‹ Une semaine de l'histoire de ParisChapitre 20 sur 35 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

AvAKT de passttr h Tbiftloire de la journée du jeodi 3') )aillet, et de poursuivre la peinture douloureuse de unt de combats livrés et de si beaux faits d'armet payés da sang }e plus digne et le plus pur, celui de nos vertueux concitoyens, je vais tâcher de délasser Tespritdu lecteur en le trant^portant vers d'autres scènes ausbi curieuses, quoique moins importantes sans doute. Je comraencerai par appeler son attention sur le château de Saint*-Cloudy enivré la veille de fureur contre la sacrilège tentative de la canaille libérale qui souil* lait Paris

Il n'y avait là qu*un seul cri poussé contre elle; on la dévouait à la mort, à la prison, châtimens de toutes sortes ; on la décimait ; on achevait de lui ravir tous ses privilèges : il ne lui restait rien de la révolution.

Les courtisans se montrèrent belliqueux, ils croyaient qu*on ne se battrait pas; aussi que de sermens ils firent I que de marques, que de protestations de dévouement furent mises en jeu! Le roi lui-même imita les autres) il allait disant:

» —^ Allons, l\[lessieurs , nous ferons le coup de feu^ nous monterons h cheval ^ puisque le* citoyens ont en* vie de nous voir de près; ils verront si je suis le des-^ ceudunt de Henri IV et de Louis XIV. •

Et flatteurs d'applaudir et de proclamer S. M. Vémule ihê plus grands capitaines. Le dauphin allait et

venait , Hcbé tl'aYoir ea à contremander nne partie âê chasse, il ne disait rien, parce qu'il ne pensait à rien; de temps en temps qûelcpies mots de ricanement sortaient (lu sa bouche , puis il s'arrêtait , et recommençait ensoite à se promener et à jurer tout has.

Madame la duchesse de fierry Toyait mieoz les choses; on lui parlait plus franchement, et ce comte de Menars, en homme d'honneur? lui avait fait, d^ le matin , un récit exact de ce qui s'était passé la Teille à Paris en lui montrant comme poussé à l'extrême l'exaspération du peuple et le danger qa'il y aurait è lie pas faire des concessions qui calmeraient toot.

« -^ Mais, dit la duchesse , M. de Polignac prétend avoir pris toutes les mesures utiles ; il a réponda hier au roi, sur8atèie,du succès de notre coup d'état.* « — Madame, re'pliqua une personne du service intérieur, admise par S. A. A. k une familiarité bienveillante, la tête du prince ne peut répondre de grand'chose. »

La duchesse sourit; pais reprenafit un ton sérieux. « — ^ Que je voudrais qu'il iût possible de faire en* tendre raison au roi ! Je sais bien que nous sommes perdus si nous ne foudroyons les ennemis de notre fa*

mille; cependant si la paix valait mieux Je verrai

le roi bienlèt. »

Sur ces entrefaites, on annonça un jeune peintre, auteur de procédés nouveaux , que S. A. A. avait mandé pour ce matin. Il avait dû, afin de venir au rendez-vous accordé, traverser une grande partie des quartiers on déjli la résistance était organisée, e*t où le combat était

•i aciif qu'il afait reçu ior lui la cerfelle d^un citoyen dooi la léte avait été fracattée d'un coup de biicaïen. Arrivé, non tans peine et sant danger, i Saint-Cloud, il est introduit auprèg de la duchesse de Berry • i| est pâle 9 tremblant, enfin dans cet état d^agitation ou l'on peat se figurer un homme qui, pendant quelques ins* tans, a craint de se voir arracher la rte sans aToir les moyens de la défendre. H^adame lui demande la cause de son trouble; il la lui raconte, lui apprend ce qu'il a vu, et l'instruit des événemens qu'elle parait ignorer.

La duchesse , cookondue par un tableau si Trai et si naïf, laisse échapper plusieurs exclamations, s'étonne que les choses soient en un pareil état , se plaint de ce qu'on les a présentées sous un aspect différent, et Ten^gage ayec instance à rapporter ces mêmes détails à Charles X, auprès de qui on l'introduit peu après. Le jeune peintre , avec cette émotion vive qui résulte de l'impression profonde sous le poids de laquelle il est encore placé , recommence son récit. Le prince n'en-pa» rait nullement ému, et comme d'ailleurs le narrateur avait été choisi pour faire son portrait, il lui ditr

• — Ce n'est rien, tout cela finira ce soir; ce n'est près* que rien. Tenez, mon cher, ce que vous avesdemieux à faire , c'est de commencer mon portrait, o

Cela ordonné., Charles X se pose conyenablemeBt , et attend que l*artiste saisisse ses pinceaux ; mais l»sérénité des traits du monarque ,^ leur calme incompréhensible, ne sont pas dans le coeur du peintre 9 qui se déclare dons l'impossibilité de commencer son ira. TaiL

«t -^ Eh bien ! dit Charle X , ce fera pour la semaine pTOchaine ! »

L'artiste retiré 4 la duchesse de Berry , h qui on rend compte de ce qui s^est passé chez le roi, ne peut se contenir davantage. £lle va trouver son beau^père ^ ayant les yeux en larmes, et vivement éponvantée, car il n'y a dans elle aucune trace de cette fermeté qu'on lui prêta en i8ao, parce qu'elle vit monrif* son mari sans perdre le fruit de ses entrailles. I[ en ett d'elle comme de tous les chefs royalistes : leur énergie est toute de représentation ; ils s'en parent jusqu'au moment de s'en servir ; alors elle disparait pour faire place h la terreur qui vit derrière elle.

