CHAPITRE XIII
Si des négociations étaient entamées avec le ministère dans le but de pacifier Paris en le maintenant sous une obéissance qui ne lui convenait plus , d^autres, non moins importantes et dirigées dans un meilleur but, avaient eu lieu dès l'avant-veiUe ; celles destinées à donner un gouvernement provisoire , à placer la garde nationale sous le commandement du général Laf ayette , ce qui était lui rendre son ancienne énergie. Une lettre publiée par M. Caffîn d'Orsigny , et adressée an duc de Choiseul, jette un grand jour sur- les efforts de quelques citoyens généreux ; elle dit :
» Monsieur le Duc,
» La lettre aussi noble que généreuse que tous venez d'adresser aux Parisiens (i) m'impose le devoir de vous faire connaître comment votre nom s'est
' (i) Des affiches placurdées sur tous les murs de Paris le 29 juillet désigoaieot Je duc de Cboiseul comme membre du gouvernement provisoire. Ceci amena la réclamation suivante de ce respectable pair.
A Messieurs les hahitans de la ville de Paris,
» Messieurs,
» Une procIama!ion signée des généraux Lafayette 1 Gérard et le duc de Glioiseul , sous le titre de membres du guu.
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trouvé parmi ceux des membref du goa reniement |^rovitoire.
u Le mardi , "2^ juillet, je me trouvais chez M. Bernard, député de Seine-ebOise , avec quelques-uns de ses collègues, lorsqu^on vint nous prévenir qu'une réunion devait avoir lieu à huit heures et demie chez M. Au-
verneraent provisoire, et ayant accepté cette fonction, fut affichée le 28 jailUl et jours suivans sur tons les murs de Paris. :*
9 Le résultat était alors incertain : la lutte comnaençait , un diiDger éminent existait pour les signataires , dam le cas où l'armée roy«ile eût triomphé : notre supplice eAl suivi I4 victoire.
» Mon nom avait sans doute paru utile; mon aveu ne me fut pas même demandé. Je n*étais rien , je ne commandais rien; le seul péril était pour moi ; je gardai le silence : j'aurais cru être un lâche de dire la vérité, puisqu'il ne s'agissait que de raa tête, et je me félicitai de ce que la bienveillance dont la garde parisienne et mes concitoyens m'honorent avait pu paraître de quelque utilité.
» Miintenant que la victoire n*est plus incertaine, il est de roa conscience de déclarer que jamais je n'ai fait partie du gouvernement provisoire , que jamais la proposition ne m'en m'en fut faite. J'ai accepté en silence tous les dangers A l'heure du combat , je dois hommage à la vérité à l'heure de la victoire
» Le duc deChoiseul.
» Pair de France , ancien colonel de la i^® légion , et ex-major de la Garde nationale parisienne, a Paris, ce i**" août i83o.»
db,GoogIe
drjr de Puyravaii. Je m^y rendis & neuf heures; il y avaii peu de inonde; on s'entretenait des ordonnances et do sang qui venait d'être yersé , mais on ne prenait ancune me&ure. Je m^adressai pourtant au général Lafayette et lai demandai s'il accepterait le commandement en chef de la garde nationale. Il me répondit qu^il n'hési* terait pas s'il en était requis par ses concitoyens.
« Hentré chez moi , je réfléchis sur tout ce qui avait été dit, et résolus de sauver la cause du peuple que je voyais compromise si on le laissait ainsi h lui même. Il lui fallait des chefs; et je pensai à lui en donner en composant ou gouvernement provisoire parmi tous les hommes dont j'avais entendu prononcer les noms comme devant rallier les partis. Je choisis ceux des généraux Lafayette et Gérard , et le vôtre.
