‹ Une seconde Acadie [microforme]Chapitre 8 sur 81 · PS SAIS SN VONT · texte numérisé non relu

PS SAIS SN VONT

Breslay, parti pour une mission dans le voisinage, Le gouverneur, M, Gotteville de Belle-Isle, en uniforme militaire, servait de parrain à l'enfant, ayant pour marraine “très haute et puissante dame, la comtesse de Saint-Pierre, née Louise de Kervin, dame d'honneur de très haute et très excellente Princesse, Son Altesse Royale, la Duchesse d'Orléans ”. Parmi l'assistance, on pouvait remarquer M. Robert Pothier du Buisson, “subdélégué de l’intendant de la Nouvelle-France à l'ile Saint-Jean”; M. Aubert, sieur de Maure, conseiller au conseil supérieur de Québec et directeur général de l’île; M. Pierre de G andpré, chirurgienmajor, et M, Gabriel de la Bonne, second chirurgien ; M. Louis de la Bretesche, officier de marine, major du port Lajoie; M. François Pastureau, directeur des vivres; M. du Bouillon, cadet de la compagnie de Gotteville ; M. Thomas, maître de grave du havre Saint-Pierre, et plusieurs autres officiers et colons 1,

En voyant cette liste de personnages nobles, et autres occupant des postes officiels, on a peine à croire qu’ils habitaient un coin des déserts sauvages de l’île Saint- Jean, si loin de ce beau monde de Paris que la plupart avait quitté, il n’y avait pas encore deux ans, Quel contraste entre leur existence actuelle et celle qu'ils

1— Registres du port Lajoie.

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avaient menée dans les ecreles brillants d’où ils étaient venus! Quel courage ne leur fallait-il pas pour supporter leur nouveau genre de vie, avec ses privations de toute espèce, et surtout avec l’inexorable ennui de la solitude, à peine interrompu par quelques rares arrivages soit de l’île Royale, soit du vieux monde! La plupart n'y purent résister longtemps, et reprirent, après quelques années, le chemin de la France, Quelques-unes de ces familles finirent cependant par s’'accoutumer à cette vie nouvelle, et se fixèrent dans l’île, On retrouve leurs noms, avec ceux de quelques autres familles nobles, mêlés à la foule des colons jusqu’à la fin du régime français dans l’île Saint-Jean, tels que les d’Aillebout de Saint-Villemée, les Eurry de La Pérelle, les Moët de Moras, les De Lafitte, les Forget de la Croix, les Le Neuf de Beaubassin, les De Gourville, les De Coux.

A quelque temps de là, dans la même chapelle du port Lajoie, avait lieu une autre cérémonie qui fait, pour ainsi dire, toucher du doigt la sympathie et la fraternité qui régnaient entre les Blancs et les naturels du pays: Le missionnaire versait l’eau du baptême sur la tête d’un enfant sauvage, Autour de lui se coudoyaient plusieurs sauvages et sauvagesses, mêlés à quelques officiers français. L'un d'eux, M. Robert Duhager,

lieutenant d'infanterie, commandant du port Lajoie et

peu après vouverneur de l’île Saint-Jean, avait voulu

Dirrenne

servir de parrain au petit indien, avec Mademoiselle Louise-Marguerite Pothier du Buisson, pour marraine 1,

Dans une autre circonstance, et au même lieu, on vit un des principaux officiers de la garnison, le chevalier de Mézillac, tenir sur les fonts baptismaux un petit miemac, et ne pas dédaigner de prendre pour marraine une sauvagesse ?, Il serait facile de citer bien d’autres faits du même genre.

On peut se figurer l'impression que devait faire sur l'esprit des indigènes de pareilles marques de considération, Elle confirmait la prédication des missionnaires qui leur disaient que les hommes avaient tous le même Dieu, que Blancs et Peaux Rouges étaient égaux à ses yeux, qu'ils étaient tous frères, et avaient droit au même héritage dans l’autre vie.

* I] y a bien es imperfections à relever dans le système colonial de la France en Amérique, Elle à fait des fautes dont elle a été la première victime; mais elle a acquis un rang à part parmi les nations européennes qui ont créé des colonies sur ce continent, Elle a fait ses conquêtes non avec l'épée, ma* avec la croix, Loin d’être le tyran des peuples qu’elle à rangés

sous son domaine, elle a été leur bienfaitrice. Elle les

1— Registres du port Lajoie, acte du 9 septembre, 1728. 2— Idem, avie Au 30 juiiiet, 1750.

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a reçus dans son sein comme ses propres enfants, et a toujours essayé de les élever à la hauteur de sa

civilisation,

[II

Le ministère de l’abbé de Breslay s’exercait sur une population peu nombreuse, mais dispersée sur divers points de l’île Saint-Jean et de plusieurs autres îles, ce qui l’obligeait à de fréquents voyages, qu'il fallait faire à la manière des sauvages, soit en canot, soit à pied à travers les bois, ou bien, pour la desserte des autres îles, sur des navires, goélettes où autres embarcations capables de tenir la mer, Deux fois par année, l'automne et le printemps, il faisait une visite régulière en ces divers endroits et stationnait principalement au havre Saint- Pierre, le poste le plus important après le port Lajoie, et à celui de Malpec, séjour préféré des Micmacs.

Cette dernière étape avait pour lui un charme qui le retenait ; car elle lui rappelait son ancienne mission de Saint-Louis, près de Montréal, Comme presque tous les prêtres qui ont vécu parmi les sauvages, il aimait ces pauvres enfants des bois, ces âmes simples et naives, ouvertes aux croyances religieuses, toutes pleines d’aspi-

rations et de désirs de l’autre vie, La connaissance que l'abbé de Breslay avait des langues et des habitudes sau-

vages lui donnait auprès d’eux une souveraine influence.

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[ls aimaient, parce qu'ils se sentaient aimés, L'empressement avec lequel ils venaient à la rencontre de la Robe Noire, la joie qui se lisait sur leurs âpres figures, l'avidité avec laquelle ils écoutaient ses instructions, le bien qui s’opérait en eux, faisaient oublier au missionnaire les fatigues du voyage, Une cabane d’écorce servait de chapelle, 11 y dressait son autel portatif, dont les gradins étaient ornés de fleurs des bois que les femmes et les enfants venaient apporter,

Pendant quelques jours, le petit sanctuaire improvisé devenait le centre où convergeaient toutes les familles, Les enfants étaient d’abord rassemblés pour recevoir les instructions du catéchisme, et se préparer à leur première communion, Puis venaient les confessions des adultes, et la visite des malades retenus sur leurs grabats,

Enfin, le dernier jour de la mission venu, on voyait, au soleil levant, toute la population du village agenouillée devant la porte de la cabane, où le prêtre, revêtu des ornements sacerdotaux, commençait la messe solennelle, dont le chœur des sauvages et des sauvagesses chantait les diverses parties en leur langue,

. Tout le monde connaît la beauté de voix qne possèdent presque tous les indigènes. Il faut avoir vu soi-même dans les bois de pareilles cérémonies religieuses pour saisir tout ce qu’elles ont de sublime dans leur simplicité.

A l'heure de la communion, toute l'assistance s’appro-

chait de la sainte table, Et le missionnaire sentait

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