Charles X, surpris ds son maintien, lui demanda sans feinte ce qui pouvait lui être arrivé de fâcheux.

^- « Ah ! sire, n'est-ce pas assez de l'agitatton de Paris pour me causer une vive peine ?»

« —Que vous êtes faible, ma fille ! Qne vous importent les criailleries d'une poignée d'écrivains fanatiques, et de quelques centaines d'ouvriers d'imprimeritf de mauvaise humeur? Pensez vous qu'ils battent la garde royale et mes Suisses surtout ? t»

a — Mais, sire, la garde nationale prend les armes. »

« — Cela ne se peut point ; elle est cassée e^t elle n'osera se reconstituer. D'ailleurs, Mangin est là , Peyronnet aussi ; soyez tranqntUe; vous voyex que je le suis.

La duchesse alors , loin de se rendre , insista , arec |>lus de vivacité , et fit une peinture effrayante de l'irri^

( ■79 ) Ulion populaire : que déjà les régi mens Je la ligne flouaient incertains ; qu*on ne pouvait attendre aucun autre prompt secours. Enfin elle se jeta à ses genoux , le cOiijUraiit de ne pas comprometU'e Tayenir du duc de Bordeaux.

Ceci mit Charles X de mauvaise humeur; il traita la duchesse de folle, de peureuse, de t^te perdue; qu'elle montrait par trop de faiblesse; et comme encore elle répliquait y il lui ordonna de se taire et de sortir de ttn présence. Madame , accablée, s'eu revint dans son appartement, oi^ elle s'abandonna h une douleur excessive^ pleui-aot devant tout sop monde , exprimant sou eflVot de l'avenir*

tJn peu après, le dauphin vint la yisiter par ordre du t-oi. 11 tacha de la consoler, et) disait-il, de lut faire entendre raison. Il ne put y parvenir, d'autant que des nouvelles qui arrivaient ne présentèrent au» cune amélioration au précaire dans lequel on se trou" vait.

Le dauphin, non plus que son père^ ne comprenait aucunement leur position 3 il ne voyait dans le soulèvement de Paris qu'une mutinerie dénuée de toute importance, et que Ton apaiserait à la fin. Ceux qui l'environnaient s'étaient bien gardé de lui apprendre que le mécontentement universel avait bien son danger, que la France repoussait des ministres odieax et insupportables, qu'elle était affamée de justice et de liberté.

Il ae connaissait que Us mensonges des courtisans. Le canon d'Alger | à les entendre , aVaii tué le libéra-

( i8o) l»»iue; la Cliarle désormais pouvait être inlerprélé* fcclon le gré du bon plaisir. On lencensait sur son grand caractère, son génie, ses talens guerriers; on U traitait en héritier de roi. Aussi û-t-il couru à sa perte i-n aTeugle, et il est tombé par terre sans reconnaître qu'il se laissait choir.

On fut à deux heures que le duc de Ragose attaquait Ks insurgés. Peu après, le bruit se répandit qu'il avait remporté une pleine victoire ; que la révolte , noyée dans le sang des Parisiens, avait cessé d'être redoutable; que l'on était maître enfin. A cette nouvelle, voilà qu'un air de triomphe pare chaque visage ; les abbés témoignent le plus de jubilation. Ce fut dans ce moment qu'un grand dignitaire ecclésiastique écrivit A Polignac , dans les transports de sa joie , ce billet de deux lignes que M. Edouard de Paravej trouva le lendemain aux Tuileries, et qui disait:

*— « Mon cher ami,venez demain me voir, nous li« rons le psaume 60. »

Ce psaume est une prière dans laquelle David remer» cie Dieu de Pavoir délivré d'un extrême danger , de l'avoir rétabli sur son trône, enfin de Ta voi rétabli dans son tabernacle. On voit combien il était en rapport avec les espérances que Pon avait à Saint-Cloùd en la victoire prétendue du duc de Baguse.

Ce transport d'allégresse se perpétua jusqu'à Pentrée de la nuit; mais alors la vérité^ qui n'arriva pas josqu'à la famille royale , commença à être connue de Bes alentours; on sut que la victoire était une défaite ; que le peuple ( on daignait enfin loi donner ce nom ), loin

(i8i) cl*éir« écrasé par \eê forces déployées contre lai , ayait rcpoassé la garde royale, et la tenait bloquée dans la LouTre et lesTuileries/Alors nneporliondn voile tomba des jeux qa*il couvrait, on s'inquiéta, on dit qu*il faudrait faire un appel aux bons royalistes. Ce ux qui étaient 1& se décidèrent à écrire à tous ceux de leur connaissance poar les engager à se lever en masse. Quant h eux mêmes , ils ne purent prendre ce parti , ne youlaut pas se séparer de la personne sacrée du roi.