« Le 28 , à six heures du matin , je vis h la mairie du septième arrondissement MM. Pages frères et M. Fessart, capitaine de Tex-garde nationale: et leur confiai mes projets qu'ils approuvèrent. En moins de quarante minutes, nous parvînmes à réunir, chez MM. Pages, à l'hôlel de Saint-Pagnan , environ cent vingt gardes nationaux. Je leur dis que j^avais assisté la veille à la réunion des députés, qu'ils y avaient nommé un gouvernement provisoire , et ordonné la réorganisation de la garde nationale ; je donnai sur-le-champ les ordres nécessaires ponr sa formation. Je fus parfaitement secondé partons ceux qui étaient présens; une force suffisante fut immédiatement dirigée sur THSlIel de- V^ille pour en prendre possession. Une commission fut alors nommée pour aller prendre les ordres do général
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Lafayette , et je partis ponr la Im présenter. Pentrai , en passant, k Tadaiinistnition da journal le Temps , j'y trooTai M. Billard, un de ses rédacteurs, que je priai de nous accompagner. Arrivé à dix heures et demie chez M. Laffitte , je fie demander au général Lafayette s*il Toulait recevoir une députation de la garde nationale qui venait lui oflrir de marcher h leur lète et proclamer le gouvernement provisoire. M. Lafayette nous fit répondre qu'il désirait en conférer avec le^épûtes qui se trouvaient en ce moment réunis chez M. Laffitte ; et dix minutes après il est venu lui-même recevoir la députation, en lui disant que MM. les députés approuvaient sa nomination de commandant en chef de la garde nationale , mais qu*il lui fallait un lieu convenable pour établir son état-major. Je lui'ai proposé l'Hôte! de- Ville , qui était déjà occupé par la garde nationale, sous le commandement du capitaine Fessart, mon beau- frère, et il s'y rendit sur-le-champ avec la députation.
• Tous les autres arrondissemens de Paris furent simultanément prévenus de la formation du gouver-, nement provisoire et de Tordre d*organiser la garde nationale. M. Billard se rendit au journal le Temps ^ je fus moi-même aux autres journaux, et les noms 'des généraux Lafayette, Gérard, duc de Choiseul, furent imprimés et proclamés partout; ils donnèrent un nouveau courage aux Parisiens, et la victoire du peuple ne fut plus douteuse : c*est alors que MM. les députés ont commencé à nommer des commissions provisoires, que la garde nationale a été organisée ,et
{ ii6 ) qu'en peu tl*heuret TU 6tel-de- Ville, le Mont- de-Piété, les Archives et tons les établissetneus publics ont été sous sa sauve-garde.
» Voilà , M. le duc, toute la vérité sur la formation du gouvernement provisoire. Permettez- moi de vous remercier, au nom de mes concitoyens, du silence que vous avez gardé si généreusement. Combien je me félicite d'avoir si bien compris votre noble caractère ! si les noms que fai choisis ont été assez puissans poor conjurer les maux qui nous menaçaient , je ne doute •pas que nos succès n'eussent été encore plus éionnans si votre coopération eût été plus active.
)t J'ai rbonneur^ etc.
» CktTitt d'Orsiôitt. 9
C'était ainsi que chacun h sa manière, selon son intelligence, travaillait dans l'intérêt commun ; mais il y avait alors mieux à faire pour arriver à un heureux résultat, c'était de poursuivre les avantages de la matinée et de la veille, c'était d'en finir avec le gouverne * ment par la force des armes , par l'énergie que déploie une grande nation poussée k bout; ce moyen qui convenait à l'impatience française , reçut sa prompte exécution ; de la prise du Louvre les vainqueurs marchèrent à l'attaque des Tuileries
Le général Gérard commandait le dernier mouvement ; il faisait marcher les corps divers , soit par les deux rives de la Seine , soit par la rue de Rivoli, avec
( a>7 ) laqaelle on commniiiqnaitpar la place du Carrousel., soit p^r la rue Napoléon, soit enfin par l'intérieur du Musée des tableaux , dont une porte s'ouTre dans le pavillon de Flore. Les Tuileries, ainsi que le Louvre, offraient une position forte ; des troupes nombreuses les défendaient mais avec moins de vivacité qu'elles étaient attaquées.
