‹ Une semaine de l'histoire de ParisChapitre 29 sur 35 · ABDICATION · texte numérisé non relu

ABDICATION

L'acte ci-après, portant sur la suscription: u A mon cousin le duc d'Orléans , lieutenant-général du ro> yaume, » a été déposé, par Tordre de M. le duc d*Or« léans,. aux archives de la chambre des pairs :

• Ramtjouillet , ce s août i83e.

i> Mon cousin , je suis trop profondément peiné des miux qui afflîgeiK ou qtii pourraient menacer n>es peu-

( 249 ) plds pour n^avo'iT p)s cherché un moyen de les prévcùiv. J'ai doxrc prn ia résohitioa d'abdiquer la couronne eu favetir de uion petit-lib , le duc de Bordeaux.

» Le dauphi», qui parcage mes sentimeus, renonce aussi à ses droits en faveur de son nevei».

» Vous aurez donc, par votre qualité de lieutenantgénéral do vojautne , à faire proclamer TaTènement de Henri V &la couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous concernent- pour régler les formes du gouvernement pendant la minorité du nouveau roi. Ici je me borne il faire connaître ces dispositions^ c'est un moyen d'éviter encore bien des maux.

n Vous communiquerez mes intentions au corps diplomatique f et vous me ferez connaâtre le plus tôt posbibte la proclamation par laquelle mon petii-fils sera reconnu roi sous le nom d'Henri V.

Il Je charge le lieuienaut-général vicomte de Fois^ac* Laïuur de vous remettre cette lettre. Il a ordre de ft*en* tendre- avec vous pour les arrangemeus à prendre eu fviveur des personnes ^i m'ont accompagné, ainsi que ))our les aiTangemens convenables pour ce qui Ofê concerne Cl le reste de ma famille.

Nous réglerons ensuite les autres mesures qui seront la conséquence du changement de règne.

• Je vous renou^velle, mon cousin; l'assurance des senlimens avec lesquels je suis votre afiecuonné cousin.

• CHARLES

« Loois Aktoike.

Cet acte , qui n'importait plut à la cause nationale,

( a5o) ne produisit aucun effet ; la résolution désormais était prise de regarder comme déchus Charles X et les siens ; la couronne a?ait cessé de leur appartenir dès qu'ils avaient rompu la Charte ; il- ne leur était plus permis de rentrer dans la légalité après en être volontairement sortis, Oa continua h travailler à Torganisation dn royaume et de la capitale , k refondre le personnel de Tadministration, à réparer les injustices du dernier roi. Les députés arrivaient , les pairs se rendaient À leur pos- ' te ; bientôt on arriva au 3 août, et les chambres furent ouvertes par le due d*Orléans, qui leur parla en ces termes :

« Messieurs les pairs et Messieurs les députés, o Paris, troublé dans son repos par une déplorable violation de la Charte et des lois , les défendait avec un courage héroïque.

» Au milieu de cette lutte sanglante, aucune des garanties de Tordre social ne subsistait plus : les personnel, les propriétés, les droits, tont ce qui est précieux et cher à des hommes et à des citoyens, couraient les plus * graves dangers.

» Dans cette absence de tout pouvoir public , le vœu de mes concitoyeuS s^est tourné vers moi; ils m'ont jugé digne de concourir avec eux au salut de la patrie ; ils m*ont invité à exercer les foactions de lieutenant-général du royaume.

« Leur cause m'a paru juste, le péril immense, la nécessité impérieuse , mon devoir sacré. Je suis accouru au milieu de ce vaillant peuple, suivi de ma famille, et portant ces couleurs qui, pour la seconde fois , ont

( aSi ) marqué patmi nous le triomphe de la liberté. ( De toutes parts : BraTo! brayo!)

u Je (ui^ accouru , fermement résolu à me dévouer à tout ce que les circonstances exigeraient de moi, dans la situation ou elles m^ont placé, pour rétablir l'empire des lois, sauver la liberté menacée, et rendre im< possible le retour de si grands maux, en assurante jamais le pouvoir de cette Charte dont le nom, invoqué pendant le combat , Tétait encore après la victoire* (De nouveaux bravos éclatent dans l'assemblée. )

» Dans l'accomplissement de celte noble tâche^ c*est anx chambres qu'il appartient de me guider.

» Tous les droits doivent être solidement garantis; toutes les institutions nécessaires à leur plein et libre exercice doivent recevoir les développemens dont elles ont besoin.

• Attaché de coeur et de conviction aux principes d'un gouvernement libre, j'en accepte d^avance toutes les conséquences. (Vifs murmures de satisfaction.) Je crois devoir appeler dès aujourd'hui votre attention sur l'organisation des gardes nationales , l'application du jury aux délits de la preaie, la formation des administrations départementales et municipales, et, avapt tout, sur cet article i4 de la Charte , qu'on a si odieusement interprété. ( De toutes parts : Bravo ! bravo ! }

w C^est dans ces sentimens, messieurs, que je viens ouvrir celte session.

• Le passé m'est douloureux; je déplore des infortunes que j'aurais voulu prévenir; mais, au milieu de ce magnanime élan de la capitale et de toutes les cités

fs-aiiçaises , à Taspecl de l'ordre renaissant avec, une mcrveiiltiuse procaptitudc après une résistance paie de tout excès y un juste orgueil national émeut mon cœur y et j*entrevois avec confiance Tavenir de la patrie.

