‹ Une semaine de l'histoire de ParisChapitre 11 sur 35 · CHAPItRE IX · texte numérisé non relu

CHAPItRE IX

Ao mardi Bialin^ 37' juillet, let dj^positiona n'étaient pM changées; les onvriera de lensétau , écartés de lear» travaux accoutumés par la fermeture des ateliert, dCMaeodaiCnl les boulevrads et les quais, cl erraient dans les rues et sur les places publiques; les écoles de droitet de médecine , animées du saint amour de la patrie , se préparaient aussi à la résistance, sancse donter encore de l^importanee de Tëvénement qui a(fait aroir lieu.

Lemonvement d'ailleurs était général dans le quartier du Panthéon comme à la Chaussée d*Antin, danala rue 8aiat*Honové comme an Faubourg-Saint- Ântoîne ; un même sentiment électrisait tous les esprits , un même

(8i ) beioin se naiiifetlsit , celât «l'en finir arec une tyrannie Miu gloire ; tmt latietoite cTAIger , tournée contre lei libertés nationalet, eèt été maudite par la nation si la eour eAt triomphé.

On se rappelait arec hidigmation que depuis quinze ans Ji glaire moderne de la France lui était imputée h crime, que f on interdisait Texposition des tai>leftux, desgravQr«s qui retrai^ient tant de faits illustres ; que les douze statues des fomenx généraux de la république et de TemlHre> destinées par Napoléon h orner le pont Louis XVI en étaient chatséea pour être remplacées par d*autres célébrités, très-respectables sans doute, mais qui n*étainit pas les «eules qu'on dàt glorifier ; que les poisuaces élrangèrei , en se réserrant le soin de disposer àtnot ancienne* conquêtes , nous maintenaient, d*in* telligence avec la éow deê Tuileries , dans un état de dépendance et d'hnmiliatlon permanente; qu*on nous totemandait tontes les expéditions douteuses et lointaines , on nous épuisions nos trésoi^ sans aucun avantage; que la eoor poursuiTait atec une haine atbantée les écnyains assez hardis pour ne pas ramper Uchement deyant elle ; que le mérite sans serritité de* fedait nn titre d'exclusion ; que la noblesse seule occupait tous les grade* militaires ; qne Tinsolence du clergé allait toujours croissant ; que le commerce était imnoté à celni de l'Angleterre ; que le jésuitisme ftnsait des progrès immenses ; qne le roi lui-même UTtit pris l'habit de cet ordre, s'était fait ordonner érèqve, et «n faisait les fonctions dams fineérieur de son palais ; qoela magistrature était litréc à ignorance des con-

(«a) grégaoîstef, qui eu accaparaient touiea le« charges; que les cabinets étrangers nous empêchaient d'augmenter notre flott« et notre armée; que le roi arait applaudi, ainsi que le dauphin ^ k l'insulte adressée à la nation française en la personne de ses maréchaux par Tambassadeur d'Autriche; que les agens dq goo- . vemement persécutaient a^ec une persévérance toujours croissante ceux qui n^appartenaient pas à la congrégation ; que les fonds de l'état d'isparaissaient sans aucuns travaux utiles; que les routes étaient perdues, les monumens publics inachevés ; qu*une paresse criminelle paralysait l'élan de la nation ; que lei journaux vendus à la cour calomniaient chaque jour la France, à dire d'expert , et que ceux qui nous injuriaient davantage étaient ceux que cette cour ennemie payait le mieux ; qu'enfin le roi , son fils et tous ses proches étaient en état de conspiration flagrante contre lesi citoyens ; que le duc de Bordeaux était élevé dans la détestation de la Charte , dans la vénération des choses superstitieuses ; qu'il passait la journée entière k des jeux ridicules ou à des pratiques multipliées d'une dévotion méticuleuse; que, par conséquent , cet uni-, que espoir de la dynastie régnante devait être un jour plus dangereux au peuple français que êes ascendans , et qu*à lui , sans doute , était réservé le soin de briser les dernières institutions libérales , et de ramener la monarchie à son point de départ sons le règne de Charles V.