Une sorte d'en&uscade arrêta les nôtres; au mo« ment du débouché du Pont-Royal, des officiers, des Suisses, des soldats de la garde, déguisés eV bourgeois, armés de poignards et de pistoleU, fondent tout -à-coup sur les citoyens, qui les croient des leurs, et en font d'abord un horrible massacre ; mais cette ruse infâme n'a qu'un succès éphémère ; de nouveaux détachemens viennent au secours de nos frères en danger ; les assassins aux gages de Polignac et de Raguse ne tardent pas à être frappés ettx*mèmes ; ils perdent une vie coupable, et leurs cadavres sont jetés dans la rivière, qui les emporte vers Saint-Gloud.
Les diverses colonnes se. rejoignent, la fusillade s'engage , le canon tonne , il vomit la mort ; c'est pour emporter le dernier asile du despotime , que Ton prodigue la valeur , le sang-froid , l'impétuosité. Parmi tant de braves , M. Michel Goudechau , chef d'une maison de banque rue de Vendôme, n» 9, combat au premier rang ; déjà il avait coopéré aux prises de la caserne de Babylone et du palais du Louvre ; il méprise la mort, pourvu que la France soit libre, et qiie chacun jouisse de ses droits.
Plusieurs élèves de l'École polytechnique, intrépides
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goerrieri, autani qne lear instruction est profonde et variée, sont là et partout; un d^entre eux, h la tète d'an bataillon , se présente h la grille du château et demande le chef du poste ; un officier supérieur se présente. ^
« -^ OuTrez, Monsieur, lui dit le jeune commandant 4 si vous ne voulez être exterminés jusqo^au dernier ; la justice et la force sont pour le peuple. »
L'ofiàcier s*y refuse, se recule, et lâche son pistolet , dont le feu ne part pas.
La grille est enfoncée; le jeune élève , qui conserve un calme sans égal, retrouve l'officier qui viefit de tenter de le frapper en traître, le saisit , et, lui mettant son épée sur la poitrine, lui dit :
«—«Votre vie est h moi, je pourrais vous égorger; mais je ne veux pas verser de sang. »
Le vaincu, loui ému de cet acte de générosité, arrache la décoration qu'il porte, et la présente à son noble enneiiii t;n lui disant :
tt — Brave jeune homme, personne n'est plus digne que vous déporter ce signe de l'honneur; recevez-le de jnamai». Oificiersupérieur, j'ai joui jusqn'ici de quelque crédit , et je suis certain qu'il me sera continué. Votre nom, je vous en prie. »
« ^* Élève de l'École polytechnique. »
Et le héros de dix-huit ans va rejoindre ses camarades. Un de ceux-ci , tué dans les appartemens du château au moment où la tète de la colonne y entrait par la galerie du Muiiée, fut déposé ite le fauteuil du trône royal, et recouvert d'un crêpe qu'on trouva dans
( a'9 ) rappart«m«„, d« U da.,phi.,e. Il d«meur. .„r ce calfalqae glorieux j«.qu'Jf rin„aat où .on père et „„el, . que. membre, de .a famille .ont veu... réclamer ,e. reues précieux. ,
Le porte-drapeau tricolore qui parut sur la place da Carrousellorsque l'attaque du châieau commença, g'avançadunpas ferme jusqu'à rArc-de-Triomphe sans ayoïrfait un seul mouvement rétrograde, quoique l'on tiralsur lui plus de mille coupsde fusil. Il arrive ainsi jusqu'à l'Arc-de triompl,e,derrière lequ. 1 ilseretraricha et qu'il n'abandonna que pour entrer diHis le château' avec les Yaiiiqueurs.
