CHAPITRE III
Lb ministère du 9 août fut long» temps appelé le ministère impossible y d'après une plaisanterie métaphysiqae de M. Royer-Collard : il s^est tant de fois décomposé et arcomposé quant au personnel de ses membres secondaires, que cette plaisanterie s*est trouvée nne excellente définition. M. de Rigny fut le premier qui de lui-même refusa de siéger parmi ces ministres de la contre-révolution , craignant de compromettre la gloire de Navarin , eu la rendant complice d'une intrigue de cour.
On ne s'attendait pas h son refus du porte feuille de la marine : les gens du bord de Polignac acceptent tout 9 et surtout ne se démettent jamais, cramponnés an pouvoir, dussent-ils entraîner la monarchie aTec eux. Il fallait un marin à la place de M. de Rigny, on prit nn administrateur de terre ferme; le télégraphe délivra Bordeaux de M. d* Haussez , et il y eut un mannequin de plus dans le ministère.
Cet homme d'état , ou que du moins on nomme tel , est Normand. 11 prit parti dans les troubles de la Vendée , fut chouan, et ne resta pas étranger h la cons-
piraiion (le George Cadoudal; il s^accomtnoda depuis avec Napoléon , le tenrit avec tant de zèle que le titre de baron de Tempire lui fut accordé, ce qui ne l'enipécha paa d'être un des premiers h abandonner la , fortune de ce grand homme. Appelé à la chambre des députés, dent il a toujours fait partie depuis 181 5, il se montra fidèle aux inspirations de M. Decazes , et Yota constamment contre M. de La Bourdonnaye ; et plus tard il Tota an gré de M. de Villèle , s^assoupUt encore davantage h Técole du vicomte de Martignac , et entra an ministère, décidé à suivre toutes les inspirations de PoHgnac, qui fît de lui son enfant chéri.
Le garde des sceaux Courvoisier se mourait d*envie d*être libéral , mais sa piété mal entendue le rejeta dans le parti contraire. 11 est un de ces caractères qui ont tout k demi , et jamais tout complètement ; ou plutôt ils sont ce que veulent qu*ils soient ceux qui les poussent. Le pouvoir lui plaît, et il tient à la con* •idération ; Taltemative est embarrassante : c'est une gironelte fouillée qui ne fait son service que par un grand vent.
Le baron de Monlbel, improvisé à T instruction publique , jouissait à Toulouse d*une répuution justement acquise d'administrateur pieux avec sincérité ; bon orateur dans une mauvaise cause, il était fait pour parcourir une carrière honorable , et son entraînement pour la royauté vient d'amener sa perte : il s'est rendu coupable par obéissance, et tout son tort est dans sa («ihiesse et dans Tascendani que la volonté du mouarquu a sur lui.
Le comte de Chabrol , dont j*aî parl^ pluf- haut ^ occupa les finances ; on a dit avec raison qVil appren-» <lraii au roseau h plier, à la couleuvre à glisser , ao renard h se démêler des embarras d*une chasse. Il a prouvé que son talent supérieur consiste à savoir faire retraite h propos.
Il j a long-temps que je vois Polignac ; ce long corps soutient une tâte légère. C'est le problème résolu du vide plein: il débuta par être conspirateur/ et ne sut être que dupe. Il sort d'une famille funeste à la France ; les Bourbons lui doivent et lui devront tous leurs malheurs; elle était pauvre quand elle parut avec éclat à la cour, et elle dévora des millions qui ruinèrent le trésor de.l'Ëtat. Les Polignac ne sont pas de la famille dont ils portent le nom, il leur est venu par héritage. On s'était mis en tête que le prince Jnles devait être quelque chose. Il aime Charles X comme son père, il vénère Wellington comme son tuteur. Superstitieux dans sa suffisance, il ne prêta serment à la Charte qu'après s'être fait d'avance absoudre pour la violer. Llevé ï la brochette par le despotisme,. pouvait-il vouloir de la liberté ? Qui a fait son éducation diplomatique? quels coorf de droit public a-t-il suivis en France? Courtisan, conspirateur, prisonnier, voilà de quelle manière il est parvenu à la restauration. Sa femme est anglaise, sa fortune est en Angleterre ; ses enfans sont élevés en Angleterre : il ne connaît que Londres. Etait-ce \h le chef d'un ministère français? Ses yeux ternes annoncent son impuissance; il n'aime que la tyrannie, substitiUQt.à.la re<
ftgioD (les pratiques superstitieuses ; il genoux deTADl une relique , disant soa bréviaire ai^ lieu de s'occuper des affaires d*Êial .
M. de La Bourdonnaye aurait bien touIu qu'on le prit pour Gargantua ou pour Briarée : il se sesait accommodé de la haine , s'il avait pu faire peur ; maison n*est pas géant parce qu'on se hisse sur des échasses; et des trompettes , si criardes qu'elles soient , ne fout put toujours tomber les murailles de Jéricho; les pe* titi enfans ne devaient donc pas s'épouvanter de M. de La Bourdonnaye.
