‹ Une semaine de l'histoire de ParisChapitre 5 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CBàRtss X , en montant sur le trône ^ trouva en place nn uiinUtère que lui-inèm<i aTait formé : à la tèle il y avait le comte de Villèle. proclamé Thommc liabile de la restauration y et qui n'avait que Thabileté d'une conscience très- souple , orateur plut adroit qu'éloquent , fort pour éluder une q.oestion au lieu de Tapprofoudir, mais enfin le seul homme d'affaires ^ sinon humme d*^état , dans un parti qui ne faisait qoa de la politique sentimenlale.

La cour i»e se souciait pas de son influence. Tout homme nouveau lui est odieux, noble ou non; elle lâchait donc d'utiliser M. de Villèle, afin de pouvoir plus tôt se débarrasser de lui. Cependant il n'était pas sans crédit ; les étrangers aimaient à traiter avec loi h cause de sa souplesse financière,^ de son intelligence 2i saisir les affaires d'argent , et de Tefiroi que lui inspiravent toutes i^uerres ; celle d^Espagne fut en* treprise malgré son avis, et certes sa conduite en cette circonstance acheva de le brouiller avec le clergé, qui déjh toi reprochait sa parcimonie. Ses ménagement , sa temporisation, déplurent aux fanatiques. Les plut ambitieux saisirent ce moment pour se séparer de lui. Le faribond conue de La Bonrdonnaye se mit à la tèta de cette faction.

Le second de M. de Villèle était ee «(^lyte de Pey-

ronnet, ancien prévôt de salle d'armes, qui apporta an ministère de la justice non les habitudes des d'Agucsseaa, mais les manières d'un faraud de province. Il se raidit pour paraître digne, se gonfla pour se faire grave, devint insolent pour imposer silence au mérite, et parfois se grima en ogre afin de faire peur aux petits enfans : ce fut, h toutes les époques de son pouvoir, le plus cruel ennemi de la France, et celui qui chercha avec le plus de constance k lui ravir la liberté.

11 y avait ih le comte Corbière , homme aux formes acerbes et constamment déplaisantes, qui méprisait les arts , les sciences , la littérature, et jamais ne s'occupa de son ministère, sachant qu'il n'était là que pour empêcher quelqu'un de venir le remplir ; d'ailleurs, personnage obscur malgré son éclat éphémère, ver luisant incognito, qui est tombé sans bruit, et dont l'existence n'est prouve'e que par le mal qu*il nous a fait.

Le comte de Chabrol tenait le porte-feuille de la marine : il n^a jamais cessé d'être en scène , étant du nombre de ceux qui veulent être h tous , afin que tous Soient à eux; il lui faut du pouvoir, des honneurs, de la fortune, de quelque part qu'ils viennent. M. de Chabrol fut dévoué à Napoléon comme un Chabrol , c'est tout dire; il le fut également h Louis XVIII, à Charles X cela devait être ; au duc Decazes, tant que le duc Decazes fut favori; au ddc de Richelieu, en-

mttte à M« de Yillèle, puis h M. de Polignac Les

Chabrol, an reste, n'ont jamais trahi personne; ils ont sevlemMivservi tout le monde. M. de Chabrol est

(ai ) d^imetailU moyenne; ila, quoique sobre, cet ombonpoint d'administrateur qu^on prend pour tjpe en caricatâre, et le bel air d^un bourgeois aimable. li manque d'éloquence et de finesse, et parle sans conclure, parce qu*il perd facilemuut le (il de ses idées; il a osé dire qu« Us fautes de r administration devaient être ensevelies datis Us entt*ailUs de Ut terre i c*es:-àdire que Tarbitraire , la force, le despotisme, fussent employés il cacher les fautes àa» fonctionnaires.

Le marquis de Clermont-Tonnerre , militaire d'antichambre dans la maison de Josepb Bonaparte , occupa le ministère de la guerre, où le portèrent les amii de rétranger; ministre sans talens,et non, sans douceur, il désorganisa Tarmée de manière h nous rayer dn rang des puissances de TËurope, et son ignorance fit tout le mal.