Cétait là les réflexions qne faisait la multitude , forcée de reconnaîtra que son roi avait toujours été •

depuis quinze ani , ton plus mortel enàemi, C était lui qui , pendant le règne de son frère ^ avait soutenu les factieux ultras ; lui qui , établissant un état dans Tétat ^ s'était fait chef du gouTcrnement occulte ; lui qpi noué avait vendus à l'étranger depuis i8i4 9 qui lui livrait les secret8.de la couronne; lui qui abhorrait les lu* mières, Tinsiruction ; lui qui ne voulait, à sonentour, que des gens nés ou des jésuites ; esclave de l'Anglelerre, vassal des prêtres, et prêt, comme Jacques II son modèle , à vendre pour une messe le beau royaume de France.

C'était lui qui, enfin, parjure à ses sermens répétés, e^yait un dernier attentat contre la nation. A quels excès ne se porterait-il pas s^il parvenait maintenant & son but! Ainsi maintenant la chambre légale serait dissoute , diminuée de nombre , reconstituée arbitraire* ment; ainsi l'impôt serait voté par ceux-là même qui en dévoreraient les deniers.

La Charte, annulée de fait , nous serait encore opposée' en droit; on nous la présenterait comme un bouclier commode à noire ennemi, qui, posté derrière elle j nous accablerait de ses traits , tandis qu'il lerait convenu que les nôtres- expireraient sur elle sans pouvoir rbutre-passer.

Ainsi la liberté de la presse anéantie nous livrera^' sans défense aux congréganistes , aux superstitieux, aux affamés de la richesse publique, et à toutes scurtes d*actes tyranniques,. subversifs de toute justice, con» traires aux droits acquis, aux intérêts de l'universalité. Des voies sans nombre allaient être ouvertes aux abus,

et un WBr d «irchi empMwrait I» plM«tl« de m iùtt •iiteiidf«.

Eafin le i«l, ia Amiàie, ms Muiiitres^ déclarMest fattoleannent ia gaene kbt nstioii ; ib l«t dMeat : Ama loiig«4e«ipi t« i'e» crue lib#e^ t« n*éuii8 qve rebelW.

Toiiie eepénMiice de Tavenir f^éléignaic , une nmi •ombre alkiit couvrir la France ; leeDénèbrea deTignoraoea , du despotiime et de la féodalité s'épaiftissaieiii à l'ientoiir do flambcea de laraûon ; et da«< ckaqticétat| dané chaque ^rofesnon , il fallait craindre rarbitraire, la gène ^ les entraves dont on serait accablé. Ce n*étai« pat seafement le riche oroptifétaive , le mattùfactarier en gtatki^ ie aiiUtatre' de haut grade, le ttragittrat , l*adBiiBistratear sopérienr dont Charki X attaquait Tesntence ^ il compromettait celle da soldat , de Too*vrier^dépratictea^daioamalier^detotteenfin^ graiideet p«titt^ richet et pauvret; lien voulait il tout; nouthri étiont fout odieux par cela teol que wmt étioat Français

Plus Tattaque était générale, pl«s larétittaBca de-» vaitavoir de l^unatiimité ; chacun comprit en même teoit ton devoir^ il vit que la cause d*autnti était la tiemw, et cprenlre le roi et nout c'était une guerre à uacrt. On •e dit alors: Pourquoi retardera la commencer? po«r* quoi prolonger une patience inutile , et dont on abnae t he roi nous déteste , nous le kn rendons bien ; il vent nona lier, britont let chalnei ; prouvont-lui qu'il ne règne que par notre pernntiion, «t qu*il cettera da régiitr aussitôt qu'il noua plaira q«*il descende dn tr^na. 1A Hè^mt optniott éclate dana let divart qnartiert , non

(85) {lent* être q«e d^t le 37 juillet au matin on soit décidé à renverser la race des Bourbons, mais déjà ou se flatte d« les oimiraindre par la forée des armes k de« concessions qui notas mettent àTabri de sa stupidité et de sa tyrannie. Les groupes se forment de nonreau; tes bootiqnes ouTertes le matin à l*henre accontomée sont refermée an coup de midi ; on se perle machinaleroent Ters le boulevard des Capucines ; on sait que Polignac est le ckef de nos ennemis; des masses d'ouvriers, pour la plupart appartenant anx eonstmetions des maisons , des maçons y charpentiers, menuisiers, serruriers, couvreurs , plon^ers , environnent Thôtel d «ministre des afiàivesétrangères, et le menicent de leurs clameurs.