M. de La Bourdonnaye était un feu sans aliment y. et qui brûle néanmoins ; c'était une colère perpétuelle , une manie de hurlemens qui ennuyait } c'était l'homme des catégories y et le frénétique auquel il fallait tin piu de sang ^ pour àpaiscT sa soif et sa fureur; c'était le dieu du brouillard , l'Hercule de l'impuissance ; il se démenait tant qu'il s*épuisail d'abord} il se mit à crier : • MeToici,«etronse moqua de lui; il était déjà arrivé, qu'on le croyait encore en route ;et son épéede bois , qu'il avait fait peindre en couleur de fer, se brisa dans sa main ; il croyait celle-ei forte, parce qu'il l'avait pcsaute, et 8*attribuait le génie , parce qu'il était perpé» tuellement sous l'empire du cauchemar; il entra au ministère avec le mandat unique de livrer bataille , et son premier coup d'autorité fat de battre en retraite , c'est vu génie noir; il avait jeté tout son feu en paroles vaines, et quand il put tenir le gouvernail , il s'aperçut trop tardqu^il manquait del>oussole ; enfin, pour corahle d'affront , ilse vit contraint de jurer par la Charte,
loi q«i avait yonii tant de gros moU contre «lie, et qui ne Tenait que pour nous renlever .
11 a pendant quinze ans couru aprèê le ponroir par tontealei roiet imaginable! : ê*'d af ait réussi , la France aurait été perdue ; mais Dieu Toulut qu'il ne reniât pas.
Une dernière insulte restait k faire à la nation, celle de placera la lèiedu gouYemçment ce misérable transfuge 9 ce déserteur de Waterloo , qui , fier de son infamie 9 ne craignit pas de souiller le pouToir en l*acccptant; Bonrmont, enfin, dont le nom, en exécration à la patrie, ne sera jamais prononcé qu'avec horreur; Bourmont , devenu le seul maréchal de France que puisse avouer "Wellington pour son collègue. Polignac, quine put trouver pis , nous Timposa pour ministre de la guerre.
Telle fut la composition de cet inOlme ministère , entièrement formé dans le but de nous perdre , et qui néanmoins trembla lui-même dès son entrée en fonctions. Ce fut une chose étrange que ce choix d'élémeus hostiles, et l'inaction dont il fit preuve une fois parvenu au poste d'où il devait nous attaquer. Frappés des ren* seignemens qui leur parvenaient de toutes parts , ces ministres vendus k une couronne perfide , ce ca/>i2i morltutm de la cour et du sacerdoce , s'épouvanta de set propres desseins , et voyant enfin face à face le peu* pie qu*il venait livrer aux fers , en eut peur et resta là.
Cependant sa malfaisance ne pouvait rester tranquille; elle se tourna contre elle-même , et , pour passer le lemps sans trop d'impatience , se mit k se dcvorer lauie
( 35 ) àt Qiûox. Les hommes monarchique» et reUgieux soni les plus afides d*argent jst de pouvoir; Targent , le poa- ▼oh* , sont leurs dieux Y^ritablet , tandis qn^ili feignent d*adorer Téglise et le roi. La Bourdcamaye , en entrant «a uinisière , y était venu arec U pensée secrète d*écarter Polignac ] il avait pour lui les absolutistes furieux du parti, ceux qui demandaient du sang, et auxquels il tn fallait encore. Il s'environna des plus forcenés , de ce Trouvé par exemple, élève de Marat , et qui, dans le Moniteur de 179$ et 17949 exhala une partie de son Tsnin ; Trouvé, odieux à la république milanaise , à laquelle il fit tant de mal ; sam-culotte chez le roi do Naples, et depuis ardent valet de Napoléon ; Trouvé , qui répandit la terreur et la mort dans le département de TAude en idi5, et à qui tant de familles , entre au« très celle du général Chartrand, ont & demander compte du supplice de certains de leurs membres*
Lourdoueix ne fut pa* oublié non plus ; Lourdoueix , plate caricature dans les habitudes de sa personne , chef odieux de toutes les censures secrètes et patentes qui ont pesé sur nous depuis là restauration ; affilié il Qoe femme sans mœurs , achetée h son mari , et à laquelle il faisait donner des prix de morale et deé pensons sur la cassette àw roi ; Bénaben , secrétaire du fiimeux tribunal de censure; de Boisbertrand , Tnn des plussou ennemis de notre liberté ; de Liège ; Genoude, ou le cheval ii*r de Genoude ; Pain } en un mot toute U race impure du tartare ministériel. La Pourdonnaye ^ les donna pour collaborateurs , et nous menaçf^j^ i«ur colère hydrophobique ; ce furent les enseignes de
iou iiiiiiUlère; les prophèlef cinUiref quinoiu apprirent en «e montrant ce qu'on no«s réiervait.
11 y eut dès ce moment une guerre active dirigée de la part de cette bande contre les lunûères^ies sciences^ les artf ; la proscription pesa sur tout ce qui avait de rhonnèteté, de T indépendance; on enleva aux hommes instruits leurs pensions , pour les donner à des misérables sans pudeur , où h des filles publiques qui valaient mieux qu'eux sans doute.
Mais c'était peu encore : La IJourdonnaye était im* patîentde se roersur le peuble en masse; il s'indignait de la frayenr de Polignac ; il allait partout le taxant d'impërîtie,ét cherchant h araeu-ter les courtisans contre lui. PolignaCydans sa stupidité avait de rambition;il comprit sans peine combien il lui serait difficile de marcher avec un tel collègue ; il résolut de s'en débarrasser. Ici commença nne lutte animé; tontes les mesures extrêmes que le premier proposait étaient repoussées par le second. M. de La Bourdonnaye, dans une dispute ^ ayant demandé vivement à Polignac sll avait peur de la révolution :
— « Ni d'elle ni de vous , « lui fut-il répondu.
On se querella, Charles X intervint, et La Bourdonnaye sortit du ministère.