‹ Une semaine de l'histoire de ParisChapitre 14 sur 35 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Là nuit dû 37 au 218 juillet continua k ètr« agitée ; le bris des réTerbères ^ commencé dès la veille , acheya ce foir-là de répandre dans tout Paris une obscurité profonde, inquiétante pour la troupe qui n'oSa pas en* Yoyer trop loin les patrouilles ; elles n*eurent lieu que sur les quais , les boulevards et dans les rues principales.

Le ministère^ qui se croyait vainqueur parce qu'on nous avait égorgé^ par son ordre, continuait à dicter les mesures désastreuses dont les conséquences retombèrent sur lui ; il faisait bivouaque^ les divers régimens sur les places du Carrousel ^ Vendôme , de Louis XV, dans les Tuileries , sur les ponts et les boulevards; partout des canons étaient placés en batteries ; des artilleurs^ mèche allumée , leâ accompagnaient ; mais en même temps l'hésitation de la ligne suspendait l'attaque; on ne songeait plus à foudroyer partout le peuple, on se maintenait déjà dans les positions prises pendant la journée , tandis qu'il eût fallu les dépasser et occuper tout Paris.

C'était impossible^ les régimens manquaient; cent mille hommes auraient eu de la peine à garder hostillement quatre-vingt-quatre lieues d'é«i»ndue des rues de Paris.

Le ministère se rassembla tard chez Polignac à son retour de Saint-Cloud dcint il dorina les nouvelles les

pi os satisfaisantei : le roi avait chassé arec b«ancoop (le gaité| montré un heureux appétit à dîner , et maintenant il jouait au wisk , ayant le projet de faire le lendemain une chasse extraordinaire dans le bois de Fontainebleau. Madame, duchesse deBerry, recommandait au ministère de ne pas mollir, et y coûte qui conte, d'arrêter le mouvement insurrectionnel de Paris. Monseigneur le dauphin ét|iit très-fâché de la conduite incertaine de la ligne ; il se proposait de casser la plupart des officiers du S""* , du 5o">* et du 53>»e • mais en revanche , il ne tarissait pas d'éloges sur la garde , les lanciers et les Suisses; ceux-lh auraient part aux récom* penses , l'argent et, les décorations ne manqueraient pas.

Folignac apprit en outre au conseil que le commandement suprême des troupes avait été confié au duc de Raguse , en sa qualité de gouverneur de Paris ; que les pouvoirs les plus éte«dus lui étaient remis , et qu'il était investi du droit de placer la ville sous le régime militaire en la mettant en état de siège. Je raconterai plus loin ce qui s'était passé à ce sujet ; maintenant je tiens à terminer les détails de la séance du conseil des ministres.

Le préfet de police y parut moins audacieux que de coutume ; frappé d'une crainte involontaire , il fit le rapport de la situation de la capitale , la montra prête à se porter aux derniers excès , réclama des mesures promptes et décisives. Peyronnet parla dans le même sens ; let antres ministres gardèrent le silence. Polignac dit alors:

lO.

(ii8)

« ^ Que tout comiDandait d'agir avec une Tigoèur iiiaccouiuniée; que c'était trop long-temps supporter l'audace d'une population vile et méprisable, soBlevée contre son leuYerain^Ve combat hideux de la férocité jacobine , de la débauche et de l'athéisme contre U majesté du trône et la sainteté de l'autel; que lut, Polignac , dans sa raÎMon était très en rapport avec son inspiration intellectuelle sur ce point de terminer la lutte par un coup de foudre capable de renverser la ré< voluiion , sans lui laisser la possibilité de reprendre quelque avantage ; que pour parvenir à ce but rien ne devait coûter et que le sang à répandre n'était pas si noble qu'on dût le regretter tant. •

M. de Monibel se récria à ces derniers mots ; il dit :. « — Nous avons pris une responsabliié bien grande , elle nous accablera peut-être ; n'y joignons pas celle ym$ laquelle la marche des choses nous conduit. Les jours du dernier des Français doivent être précieuVan roi non moins qu'à nous. Je m^oppose de tous mes moyens h des actes de rigueur dont la nécessité n'est pas démontrée , et je me refuserai h concourir k leur exécution. »