Le baron de Damas, lancé au ministère des afiaires étrangères, devint diplomate par imposition des mains ; c*est la coutume d'agir ainsi à la cour de France. Fautil un ambassadeur dans une circonstance difficile, est il nécessaire que nos intéréu soient soutenus dans nn congrès y convient*il d'appeler un nouveau ministre aux relations extérieures, on se met à feuilleter le nobiliaire, on calcule le plus ou moins de quartiers des candidats, et lorsque le plus noble a été reconnu , on se bâte de le lançersans plus s'enquérir du personnage. Esl-ce nu bomme d'esprit? tant mieux \ est-ce un sot? tes titres sont en règle, et cela suffit. Nul n'a rien & loi reprocher, il est du bois dont on fait les négociatears en ihre. Jamais on n^agit autrement ; aussi , un-

( ai ) dis que daiM les aulres pays les hautes capacités toirt appelées à remplir les ambassades , ou k diriger le conseil des monarques, le personnel de la diplomatia française ne se recrute que de nullités.

Ces hommes , choisis a TaYance par le roi , agirent selon ses vues. 11 y avait k cette époque fatale , una chambre hideuse que nous nous rappelons, où les voix«. les votes, les consciences étaient àTenchère; eu Ton Tendait pièce h pièce les libertés de la France ; oà trois cents âmes damnées du pouvoir disposaient d« notre honneur , de notre gloire, de notre indépendanoej Reste du vil sénat de Tibère , plus méprisé encore , ces hommes d'argent , prêts h devenir des hommes de sang, approuvaient toutes les mesures désâstrenaea qu'on leur proposait , les lois du sacrilège, du droit d'aînesse , des rentes , contre la presse , Tindemnité : rien ne leur coûtait , car tout leur était soldé h chen deniers, et ils riaient des maux dont ils nous accablaient , et qui, sans l'opposition de la chambre, seraient montés an comble. L'insolence sacerdotale ne se contenait pas non plus ; certf ine'd'èlre appuyée par des baïonnettes , elle demandait avec instance , et à ' découvert y le musèlement de la pensée , des lois atroces qui protègent les ambitions de l'autel. Deê évèqnes ont osé exciter le monarque à répandre le sang de ses sujets.

Toute place était refusée aux hommes de mérite j il fallait que le talent fût excusé par la servilité, on ne lui pardonnait que lorsqu'il se prosternait h genoux devant la sottise. Les écoles d'enseignement mutuel

^«tcnt ponnuif iet aTCc un acharnement inex|»riiiiable; on ne vonlait UUter parcourir les campagnes à ancun Teodenr de lÎTrei, tant on craignait h\ propagation de Tamonr delà lecture; on cherchait u eflVajer !es aoquéreaira deabieni nationaux; il n'était plua d*avancemeot pour le aoldat roknrier ; tous lea grades devenaient la proie du gentilhomme et de ranol>ii ; enfin on chasaait des séminaires , quelle que fât d'ailleurs la ienrenr de sa vocation ^ tout ecclésiastique qui avait des parena libéraux ; les jésuites triomphaient, et M. Dupin même allait à Satnt-Âcheul leur porter tou hommage.

Les choaea étaient en cet état lorsque des inquiétudes forent remarquées parle ministère dans la chambre fervile. La minorité courageuse prétendait que , malgré la septennalité , son mandat expirait ; elle menaçait de cctier êtê fonctions. La majorité elle-même , troublée par la contre-opposition La Bourdonnaye , embarrassait M. de Villèle. Il fallait encore briser la résistance de la chambre des pairs , en . y jetant une multitude d'hommes sans vertus civiles, sans illustration militaire , sans gages de responsabilité morale.

II y avait en outre, et par derrière le ministère , le ^ parti Polignac, qui travaillait plus que tout autre h bouleverser Tordre établi.

Les préfets promettaient des merveilles. M. de Villèle, qui a dit depuis que tous les préfeu n'étaient que des sots, fit l'heureuse faute de s'en rapporter à eux; il rréa quatre-vingts pairs tellement obscurs que dans leur nombre an seul surgissait , celui du maréchal Soult , et il cassa la chambre élective.

Les nouTcaux membres qni la composèrent d^idèrent la chute du ministère déplorable. Il tomba anx acclamations de la France , et à la consternation des étrangers. La coor^ toujours imprévoyante , en eut seule de la joie ; elle espérait le remplacer par ceux des siens qui auraient de Tinfluénce.

Il y eut pour la cour nne déception nouvelle. Le ministère ne lui appartint pas, soit que le roi craignit encore de porter son bien-aimé au commandement suprême , soit que le président du conseil , qui se retirait, conseryât encore quelque crédit. On vit arriver là d'honnêtes gens remplis de vues saines , mais presque entraînés par deux hommes, Fun dangereux, Tautre inhabile, MM. de Martignac et Portalîs.