Le ministre a déjà demandé un secours de troupes propre à le garantir d*un coup de main ; ta plus grande partie de» deux gendarmeries veille diversement à sa sûreté : une portion est cantonnée dans la cour et dans W jardin, une antre devant ta principale entrée sur te boulevard et à celle de la rue des Capucines ; une troisième, montée h cbeval, fait des cliarges ridicules dans ta nie Bosse^ sur les (iontre-ftlléei et la chaussée du boulevard.

Les ouvriers se moquent de ces démonstrations hostiles; ils se reptieUt à l'arrivée de Tescadron au galop, et puis reprennent leur position première, et se mettent k huer comme auparavant. Bientôt les détactiemens de la ligne viennent aussi concourir h la garde de Texeellence. Celle-ci va sortir de sa demeure pour aller aux Tuileries tenir le conseil; on ne doit plus se rendre i Saint- Cloud , car il ne faut pas fatiguer le roi df ces misères, on ne reviendra à lui que triomphant.

Cependant le minUtère s'irrite du mécontentement de Paris; il songe à prendre des roesares séf^es et promptes ; on dresse h la hâte dans le conseil une liste de quarante cinq personnes dont Tarreslation aura lieu dans (a journée , qu'une commission extraordinaire et prévôlale jugera le lendemain ^ et qui seront mises k mort où envoyées au bague le surlendemain.

Cet affreux tribunal était dans la pensée de Palignac , deChantelauze. dePeyronnetet de Mangin : onze juges le composeraient, quatre militaires^ savoir M. deFou> cauld , etc. , et sept magistrats , Cottu , Âmy , Leblond , Mathieu 9 Frayssinous^ de CbabroUChaméane , et M. de Broë ferait, disait-on, les fonctions de procureurgénéral spécial, ayant sous ses ordres quatre snbstitais chargés des travaux préparatoires.

Telle était la composition prétendue de oelte cour coupable qui n*a pas existé, et qui peut-être n'était pat formée des personnes qu'on a signalées; il est certain que le principe d'un tribunal exceptionnel était admis, et que si les noms positifs de ses membres ne nous ont pas été révélés , c*est que le temps a manqué aux conspirateurs.

La liste première des proscrits fut adressée par le ministre de l'intérieur au préfet de police , avec ordre de procéder sur-le- champ à leur arrestation; un billet particulier de Peyronnet engageait, dit-on, Mangin à donner les ordres les plus sévères pour qu*on s*emparât, vift ou mont , de ceux dont le parti voulait se débarrasser ; un gendarme porta le pli k la préfecture de police.

Mais dé\k commençait dans ce Heo une terreur motî- ▼ée paries rapports multipliés des agens secrets ; tons Tenaient de parcourir la ville et en ayaient vu Texaspération. On se préparait de toutes parts h une résistance légale ; il fallait craindre défaire naître Tincendie snr trop de points à la fois en procédant k la même heure à quarante arrestations dans les dWers quartiers. Cétait allumer autant de volcans^ force fut an magistrat fanatique de suspendre jusqu'au lendemain lVx«* cQtlan de la volonté ministérielles 7 on n'arréu donc personne.