Puliguac hdussa les épaules, murmura les mots de tiédeur, de négligence pour le service royal. M. de Montbel répondit : « — Encore un peu , monsieur ^ et on verra qui sera le plus assidu à son devoir et le plus ferme soutien du monarque. » Peyronnet tâcha de concilier les diverses opinions , approuvant en partie le ministre des finances , et disant néanmoins qu'au point nîi les choses étaient , on ne pouvait plus faiblir sans

te»t perdre. Il ftit donc réiolu que Vmn pouMerait ea avant ^ qu*aaeune concession ne serait faite sana avoir, an préalable, Yules résuluts dela|onméedu lendemain. Folignae ajonta: « • — Quant à moi^ messieurs, qui ai prié Dien de mUnspirer ce que je dois faire dans cette circonsunce, |e vous apprendrai qu'après avoir demandé son avis an saint prince de Holenlohe , je suis déterminé à suivre le chemin ouvert de dimanake dernier; )*ai la certitude qu'il conduit au salut de la monarchie et de la religion. i>

Jn secula lecii/brum, àme/i, dut dire-Peyronaet, qui intérieurement se riait de cette capocinade du sot président du conseil des ministres. La conseil, avant de se séparer, convint que la réunion aurait lieu le lende« demain aux Tuileiies-, comme point eentral,et pais d'ailleurs comme le quartier- général de l'armée en campagne dan» Paris,

Chaque ministre partit escorté par un fort détachement de gendarmerie et de cavalerie , et parcourut des vues obscures et point silencieuses. Ou entendait dans le lointain le cri des factionnaires , les sifflets dupeu« pie et le bruit occasioné par la construction des barricades qu'on élevait déjà dans plusieurs quartiers. Rien n'annonçait un découragement parmi le peuple , et tout , au contraire , manifestait son désir de poursuivre cequ*il avait commencé de la veille.

Le peuple ne se reposait pas sur ses lauriers , et , sachant le roi incorrigible , il se préparait à lui enlever le dépôt de ses libertés. La durée de la nuit futemployée en courses réciproques les uns vers les autres, à se re-

( ïî»o ) ÊOimaltr« et te rallier ; tonte querelle particulière fut oubliée , tout ressentiment expira ; les amia «^aimèrent datantage , les ennemis se rapprochèrent : on décida de ne former qu*un seul faisceau dans Tintérèt de la cause nationale. On se munit d'armes improvisées ; On se procura de la poudre, des balles ^ des munitions. Les riches payèrent de leur bourse et de leur personne ; les pauvres moiitrèrent une magnanimité supérieure encore : ils sacriBèrent leurs faibles ressources , ils se procurèrent les fusils, les armes dont ils avaient besoin.

Des commissaires j sans aucun mandat que celui de ledr patriotisme , parcouraient les quartiers^ organisaient des compagnies régulières, liaient des confraternités citoyennes que le sang devait cimenter ; tons juraient de ne rentrer dans le calme de la vie privée qii*apirès avoir conquis et rétabli la liberté sur une base inébranlable. Ce langage était entendu de toutes les classes : il y avait unanimité.

Mais aucun chef ne se montrait , on ne songeait pas qn*il dût y en avoir; la haine de la tyrannie^ le désir de chasser des Tuileries les maîtres sans vertus qui les habitaient , voilà les seuls chefs suprêmes que le peuple de Paris reconnut pendant ces deux mémorables journées. Il y avait bien quelques noms qu'on répétait tout bas ; mais ces noms ne surgissaient pas encore ; deux seuls e'taient dans tdutes les bouches , le premier donnait Tidée d'un gouvernement ferme et national , lé Second rappelait l'aurore brillante de la révolution : c'étaient S. A. R. le duc d'Orléans et le général Lafayette.

{ laî )

Page 1