Vers celte époque, et quand on débouchait par les quais, un jeune homme monté sur un cheval de grand prix , et dont l'habit et l'équipement annonçaient l'opulence, cherchait, demandait partout dc/armes pour voler où l'on se battait , et concourir à la défense commune. 11 aperçoit un artisan porteur d'un bon iusil de guerre, et dont tout Textérieur annonçait la i^jk
« — Mon ami, lui crie le jeune homme , j'achète iTT fusil cent francs. » *
« — Oh ! non, Monsieur; c'est mon bon amL •
« — Cinq cents francs. »
• Non, monsieur; il a déjà jeté deux ennemis par terre; il en couchera d'autres. Oa ne se défait pa* de •on ami. v
Cependant la résistance des royaux était vaine: battus dans les coua^ battus dans le château , battus dans le jardin par ou ils se rMÎrent^ il ne leur reste d'autre
( ^^^) parti à prendre qoe d^ëyacuer la yille parla place Lonis XV, seul point encore en leur posiessioii. Il .fallait les Toir abattus, harassés, perdus de fatigue , de désespoir et de honte, fuir à bride abattue ou à pas précipités devant cette jeunesse en chemise et sans aucune arme défensite. Les soldats, les officiers, les généraux s'échappaient pêle-mêle, sans garder de rang, sans songer à autre chose qu'à se soustraire au courroux des vainqueurs. Baguse, plus accablé, plus torturéqne les autres, jette un dernier et pénible regard sur cette yille qu'il ne devait plus revoir, et que deux fois il avait trahie. Que tout le sang rersé retombe sur sa tête, et que là malédiction de la France le poursuive partout où il Ira traîner son infamie.
Cependant les vainqueurs pénètrent comme un torrent dans ce palais abandonné de ses maîtres , de ses maîtres qui, à trois diverses reprises, n'ont point su le
fendre ; ils mettent en pièces quelques tableaux rebentant Raguse , Charles X , le dauphin ; ils cassent ilques glaces , et bornent là tout le désordre, qoi n est même que le premier élan de leur impétuosité. Mais la révolution n'est pas consommée ; une prise 8olen> nellede possession reste à faire; l'étendard tricolore est apporté sur le dôme delà salle des maréchaux ; et k une heure précise , ce glorieux drapeau est hissé et flotte mollement aux acclamations d'un peuple immense. Le canon le salue , ainsi que la mousqueterie, et désormais la France peut se dire libre et se replacer à la tête des autres nations.
Jfous eâmes à pleurer nombre de nos braves amis à
ceu« attaque mémorable: MM. A Je r, rédacteur de Tancien Mimir; Farcy, rédacteur du G/oér*; Wicmer, •élève de rËcole polytechnique, tué devant le lx>uvre; d*autres encore moins coanus , mais tous aus^i dignes d*éloget , ont terminé leurs jours en ce lieu.
Les vainqueurs, peu étonnés de la majesté de ce grand -édifice, s*amasèrent , dès qu'ils y furent entrés, à visiter les diverses salles ; dix ou douze se coacJièrent sans façon sur le lit du roî.
L'un se mit à dire :
u — Camarades, le mal c|u*tl voulait nous faire a dt\ reospècker soiivent de dormir; en revanclie, celui qua nous lui faisons an}onrd*liin ■• Imk rendia pas le sommeil pendant la nuit prockain«. »
Un antre disait :
• Se coocher sur un lit royal c'est un souvenir \ je n*aurats jamais eu cetie fantaisie, elle eût été trop bète; il a fallu rètre étrangement pour qu'on m'uit forcé d'y venir. »
Plus loin, un homme ùgé cassait h coups de crosses de fusil un'buste de Charles X ; un de ses compagnons se préparait h en faire autaut h celui de Louis XVlil; aussitôt mille bras s'élancent au devant du coup :
— « Arrêtez, s'écrie-t-on , c'est le père de la Charte »
Et l'on jette sur l'image de Louis XVUI un voile noir, en témoignage dn deuil public et des malheurs que 1er roi son frère a répandus sur la France.
Un officier de la garde nationale recommandait \ un ouvrier d'empêcher qu'on enUv&t quelque chose du château des Tuileries.
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-« — Soyez tranquille, lut fut-il répondu; soyei tranquille , mon capitaine , nous ayons changé de goovemement, mais noas n'ayons pas changé de conscience.
M. Charles Gautier, apprenti ourrier , demeurant me Sainte* AToie , n° 38 , après s'être battu devant le château avec le plus grand courage , entra avec la foule; il trouva sous un fauteuil des bijoux , des bracelets de très-grand prix, qu^ils^empressa deremettreàlamairie àvL septième arrondissement.