Mangtn était un de ces bravaches ha^^djs au raili^dn calme , et qui n*ont ni cœur , ni bral* ni têle pour affronter la tempête. Féroce par instinct, turbulent par caractère , ambitieux sans aucun de cestalensqui font pardonner Fintrigue , sorti des dernières classes de là ■ociélé , ainsi que le prouvent les formes de son éduca* lion, rampant vis-à-vis de la cour dont il voulait être l'âme damnée , espérant sa fortune du mal qu'il ferait & ses concitoyens, c'était unhomme dont chaque parole était une insulte^ chaque acte un viol de justice, chaque pensée an crime contre les àrohê de la nation. Mais au milieu de tant d'audace , de jactance, deservilisme, on trouvait une lâcheté morale inséparable de ces sentfttené; il «aurait comfbattre en faveur du despotisme, tant que le despotisme conserverait le pouvoir ; mais rasceptible de toutes les terreurs dans la crise du péril.

Il ne fallait donc pas que le ministère comptât beaucoup sur lui ; déjà il reculait dans la carrière du mal,

(88) nan par lemords^ mais par peur; il j«tait aoloiir de lui des regards troubtés. iPeyronnet reçu.t aloc» d'iui agent supérieur de la police nue lettre ainsi conçue ;

< Blonseigneury

» Je suis an déseq>oir d'apprendre h V^re Esc«l- » lence qn*il est dangerenx ., sinon impossible , de mei> » , tre aujourd'hui la main sur les rebelles que vous me s désignez; Tatiitude du peuple est trop menaçanle ; « il ne demande qu*un préie&te pour prendre le» rar- » jo^ 9 et je ne crois pas Te'tat-major de la place en » Ksnre pour contenir les diyers quartiers. On ne poiir- » rait procéder en secret à Tenlèvement des préveniH , » et le moindre cri ferait accourir une partie de la en* » naiUe à leur défense. Il contient de faire entrer .«ecie p nuit dans Paris un nombre sniBsant de militairet-qui )t s'emparent des places , des quais., des boulevards ^iles » grandes rues, afin d*intimider la canaille , qui roco» » lera certainement derant des soldats et des canoaa. 1 1 * y a urgence k prendre de grandes mesures ytoui délai » serait fatal.

» Les rapports qui arrivent de tous côtés s*aceordent n k dire que Texaspération g agne les esprits ; nos en> » nemis , les gens du commerce, ont fait un ccuip (le > parti en retirant le travail aux ouvriers. Je crois que » plus tard il faudra leur faire rendre conmte clecetie » mesure insurrectionnelle , et la punir sévèrement. An* » joard'bui il sera bon de faire peur pôr.^elqnes dédia r- )t ges à mitraille ; chacun rentrera chez soi quand on

^ flMta ^« qtie «161IS fie'l>alliikODf pftg. SoaTeDotot-nous » de la Mie S»ftii«4>eni8, et la tictoire resiera à U » êmtat *ea«ae deia reli gien et du roi .

» Bemain, -en arrêtera les ifaaratite-craq, et avec » eosiAUalef BMiDeart de 4a joamée présente.

» J'ai rkonneur d'être, etc. n

Cette lettre, dont Toriginal a été trooré anx Tuileries , et dont il a coura des copies avec de légères variantes , acheva de mettre M. de Peyronnet de manvaoe humeur. Dèela veille, attendu d'ailleurs son esprit belliqueux , 11 avait en quelque sorte pris- la direction de la partie militaire concernant la ville de Paris. Polignac, tremhlant déjà pour sa vie, et hors d*état de donner un ordie convenable , lot cédait le ministère de 1» guerre , allant répétant partout : « Oh ! reposons-nous sur le ministre de l'intérieur ; c'est un brave à trois poils, un vrai crâne ; il sera le héros de la semaine ^ Je mets en lui une confiance aveugle. »

Peyronnet donc expédia sur Pheure Tordre d'extraire des dépôts plusieurs pièces de canon ; et , en les voyant passer, il dit à ceux qui étaient auprès de loi : « Voilà îespréceptenrs du peuple de Paris qui arrivent; la leçon né^tardera pas à être donnée; elle sera forte et prompte.» Ce mot atroce fut trouvé charmant ; et un gentilhomme

de la chMUbi^, qui était U, le comte dé D , partit

tn toute h $ te pour en régaler le roi à Saint-Cloud.