Charles X, maintenu dans son ignorance extrême ^ fit sa partie accoutumée. Ce soir-là il ordonna une partie de chasse pour le lendemain ; car ni les cris deB combattans ni les plaintes des familles désolées ne VémooTaient. Le bruit de Tartillerie, que lèvent apportait vers Saint-Cloud ^ aurait dû cependant le retirer de son engourdissement; mais ce prince avait des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne pas entendre. La duchesse de Berry ,plus alarmée ou mieux instruite ne cessait de gémir; elle passa une nuit cruelle, le jour suivant ne devait pas la consoler,

Lgê illusions dont on put se bercer au château de Saint-Cloud , pendant quelque temps, ne furent point partagées par le duc de Raguse. Il vit avec une dou< leur profonde la défaite qu'il éprouvait; aucun secours humain ne lui restait dans cette fâcheuse circonstance; les troupes, découragées dans leur persévérance , ou ébranlées dans leur fidélité, devaient soutenir seules, car nul renfort ne leur arriverait à temps , des attaques sans cesse renaissantes et multipliées à l'infini ; une chaleur peu ordinaire augmentait la lassitude ( la baro*

( i8a) mètre, b l^ombie^ montait h. Tingt-hiiit degrés de Reauniur ). H y avait deux jours que les soldats étaient ions les armes sans avoir pris un instant de repos , et combien de temps devaient-ils encore conserver 1» même altitude ! H était hors de possibilité qae ce pût être long-temps : Ihs hommes ne sont pas des dietix, et il y a un terme h leur vigueur et à leur énergie. J*ai dit que le pain^ que tout manquait aux militaires. La preuve positive en est dans la lettre suivante , écrite en réponse au duc de Raguse , et interceptée le lendemain.

Saint -Cloud f onse heurei et demie da soir.

* Mons'eur le Maréchal ^

» J'ui eu Thonneur de remettre votive lettre à S. M. i> D'après ses ordres, M. le chambellan de service a M mis tous ses employés en course tant h Saint-Clood » qu'h Sèvres, pour faire confectionner le pain dont )• vous avez besoin. J'en ai demandé trente mille ran lions; je crains qu'il ne sçit dilHcile d'en obtenir la *> moitié pendant la nuit ; aussi en ai je commandé M vingt-cinq mille rations à Versailles. Maigre ces deux n commandes, je crains que le pain ne vous arrive pas >' avant dix heures du matin, n

Le reste de la lettre était relatif aux événemens militaires. On y voyait qu^elles n'occupaient plus la bar> rtère des bons Hommes ; que rien ne protégeait la burrière.de Saint Cloud au quartier-général de Raguse^

( i83) que les capitaines des gardes devaient, le lendemain, réunir à Saint'Cloiid les quatre compagnies; niais qu'ilg étaient engagés à en échelonner deux escadrons enM'O Paris et Saint-Cloud ; que le roi avait donné des ordres pour qu'un bataillon des élèves de Saint Cyr et six pièces de canon fussent rendus h Suint-Cloud le 29 à. trois heures du matin. L'artillerie soutenue de rinfaniferie delà garde, mêlée avec quelques compagnies des élèves de Saint-Cyr , devraient être employées à U défense des portes. Lesignaitare de la lettre annonçait au maréchal qu'il avait déterminé MM. les capitaines des gardes du-corps à placer deux escadrons a Sèvres pour éclairer les deux rives de la Seine ; que les escadtùBê qui étaient à SaintClond communiquaient par le pont de Grenelle avec les escadrons de Sèvres; qu'il avait fait éclairer le bois de Boulogne , la route de Nenilly 9 et même celle de Versailles , où des rassemblemens se formaient.

Une autre lettre adressée au duc de Ragusç , et delà même date, lui annonçait qu'à minuit et demi ;tous les postes occupés par les sapeurs -pompiers à la Préfecture de police avaient été relevés par des décachemens d'in* fanterie; et enfin dans une autre lettre écrite à un colonel de la garde royale, on lui disait que lemajor-géné» rai de service l'autorisait h faire distribuer à ses frais la quantité de vin qu'il jugerait nécessaire aux besoins de son régiment , lui disant eu outre que ces frais lui seraient remboursés.

Une dernière lettre portait ces mots :

« Il faut demander au ministre un supplément de car»

{ >84 ) V louchegcalcalé de manière a ce que chaque régiment,

• en comptant ce (jui lai reste, aoii pourvu de cin*

• quante cartooches par homme.»

Ceg lettres proaTaient tontes yictorien sèment que le ministère infâme avait été pris au dépourvu. Il n^avait rien préparé, rien assuré k l'avance ; les vivres faisaient faute aussi hien que les munitions : ce n'était pas de cette manière que l'on arrivait à la victoire.

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