsan, où sa mémoire est tenue en honneur.

Quand la religion catholique fut rétablie en France, l'abbé Cassiet retourna à Montaut. Il était alors trop vieux et trop infirme pour commencer la restauration de Bétharram !, Des douze prêtres du Calvaire, il n’en restait plus que deux en 17953, et ils étaient avancés en âge.

Les derniers jours de M, Cassiet se passèrent en paix sous le ciel natal, Vu ses infirmités, il eut la permission de l’évêque de Bayonne de dire la messe dans ses propres

appartements, Il mourut en 1809, entouré de l'affection

1 — Voir à l’Appendice, N° XI. Notice sur la dévote chapelle de Notre-Dame-de-Bétharram.

et du respect de tous, et il fut enterré au pied de Ja croix, dans le cimetière de Montaut 1,

Nous nous sotnmes détournés un instant des scènes poignantes qui se passaient à l'ile Saint-Jean pour suivre jusqu'au bout la carrière de l'abbé Cassiet,

Un passage de la lettre de l'abbé Maillard que nous avons déjà citée, indique les principaux endroits où durent se retirer les insulaires qui fuyaient devant les torches incendiaires.

“Je suis convenu avec les prêtres de l'Isle Saint- Jean, que s'ils se trouvent trop molestés par les Anglais, ils pourront aisément, avant les glaces, se replier sur la mission de M, Manach qui n’est qu'à cinquante lieues de distance du port Lajoie, où me venir trouver à Malogomiche 2, havre sur lequel j'ai jeté les yeux pour y hiverner, que les Anglais ne connaissent point, et qui n'est distant du port Lajoïie que de douze lieues de traversée, et de seize du passage de Fronsac. Jai jugé à propos de me fixer pour jusqu’au printemps prochain

dans cet endroit, par rapport aux sauvages de l'Isle

1 — Cette notice à été écrite d’après les données de l'abbé Sébie, curé de Montant, qui les tenait des neveux de l'abbé Cassiet, avec lesquels il x longtemps vécu dans l'intimité. CE le Catholic World, La dévote chapelle de Notre-Dame-de. Bélharram, juin, 1876, et Le Foyer Domestique, même année,

2— D'nt on a fait de nos jours Mérigonish,

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Royale, de Piktouk, de l'Isle Saint-Jean et de l'Acadie, à qui il sera facile de m'y venir trouver ”.

Les prêtres, dont parle ici l'abbé Maillard, qui restérent jusqu’à la fin avec leurs ouailles, étaient les mêmes que ceux déjà mentionnés. Le P, Gratien Raoul, dont le nom apparaît pour la première fois dans les registres de l’île en 1754, était toujours l’'aumônier du port Lajoie, Les curés de Saint-Louis-du-Nord-Est et de Saint-Pierre-du-Nord n'avaient quitté leurs paroisses que pour aller en députation à Louisbourg, d’où ils étaient revenus rejoindre leurs paroissiens, et les aider à supporter la désolante nouvelle de leur déportation. L'abbé Dosque, qui, comme je l'ai déjà dit, allait bientôt devenir curé de la cathédrale de Québec, était encore à

Malpee, de même que l'abbé Girard à la Pointe-Prime, ?

J'ai raconté dans un des chapitres précédents les tribulations auxquelles l'abbé Girard avait été exposé pendant son séjour en Acadie, Il ne s'était vu soustrait aux persécutions que pour être témoin de tristesses et de malheurs de plus en plus accablants.

L'année du grand dérangement, il avait eu la douleur de voir aborder dans l’île, dénuées de tout, en proie au

désespoir, des centaines de familles acadiennes, fuyant

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devant la proscription, La Fe de ses anciens paroissiens de Cobequid, dont l'église et le village avaient été livrés aux flammes par les hordes angloaméricaines, étaient au nombre de ces fugitifs. Dans l'espace de quelques mois, leur chiffre s’élev va, comme on l’a déjà vu, à plus de quatorze ‘ents, tombés s, Sans transition, de l’aisance à la dernière misère, On se rappelle en quels termes pathétiques l'abbé Girard exprimé, dans une de ses lettres, la douleur dont son âme Ctait navrée, à la vue des scènes déchirantes qu’il avait journellement sous les yeux,

Il était destiné cependant à être témoin de spectacles plus navrants encore : ce fut le Jour où il vit ces mêmes réfugiés proscrits de nouveau, et avec eux le reste de la population de l'ile Saint-Jean.