Le premier, sorte de successeur visible de M. de Villèle, se fît connaître dès son début par des phrases mielleuses et sonores ; beau diseur, et rien déplus , il tournait la difficulté, ne sachant pas comment Tattaqner de front, et se pavanant de la victoire' chaque fois qtfil n'avait su qu'éluder le combat. H ne s'expliquait jamais avec frandiise , allongeiiit sans un fe» harangues , en annonçant qu*il ne donnerait pas soaavis, et que même il n*en avait pas, nommant upe commission ïk où il eût convenu de se dérider h Theure même.

Pour lui la liberté française n'était rien : il ne visait qu'à devenir le favori du prince; mais attend» qu'il n'était pas geniilliomme , il ne pouvait en être que le commis.

L*au(re^ersonnage , qui eût passé inaperçu s'il n*oîlt

(ras été traité cHitrageiuem«nt et avec raiion par Bonaparte, était une de ces nulliiés qui vivent sur la ^ réputation de leur nom, qui ne sont rien pareUes*in^es, et qa*on croit éire quelque chose parce que leur père Ta été ; incapable , demi-dévot , demi-mondain y craignant le diable plus que le roi , et songeant peu h la France; aspirant, lui aussi , au favoritisme, sans posséder rien de ce qui y fait parvenir. H avait une piété trop peu éclairée pour disputer aux prêtres la majesté de la couronne et les franchises de Téglise nationale. Jl devait continuer le ministère Peyronuet et abandonner la magistrature aux volontés de la congrégation.

het collègues de ces trois hommes valaient davantage pi y avait parmi eux des vertus positives , et cette probité administrative si rare maintenant.. Le comte de La Ferronnaye , ministre des afiaires étrangères, est gentilhomme de naissance , royaliste de religion.

Le ministre de la marine, Hyde de Neuville , autre royaliste, homme de bien et aux vues droites, apportait là le désir de tout concilier , désir dans lequel il était vivement appuyé par ses collègues MM. de Vaiiroesnil, de Caux , de Saint-Cricq et Feutrier. Tous avaient des qualités estimables , une vraie soif de la légalité, le besoin de consolider le trône en Tappuyautsur tout ce qui en assurerait la solidité ; mais leurs eflbrts de* faientêtre vains : la cour , cette cour inhabile et ambitiesse , brûlait de les renverser.

Alors agitavcc plus de vivacité que jamais un de ces W^mmes sans génie appelés à lu cuMOauce des souve-

raint pour le malheur des ■•ikms ; un de e«t prUret déserteare de U paix do eanctnaire , et qui portent leur turbulence au milieu des palaia ; qui ne peuTent . ue tenir à Técart malgré leur impuissance, et qui se croient aptes à manier le pouvoir parce que grande est leur envie de le saisir : le cardinal de Latil 9 digne snecesseur, auprès de Charles X,de Tinepte et féroce évèqoe d'AiTas , somma son pénitent auguste de donner à un prêtre la présidence du conseil : il la Toulait pour lui 9 et il l'aurait obtenue siTascendant de Polignac ne s*é*! tait interposé entre le roi et lui. Ce fut un combat singulier que celui de la superstition luttant contre Taffection paternelle , que celte ambition de courtisan opposée k celle de rérèqne. La camarilla se partagea entre les deux antagonistes; chacun eut ses partisans :< la famille royale était pour Polignac , et cependant ne repoussait le cardinal qu'avec peine , tant elle craignait Itt caractère saa'é dont il était revêtu.

An milieu de ces cabales , le roi flottait incertain , Polignac d*une part , le cardinal de Pautre; il ne savait lequel écouter. Le nonce du pape lui remit sur ces entrefaites une lettre du saint-père, qni le conjurait de faire quelque chose pour l'église ; que les rois ses prédécesseurs avaient tous appelé des membres du clergé an timon du gouvernement : Richelieu sous Louis XIU, Tévèqne de Beauvais , Mazirin sons Louis XIV ; les cardinaux de Fleur j et de Bernis pendant le règne de Louis XV ; enfin , l'archevêque de Sens avant la révo- Intion. Charles X devait donc, par un choix semblable, manifester sa piété d'une mnuière éclaunte , et fortifier

(»7 ) réciproquement le tr^ue par laulel , l'auiel par le trône. TandU qae Borne agitsait ainsi sur Tesprit du roi , quelques prêtres adroits cherchaient aussi h influencer PoUgnac, et k lui faire craindre sa damnation éiernelte s'il s^opposait , dans son ambition personnelle , au plus grand avantage du clergé ; mais ici il y atait au fond plus de rhouime que du saint. Polignac consentait à reculer Tinstant de sa béatitude , pourru quUl pût régner terrestrement. Il lui fallait ce pouvoir dont on avait bercé sa jeunesse ; et tout en protestant d'un dévoue'ment sans bornes aux choses célestes, il ne travaillait pas moins dans son intérêt.