Ce fut an milieu de cette journée menaçante qu'un ecdésiasiique dont j'ai oublié le nom prit sur lui de ve-

(9») nir h l*archeTècké intercéder M* de QuélenenfaTevrd» peuple : il lui représenta qoe Ton paraissait déternainé à ne point plier sons Tillégalitédes ordonnances du aS) que la résistance en armes était sur le point d'avoir Ûeu. Monseigneur, ajouta ce saint prêtre, toîcî une occasion précieuse pour réconcilier tous tos diocésains avec le clergé de la cathédrale ; rendez-leur la religion plus aimable en yous prononçant pour la cause de la nation et des lois; rendez tous à Saint-Cloud k la tète de votre chapitre, en traversant Paris à pied.: un tel acte vous assurera l'amour du peuple^ en vous donnant plus de droits encore^ son respect et à sa vénération. » Tandis que le tïon prêtre parlait , M. de Quélen ex^ primait son mécontentement par la sévérité de sa figure; puis, prenant la parole, il demanda si on le prenait pour un factieux , et si on pensait qu'il voulût recommencer le célèbre coadjuteur , depuis cardinal de Retz; queson rôle était de se renfermer en une soumission ab-^ solue aux volontés du roi, et en même temps d'inspi* rer les mêmes sentimens à son troupeau.

Il lui fut répondu:

« *" Monseigneur, vous perdez une belle -occasion de réhabiliter l'église; vous ne voyez pas qu'aujourd'hui la faction est à Saint-Cioud , et la légalité à Paris, si

La conversation s*échaufi*a ; le donneur de conseils fut malmené , le prélat persista dans sa conduite de partialité , ne se doutant pas qu'avant peu il aurait k quitter en fugitif ce palais superbe, et qiiUl verrait tomber cette monarchie, que peut-être une démarche

( 9« ) giénérease de m part aurait retenue an bord de Tabime. 11 reprocha aigremenè au prêtre venu dans de si bonnes intentions de se faire philosophe. Le prêtre lui dit :

ic " Prenez garde, monseigneur, à votre propos. On est donc raisonnable quand on est philosophe. Voyez M. Debelleyme : hier , sans préjuger encore le fond de la question, il a autorisé le Journal de Paris à paraître proyisoirement; cette mesure toute sage lui vaudra Testiine des Parisiens. »

CHAPITBEX.

Les ordonnances étaient poar lesjournaox d'opposition un yéritable arrêt de mort. Il ue lear «estait plna , après avoir refusé de s*y conformer, que de repoqsser autant qu'il serait en eux le Tiolatîoa de leax propriété. Voici comment le National racoots lul-inièio« ta descente de la police dans ses bureaux :

DESCEHTE DAV8 LKS BUREAUX DU HATIOBAL.

Ce matin , à neuf heures , la place des Italiens , Yoisine des bureaux du National , a été occupée par la gendarmerie à pied et à cheTal ; la rue Neuve- Saint-Marc , et toutes les raes adjacentes , ont été parcourues par des patrouilles. A onze heures, deux commissaires de police , appuyés par cette force armée , se sont présentés aux bureaux du National ^ et ont signifié Tordre de M. Mangin,en vertu duquel ils venaient saisir les presses du National, par suite de notre refus de nous soumettre aux, ordonnances du aS.

Nous avons déclaré h MM. les commÎMâires que le pouvoir qui les envoyait étant tout-à-fait sorti de la légalité , nous ne devions point obéissance h ce pouvoir ; qu^eux-mèmes , officiers civils, établis tels par les lois en vigueur sons la Charte, étaient en rébellion contre la légalité , en se faisant porteurs et exécuteur* d*un mandat attentatoire à la Charte; que la saisie qui

( 9? ) alUit t^opérer q6 pouyait èlrp coa sidérée par ooim ^«e t»mm9 |e Tol 4a ii«tpa propriété , et que ce vol na ferait consommé que par la Tiolation avec effraction de notre (bmicile ; que, dana Timpossiblité où nous étions d*opposer la force à la force , il ne nous resterait qu'à protester contre la violence.