Mademoiselle Stéphanie Pilla ud, ouvrière, a également déposé une robe brodée de grand prix.
Deux jeunes gen«,M. Bourgeois de Brie-Comte-Robert, élève du commerce, avec un antre jeune homme dont le nom n^estpas connu , après s'être battus avec un rare courage , entrèrent les premiers dan s le pavillon Marsan, dans Tappartement de la duchesse de Berr j ; ils tron* vèrent une cassette en bronze damasquiné, renfermant beaucoup d*or ; ne voulant pas qu'elle s'^égarât, ils sa décidèrent à la transporter àrtlôtel-de-Ville. Fatigués par son. poids, au moment ou ils traversaient la cour -du Louvre, ils prièrent un citoyen de se joindre à enz^ moins pour les soulager que pour les protéger coBira toute tentative pour s^emparer de ce trésor , ^e tout les trois remirent au gouvernement provisoire.
On ne pourra jamais concevoir quelle probité , quel désintéressement montra ce noble peuple dans cclt* circonstance ; 2i peine quelques misérables s'emparérentils d'objets de peu de valeur ; encore furent-ils obligés de learestitner, car une garde^'improvisa parmi «es koaa*
mes tons pauTres, qui Toalaieot de la victoire, et qui avaient horreur du butin. On vit h la grille des Tuileries du bord de Teau un ouvrier, dans un costume qui annonçait une pénurie extrême , armé d*an fusil dont il avait fait un bon usage , le front couvert du chapeau du général de Walsh dont il s'était emparé, ce qui lui donnait une apparence d*autorité pour fouiller tous les individus qui sortaient du jardin, po«r s'assurer s'ils n>mportaient rien, et châtier sévère* ment un malheureux qui s*était emparé d'une tatw de porcelaine.
On ne trouva pour tous volumes dans l'appartement dn roi qu'un Office du Saint-Esprit , un Pavoissita complet, et une Journée du Chrétien. Toutes sorlet de brochures remplissaient la bibliothèque de la danphine ; celle du dauphin était uniquement composée d'almanachs depuis le seizième siècle , sans qu*il y et^t ni ouvrages sur l'art militaire ni sur l'administration. On ne revenait pas de cette indifférence pour tout oe qui est instruction.
Le château des Tuileries conquis , Parmée royale en fuite 9 le peuple demeura maître absolu de Paris. On devait s'attendre a des* malheurs affreux et multipliés ^ à des vacigeances atroces et prolongées , à des vols , k des brigandages de toutes sortes. Un sentiment de frayeur se répandait dans les classes aisées de la société ; dans les magasins on n'était pas plus tranquille; mais on ne connaissait pas ces masses armées , ces héros que rien n'avait pu intimider, qui avaient vaincu la tyrannie. Ils possédaient autant de vertus que d'intrépidité ;
ih en doiraèreut U preuve éclaliale en fre coUttlUuaut eox-mémei les proiecteurs de la forlune publique et partkulière. Des patrouilles civiques , des corp&-de-garde composas de pauvres veillèrent à la sûreté de ta Banque , des autres caisses de l'État et de chaque maison. La semaine entière b^éeoula dans cette anarchie da justice, an milieu de celle confusion réglée , où nul excès ne fut commis, où Tordre ne cessa pas un instant de régner. On ne peut assez signaler ce grand acte , cet admii*able désintéressement , fruit des lumières d'une civilisation progressive.
lie combat fut entièrement terminé à trois heures. Quelques minute^ après la population tout entière deS' tendit dans les rues, et cela sans inquiétude, sans aucune cvainte ; on recommença le cours des affaires et des visiles; des enfans circulaient chargés de sacs d'argent , au milieu d'une foule sans pain et sans ouvrage ; > un salon de conversation s'établissait devant chaque porte cochère; des éclats de rire, des chansons, des^ propos qui frappaient les oreilles; on semblait oublier que dans le moment même la mort et Tépouvante planaient sur toutes les têtes.