La contre-opposition royaliste avait un autre chef qui n'avait pas précisément les mêmes intérêts que Je prince de Polignac, le comte La Bourdonnaye, plus royaliste que croyant , et méprisant en effet les jésuites dont il avait Tair de prendre la défense. Il connaissait M. de Polignac pour un sot , et se flattait d*en avoir boa marché , après avoir tiré parti de sa sottise.

Polignac alors , excité par La Bourdonnaye, sentant sa position , éluda de donner le désistement qu*on attendait de lui , promit de faire plus pour le clergé que ne pourrait faire un membre' même de cet ordre , et pour mieux triompher , opposa h la bulle du pape une lettre de Wellington. Ce fut assez pour vaincre Charles X mais ee D*était rien encore , tant que le cardinal ne se serait pas désisté lui-même de ses prétentions.

Poar parvenir k ce résultat , les jésuites , devenus les partisans de Polignac , qui leur offrit de se laisser tunduire uniquement par eux , dépêchèrent le père

Loriqaet, qui est à la foU le Figaro et le Basile de son ordre.

On dc'vinc aisément quelles furent les précautions oratoires , les ménagemens du négociateur, et la colère de l'éniinence. Le messager de Poligiiac fut mal reçu • il invoqua pieusement rintérêt de Téglise , qui dans celle circonsiance exigeait un sacrifice. Le cardinal rc* pondit avec véhémence :

« — Et ne sais-jc pas de ceux qui nous ont soustraits, vous et moi , que la grandeur de la religion est inséparable de celle de ses ministres 7 »

tt— Votre éminence , répliqua Loriquet , occupera dans le ciel une place d'autant plus élevée que sur la terre elle en aura dédaigné une plus brillante. »

« — Et ne savons-nous pas, répondit le cardinal, que ceux de notre ordre font leur salut dans tous les états ? Je veux, moi , faire le mien dans celui de ministre. Quant au porte-feuille , peu m'importent les af* faires étrangères , les finances , la guerre : ce qu*on Toudra , pourvu que j'aie un département à conduire.»

La discussion se prolongea ; une personne très* instruite affirme que Latil , en s*adjugeant la présidence du conseil , fa isait garde des sceaux Timbécille cardinal de Clermont-Tonnerre ; qu*il donnait au cardinal de la Fare le ministère de l'intérieur; 2i Forbin, évêqne de Nancy > celui de la guerre ; & Bonald évèque du Puy , la marine ; à Tévèqne de Samosate les afl'aires étrangères ; à lui les finances , et à Tévêque d*Uermopolis les affaires eccléasiastiques.

Cétait de la folie, mais un cardinal ne douta de rien.

( as ) Tlne YOfBit pat là nation, car il ne la rencontrait pa« aux Tuileries , où il n*y avait que des Talels titié» et de bas flatteurs. Ceci déplut même au roi ; il en témoigna son mécontentemeut au directeur de sa conscience, qui , épouvanté de la bouderie de son pénitent , ajourna josqu*ù de meilleurs temps ses projets, et consentit il ce qu'on le mit de côté dans Tespoir qu'il tarderait peu h troubler la conscience royale et k reprendre son ascendant.

Polignac et La Bourdonnaye , libres de ce côté , dressèrent la liste de leurs futures collègues ; elle fut com-> posée de Courvoisicr , de M. de l^igny, de M. de Chabrol, et de Bourmont.

En attendant que le ministère pût entrer en plein exercice , on travailla contre les excellences en pied. Elles faisaient de leur mieux , présentant ii la chambre ces lois si nationales, concernant la liberté de la presse et les listes électorales : les lois sur les conseils de commune , d'arrondissement et de département , ne réunirent pas ainsi tous les sufli-ages. Il y eut division dans la chambre des députés; les deux extrémités de la chambre se réunirent pour eu changer les dispositions principales : la gauche par conscience ; la droite parce <pi'elle savait que si on changeait quelque article important , la volonté du roi était que les lois fussent retirées. Le coup ainsi monté eut lieu. On sait avec quelle hratalité MM. de Polignac et de Portails allèrent de» taander an roi une vengeance préparée à l'avance , et comment en la promulguant iU rompirent la chaîna qui liait la chambre an trône. La conséquence de ceita

déclaraiion fut le ren?oi des miiiîitrei au . 5 aoAc <le Tau passé , et un sentiment de haine que te roi voua aux membres de la chambre élective.

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