MM. lea commissaires Colin , da quartier de la Cité , et Bérand , chargés des délégations judiciaires, a^fant cm, malgré nos protestations, devoir procéder aax perquintiona et à la saisie, ont pénétré dans noc ba- Ttaoi , asaiatés par la gendarmerie et les officiers de paix. Les perquisitions les plus minutieuses {>onr tfou- ▼erleseitenaplaîres du numéro de ce matin, qu*on supposait exitter chez nous, ont été vaines. L'anxiété qui ^m emparée de la population parisienne , et la nontpparltion de la plapart des journaux de ^opposition , privés de leurs imprimeurs par Teffet de Tordonnance , avaient amené, de très-grand matin, aux portes du National^ une foule considérable qui , éh moins d*ane heure , avait absorbé sept mille exemplaires. Hotre tirage était épnisé , et le zèle de nos iniprimeuri , accablés de fatigue depuis deux jonrs , ne pouvait plus suffire aux demandes.

MM. les commissaires, sur notre refus d'onvrîr les portes du lien où sont établies nos presses, ont dû recourir a Teffraction. La porte a été enfoncée. On n'a point enlevé nos pre8ses,mais on les a fait démonter; on a emporté les pièces les plus importantes du mécanisme, n ainsi , aux termes de l'ordonnance du roi, elles ont été mises h9rs délai de senrr , car c'est le même résul-

,(94) tat. Ce que l'on ne peut pat emporter , on le détroit , on le brife ; il n'y a plui de garantie pour la propriété des citoyefis.

Après leur éxécation , MM, les commissaires se sont retirés en nous exprimant le regret de ne pas nons avoir trouvés plus disposés à Tobéissance. Comme il est impossibleqoede telles violations demeurent impuniea,et que les officiers civils qui se prêtent à leur exécntion n'aient pas un jour à rendre de leur conduite le compte le plus grave , nous croyons de notre loyauté de dire , prévoyant déjà le moment où justice, et justice sévère, jera rendue , que MM. les commissaires Colin et Béraud ont adouci, autant quUl a été en eux , par les formes, l'odieux de la criante mission quUls sont venus remplir. Mais le crime n'en est pas moins commis, les lois n'en sont pas moins violées ; et si l'on ne s*est pas porté contre nous à des extrémités sanglantes f si nous n*avons pas été assassinés en plein jour, par des soldats , chez bous , dans le lieu où nous nous livrions sons la protection des lois, à Pezamen des actes do pouvoir et h la défense des droits du pays, ce n'est point parce que MM. les commissaires ont été polis ^ c'est que nous avons cru que notre devoir, comme citoyens et comme écrivains, devaitse borner au refus d'obéissance. Les refus d*obéissance sans voies de fait sa* firont, nous Tespérons encore, à sauver nos libertés. Nous étions placés à l'a vaut garde; nous avons fait pour notre part ce que nous n*avions cessé de conseiller au pays en cas de suspension de la légalité. Que le refus d*obéissance descende maintenant jusqu'au dernier

(95) «kf contriboables, et cet échafaudage monstrueux tombera. Nous avons sacrifié noire propriété comme trains, nous sommes prêts à la sacrifier ctftt) me contribkid>les.

La même expédition , faite dans les presses elles bareanz da Temps , a donné lieu h tine scène enteore f las f iolente , dont nous aurons à emprunter aussi le ïécit aax courageux rédacteurs de celle feuille.

PXBMIEBB «AISIB DE KOS PRESSES.

ADJourd'hui 27 , ^ onze heures et demie , on est venu, au nom d'ordonnances illégales , pour violer Thabita- Ijon d'un citoyen protégé par les lois de l'étal. Des hommes que nous ne connaissons point, pâles, défaits, abattus, malheureux déjhdu crime qu'ils allaient commettre, ont commis un vol avec effraction.