Moins d'hilarité remplissait les qudTliersoù des combats avaient été livrés. Lh on s'occupait ù enlever les blessés, h rendre aux morts les derniers* devoirs. On pleurait avec les familles désolées , o^ cherchait à U» consoler. Des (rails de bienfaisance , de charité toute chrétienne, succédaient h de grands exploits, h des aetes de valeur sans exemple ; on était animé par une multitude de seutimsns divers; un reste d'agitation»
rallcgrefise du triot»f4ie , la pilté due aux nia»&acr<:s commandés par ceux qui nous gouvernaient jadis, fa t-erttittde d'avoir conquis la liberiéel d'avoir replacé la lot sur une base inébranlable.
A lanl d'ëmoiions se joignait non la terreuT , miis* ■ le vif désir de connaître ce que seraiit notre avenir pro- (bain ; quelle forme de gouvernement ou adopterait ; quelles wains prendruieul les^ rênes de son admiui:iira> tiou ^ toutes ces choses occupaient le peuple au milieu lie Tivresse générale cl de la joie de la victoire.
C^était un étrange spectacle que celui du 39 au soir , que ce mélange de paix et de guerre; que ces rues hérissées de bamcades menaçantes , que ces maisons pa • voiséts , éclairées et criblées de balles , portant les marques irrécusables des combats à peine finis, que ces hommes en armes, à la mine s» terrible, au courage «i entier, à la douceur si parfaite j que cette garde nationale empreinte encore du désordre de la mêlée, harassée de fatigues, tourmentée de ce qui pouvait arriver, et néanmoins sur pied, calme et vigoureuse, protégeant, par sa présence, ces éiablissemens quVUe venait de défendre sur le champ de bataille; que ce concours enfin de gens de toutes les classes , de t<)us les costumes, unis comme des frères , et paraissant ne former qu'une seule famille.
Le cœur ne pouvait contenir ces émotions profondes et ce tableau qui ne se renouvellera plus, et qnV>n ne croira ni autour de nous ni après nous. On jouissait délicieusement de ce repos triomphant, de cette paix instantanée y en s^appitojant sur les infortunes qui en
étaient le prix ; on n'admirait jamaii assez l'atlituile de celte mahitude ; on se demandait qaelle paissance secrète la contenait ainsi sans appareil militaire , sans action de la police, sans gendarmes surtout; on avait de la peine à comprendre, même en le voyant, cet eflbrt sublime de la vertu qui enchaînait les vices, qui domptait les inclinations les plus perverses , et qui pour tous faisait de la loi une protectrice et une sauve-garde là ou il paraissait n'y avoir ni loi ni retenue.
Le peuple , au reste , dès le premier instant , ne se trompa point sur le résultat immense de l'avantage qu'il avait obtenu : il vit qu'en chassant le roi de Paris , il l'avait chassé de la France ; que son effort de hi journée et de la veille avait complètement détrôné Charles X; que, pour rendre stable ce grand ouvrage , il fallait se montrer digne de l'avoir entrepris , rester surtout à la tète des autres cités du royaume en se mon* trant sage lorsqu'il lui serait si facile de s*abandonner aux excès justifiés en général par la victoire ; que par une conduite exempte de reproches , il se ferait absoudre de son coup (Cétat , et que l'Europe , avec plus de frayeur de celui-ci que d'irritation , peut-être, respecterait sa volonté , et n'oserait surtout lui en demander compte. Un instinct, fruit des connaissances acquises, un progrès positif dans les esprits , un besoin de ce bon ordre , de cette légalité abhorrée par le gouvernement déchu ; une douceur de mœurs , fruit du travail et de la lecture ; une grandeur héroïque dont aucun siècle ne présentait an tel exemple, telles furent les causes delà modération que Paris garda, qui en fit une ville neuve, admirable ,
el où rien ne rappela , après un aulre 10 août mille foif plus décisif, les crimes^ lef borreurs du premier , dont le seul souvenir épouvante encore.