L'abbé Girard eut ainsi le chagrin de voir sa nouvelle paroisse détruite comme la premiére, et ses paroissiens enlevés avec lui et jetés sur des navires qui devaient les transporter en France,

Longfellow, le Jérémie des Acadiens, aurait pu écrire un second poème non moins émouvant qu'£vangéline, s'il avait connu les malheurs de la seconde Acadie,

On peut juger du deuil qu'emporta avec lui l'abbé Girard, lui qui avait connr l’une et l'autre au temps de leur prospérité, et qui les vit disparaître l’une après l'autre,

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L'abbé Girard fut nommé, peu après son retour en France, “ chapelain perpétuel dans l’église de Jouarre ”, où 11 résida probablement jusqu’à sa mort,

L'abbé de L’[sle-Dieu, qui l'avait connu intimement, a résumé en quelques lignes les rares qualités de cet apôtre des Acadiens. “Il serait difficile de trouver, dit-il, un meilleur sujet du côté de la capacité, du zèle, du désintéressement et de la plus solide piété, dont il a donné les preuves les plus édifiantes ”,

Il n’est guère à douter qu'un bon nombre de fugitifs de l'île Saint-Jean ne soient venus rejoindre l'abbé Maillard dans sa retraite de Malogomiche, Lo plupart de ceux qui allèrent vivre de chasse et de pêche sur les côtes voisines, durent faire cause commune avec le groupe d'Acadiens de Miramichi, lesquels, preusés par la famine, allèrent faire leur soumission au eo:nmandant du fort Cumberland (Beauséjour), lorsqu'ils eurent appris la capitulation de Québec en 1759.

Quelques familles expatriées, particulièrement d’anciens habitants de l’île qui y avaient de plus fortes attaches, ne tardèrent pas de se hasarder à y retourner. D’autres s’enhardirent à les suivre, et l'on vit bientôt de petits groupes de ces infortunés errer dans les champs dévastés, où s’élevaient naguère leurs maisons, leurs

villages, leurs églises, I] est inutile d'essayer de redire

avec quels serrements de cœurils parcoururent ces soli-

tudes mornes qu’ils avaient vues auparavant si animées,

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Qu'étaient devenus la plupart de ceux qu'ils y avaient connus ? Hélas ! disparus pour toujours : les uns morts de misère, les autres victimes de dé: astres inconnus ; les survivants relégués sur des plages si lointaines que la vie serait écoulée avant qu’on en pût rien savoir,

Un recensement exécuté par ordre de Montague Wilmot, gouverneur de Ja Nouvelle-Ecosse, au commencement de l’année 1764, constatait qu'il y avait dans l’île Saint-Jean trois cents Acadiens 1. Cétait tout ce qui restait de la nombreuse population qui y vivait six ans auparavant. Ils y étaient sous la surveillance d'un agent du gouverneur qui les épiait avec la dernière défiance, On peut avoir une idée des rigueurs exercées contre eux, par le fait qu’il y eut à peine quelques rares familles qui vinrent les rejoindre ; si bien que vingt et un ans plus tard, leur chiffre ne s'était pas augmenté,

L'abbé Bourg, qui visita l’île en 1785, n’y trouva, en effet, que cinquante familles, ce qui ne répond qu’au chiffre de trois cents individus, d’après la moyenne des familles acadiennes indiquée par Franquet ?, Ce qu'il a fallu de patience, de tenacité, d'énergie et de persévérance à ces déshérités pour lasser le mauvais vouloir de

leurs oppresseurs, vaincre des obstacles toujours renais-

1 — Nova Scotia Archives, p. 346.

2— Voir Un Pèlerinage au Pays d'Evangéline. Recensement de l'abbé Bourg, p. 255, édition de Paris.

sants, s’enraciner au sol et transmettre à leurs enfants l'héritage de foi et d'honneur qu'ils avaient recu de leurs pères, nui ne le saura jamais, Dieu les a bénis et multipliés comme les enfants d'Abraham: ils sont devenus

les ancêtres de la nombreuse race acadienne qui peuple

aujourd'hui l’île du Prince-Edouard. Ces descendants de confesseurs de la foi sont restés simples de mœurs | comme leurs aïeux, paisibles et doux de caractère, mais naturellement timides et défiants, comme ils devaient nécessairement le devenir après la longue suite de trahisons, d’espionnages et de persécutions qu’ils ont eus à souffrir, Leur population dépasse actuellement le chiffre de onze mille âmes, groupées sur divers points de l’île en paroisses, dont les principales sont Rustico, Tignish, Egmont Bay, Palmer- Road, Bloomfield et