L'an d'eux , il est vrai, s'est décoré d'une écharpe de magistrat qui ne pouvait éire qu'une imposture , car QD magistrat ne se présente et n'agit qu'au nom de la loi. D'autres hommes, revêtus d'un habit respectable , celui de soldat français, ont assisté plutôt que participé à une opération nouvelle pour eux, et dont ils iemblaient aussi affligés que nous-mêmes. A jeun depuis une heure du matin , ils souffraient moins de leurs privations que de leur ministère. ^o us leur avons off*ert (les rafraichissemens.

^ Hendonslçur cette justice qu'ils ont gardé, durant !^M visite qui leur semblait longue , une dignité que

(96) leur aniformc Uiur impoce toujoarf , màU qui, dans cetie occMÎoo , pacftitMtt être pour eux «olaiii un bt- •oin qa'o» defoir.

Sept henrei ont été employées par les a^ens de U ▼iolence k tester toaelef moyent de pénétrer dane sotre demeure. Oee ouvriers ont appriji k des magistrat* k respect de U loi. Un d*«ax , M. Pein , maître aerrarier « se découvrant à la lecture âfum article du Coda , a re* fusé de concourir à l'efiraciion , qu'un homme reréin d'une écharpe lui demandait.

Un second, plus jeune, deFatelierGodot, mais avec le même courage et la même simplicité, a résisté léga* lement à des obsessions de tout genre mises en usage pendant deux hennss pour le séduire ou Tintimider. EnGn , on n*a pu trouver dans le quartier un ouvrier qui voulût violer un domicile et se rendre complice d*un vol.

On est alors allé demander an magistrat qui a mission spéciale de protéger la propriété , au préfet de police I les moyens d'y attenter. Il a envoyé poar crocheter nos portes, qui? celui-là même qui a pour charge de river les fers des forçais. Oigne instrument d^one semblable mission ! digne emblème du traitement que les rebelles du 36 juillet destinent aux citoyens ! VoiU par quelles mains le crime a été consommé.

Le reste s*est passé en formalités , copiées sur les opérations judiciaires. Nous avons dressé Vétat des objet» volés chez nous, pour le représenter en justice. Noua n*avons fait aucune protestation entre les mains de prétendus commissaires qui se rendaient coupables d*ef-

(97) fraciion : cVût été leur reconnaître un autre caractère que celui dftccimifliols.

Leê détails de ce qui iVit paesé pendant ces sept longnes liMifee importent peu aux lecteurs : quand le règne de Tordre sera rétabli, nous les porterons devant la magistrature ; c'est à elle que nous demanderons jastiee^ et si aucune loi ne réprimait le fonctionnaire ^ tourne contre la loi l'arme qui lui est confiée pour la défendre , nous aurions rempH nn deroit en constatant t*ttrgence des lois de responsabilité (Jui nous manqueraient.

Une nombreuse réunion de citoyens nous a pendant ce déb^t soutenus de son approbation calme et de ses exemples de fermeté. Nos ouvriers, dont on venait arraeber le pain, ont contenu leur indignation, et ont vonht , comme nous , que la force eât tout le tort de vaîoere la loi. Tous les assittana ont ob^^rvé en silence les détails de TeflVaction; ils nous ont donné leurs noms a? ec empressement pour les appeler devant les tribonanx CMMBa fténolas d'une violatiioii de domicile, d*mi vol , d*nne effractios comoMae par ceux que, sous le règne <|« la l#i , BQus nniioDs rec|aia pouv nous protéger. No«s «rom d*aiita«t pln« tenn, nouf , simple eitoyeni, nm^s, vietimef , k nous tanir dans la letùo et l'esprit do U loi , q«a les agens de Tantorité s'en tenaient df boas .

Que tautea oes personnes, dont beaucoup nous sont inconnues , trouvent ici IVxpresaion de notre gratiinde. Non, quoi qu'elle» en aient dit, il n*y a point de mérite ^«e moptrer fer me et dévoué quand on a derrière soi la France et qu'on remplit son devoir.

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