» Qui, Messieurs, elle sera heureuse et libre cette France qui m'est si chère j elle montrera h TEurope qu\inîquemeat occupée de sa prospérité intérieure, elle chérit la paii aas«i bien que les liberrés, et ne veut qu^ le bonheur et le. repos de ses voisins*

n Le respect de tous les droits, le soin de tons les intérHs, la bonne foi dans le gouverneuienl, sont les nreilleuri moyens de désarmer les partis et de ramener clans les esprits cette confiance dans les institutions , cette stabilité, seuls gages assurés du bonhsur des peuples et de la force des étals.

Messieurs les pairs et Messieurs les députés , aussi» tôt que les chambres seront constituées , je ferai porter à leur connaissance Ta cte d^abdication de sa S. M. le roi Charles X f parce même acte, S. A. R. Louis-Antoine de France, dauphin, renonce également à ses droits. Cet acte a été remis entre mes mains hier, a août, k onze heures du soir. J'en ordonne ce mutin le dépôt dans les archives de la chambre des pairs, et Je le fais insérer dans la partie officielle du Moniteur. »

Ce fut avec ivrebse et avec admiration que Ton écouta le prince tenir un langage si nouveau et dépouille' de toutes ces formes de despotisme qui se mmisfestaient dans les rapports de lex souverain avec ses sujets; maintenant on voyait que la liberté ne serait pas une

décepiion. On se réunit donc arec une ?if ach^ nouf elU à celui qui nous la promettait pleine et entière.

Ici finit Thistoire de ces jours si mémorables dans les fastes de Paris*, le reste des événemens politiques appartient aux annales générales de la France, bien que Paris en ait été le principal théâtre : le dernier acte, particulier aux babitans de cette ville, est Tarmement instantané , le mardi 3 août , de plus de trente mille d'entre eux à la nouvelle que Charles X , perpétuant son séjour à Rambouillet , se préparait h marcher contre la capitale. Aussitôt le rappel est battu dans tous les quartiers : la jeunesse belliqueuse reprend les armes, elle se réunit dans les Champs-Elysées sous le commandement du général Pajol. Les Voitures de toute espèce, soit de service commun ou particulier , sont offertes à cette brave armée ; on part encarosse, en charrette, à pied, 6 cheval ; on se presse sur la route de Bambouillet, et Timpalience est grande de se mesurer en plaine avec cette garde royale et ces Suisses auxquels on a tant de peine h pardonner.

Mais tout combat est désormais impossible , la cour ^ qui s*éteint n*a pas la force de tirer l'épée; elle ne sait agir qu*avec des masses considérables sur un peuple désarmé i. Ix forces /égales, elle ne luttera jamais, parce qu'elle manque de courage moral ; aussi dès qi»*elie apprend la venue des bataillons parisiens ^ le départ est ordonné; on se sauve de Rambouillet sous la protecliou des trois commissaires que le nouveau gouvernement avait envoyés : le maréchal Maison , le conseiller de Shonen et Tavocat CXlillon Barrot Les nAtres, en

( a54) arriTaat , trauveQt Rambouillet abandonné, ei déjh la garde nationale de celte fille faisant son service dans le château.

La tète de nos colonnes parvint seule jusqu^à <celieu. £lleen ramena lesdiamans delà couronne que Charles X avait d'abord voulu emporter. Elle sVmpara aussi des riches voitures du sacre qui furent conduites èi Paris garnies en dedans, en dehors, de nos gardes civiques .qui s*en servaient comm,e de chars de triomphe.

Après ce dernier coup de vigueur , cette jeunesse ac tive, et dont les poltrons s^inqui^taient tant, rentra calme et soumise dans ies ateliers d'où elle était sortie pour combattre, satisfaite d*avoir assuré la victoire des intérêts nationaux , désintéressée pour ses propres avantages, ne demandant qu'un peu de part d'une gloire justement acquise, et se réservant le plaisir d'en parler.

Cependant les chambres , légalement constitoëes , commencèrent leurs travaux. M. Pasquier fut nommé président provisoire du sénat, après la démission de M. Fastoret de la charge de chancelier de France. Le suffrage des députés et le concours du duc d'Orléans porta M. Casimir Périer à la présidence de la chambre élective. Celle-ci se hâta de réviser la Charte constitutionnelle. Son travail fut approuvé des pairs, hors un seul article, celui qui décl'riraitnulles toutes les nominations des pairs faites par le dernier roi ; et alors les deox chambres, chacune séparément, apportèrent leur travail au lieutenant-général du royaume, lui offrant la couronne, sMl voulait jurer la Charte telle qu*on la lui

présentait. Le prince promit de s*expliqper sous peu. Après avoir médité sur Timportance de Tacte qu'on lui présentait, il ne tarda pas, tant nos libertés étaient écrites à Tavance dans son cœur.

r^ote de Véditeur.

ici se termine l'édition de France, qui noue a lervi de copie. Nous avons cru ajouter à l'intérêl que doit inspirer cet ouvrage, en l'augraentanl des pièces suivantes , telles quelUl sont indi-!> quées sur le titre de cette édition.

Un recueil supplémentaire renfermant tous les faits particuliers , tons les actes de bravoure et de dévouement qui viendront à notre connaissance , ou qui seront insérés dans les journaux , paraîtra en octobre. Il faut ce délai pour ne rien omettre d« ce qui intéresse tant de héros , et afin qn*oa puisse «e i ré* senier que des faits exacts.

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