Miscouche 1,

Ce chiffre, quelque étonnant qu'il soit, n'indique cependant pas tout l'accroissement qui s’est produit parmi cette population, Il à &é en réalité bien plus considérable ; et s’il n’apparatt pas.ici, c'est qu'il y a eu depuis longtemps une forte “migration vers les provinces

voisines, principalement vers le Nouveau-Brunswick.

| 1 11,847, d’après le recensement de 1891. La population 5 totale de l’île du Prince-Edouard, aujourd’hui l’une des pro- 4 vinces de la Confédération canadienne, est de 109,078, d’après

le même recensement,

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Moins favorisés que leurs frères des provinces voisines, les Acadiens de l'ile Saint-Jean n'ont pas autant de moyens d'avancement : ils ne sont pas dotés comme eux de grandes écoles nationales, telles que celles de Memramcouk, de la baie Sainte-Marie, devenues des collèges classiques, où la Jeunesse acadienne se prépare à remplir toutes les carrières. Espérons qu'avant peu ils n'auront rien à leur envier, et qu'ils entreront dans cette voie de progrès dont leurs compatriotes du conti-

nent leur donnent de si beaux exemples,

[ci finit la tâche que je m'étais imposée en commenant cette étude monographique, On n’en saisirait cependant pas bien la portée, si, avant de la clore, on ne jetait un coup d'œil d'ensemble sur la nationalité acadienne, dont le groupe de Saint-Jean n’est qu'une des assises. Il en est de l’histoire comme des spectacles de la nature, Après en avoir examiné les détails, il faut les regarder de plus haut pour en bien juger,

Transportons-nous un instant dans le passé.

Une poignée de Francais, catholiques ardents comme on l'était au dix-septième siècle, quittent la vieille

Europe pour venir se créer une patrie nouvelle en

Acadie, désert alors à peine exploré, perdu aux confins

du monde, sous un ciel brumeux et froid, propre à tremper les forces et les caractères, Ils deviennent les instruments de Dieu pour la conversion de toutes les peuplades aborigènes qui les environnent, Ils s’en font des alliés, des amis, marchent toujours avec eux la main dans la main, et parviennent avec le temps à tempérer leurs violentes passions, leurs instincts féroces, autant que la nature sauvage en est susceptible,

Cet apostolat, dont leurs missionnaires sont les hérauts, attire sur eux et sur leurs colonies les bénédictions du ciel, [ls grandissent et se multiplient merveilleusement à l'ombre de la croix, dans cette solitude, nouvelle Thébaïde, que leurs fortes mains transforment en une terre où coule, comme en Israël, le Jait et le miel. Toute une lignée de prêtres zélés, hommes de Dieu, pleins de l'esprit évangélique, les forment à leur image, en font plus que jamais de vrais croyants, aux mœurs paisibles et pures,

Les voilà prêts et a rmés pour l'épreuve : elle ne manquela pas ; car toute société chrétienne, comme tout individu qui la compose, doit y passer, à l'exemple du Maitre dont elle suit les préceptes. Cette épreuve sera terrible, immense par sa durée autant que par sa violence, Le siècle qui l'a vue naître ne la verra pas finir,

L'abandon de la mère patrie fait tomber ies Acadiens

entre les mains de leurs plus cruels ennemis, qui en

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veulent plus encore à leur religion qu'à leur nationalité. Les tromperies, les menaces, les conspirations sourdes, la guerre ouverte, tout sera mis en œuvre pour vaincre leur patience et leur courage, [ls en sortiront victorieux. Enfin leur extermination est décrétée : tous les villages acadiens seront rasés, et leur population jetée aux quatre vents du ciel,

Ce n’est pas ici le lieu de répéter les scènes du grand dérangement, que n’ignorent pas ceux qui prendront la peine de lire ces pages, où il n’en est question que secondairement, Un seul fait suflit pour faire connaître l’âme de ce peuple qui, sans autre instruction que celle tombée de la chaire chrétienne, a su s'élever à la hauteur des martyrs, Qu'on lise la requête adressée au colonel Winslow par les habitants de la Grand-Prée, lorsque, retenus prisonniers dans leur église, où ils venaient d'entendre la sentence qui leur apprenait que tous leurs biens étaient confisqués, et qu'eux-mêmes allaient être transportés hors de leur pays.

“Nous vous supplions, lui disaient-ils en la terminant, que, s'il nous faut abandonner nos propriétés, il nous soit au moins permis d'aller dans les endroits où nous trouverons des compatriotes, d'autant plus que Par ce moyen nous pourrons conserver notre religion, que nous avons profondément à cœur, et pour laquelle

nous sommes contents de sacrifier nos biens ”.

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