‹ Une semaine de l'histoire de ParisChapitre 7 sur 35 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Cl miai8tère,qaî était le ya-tout de la royauté, choisi par elle ^ et dont rhomogénéité était la plus grande Yertu ; ce ministrère enfin , destiné h yoir briser contre son roch^ inébranlable toutes les vagues de la révoliition fat 4issous et perdit son importance dès le momeuion run de ses membres en fat détaché. On vit h découvert toute celle jonglerie d'égoisme ; on reconnut que les royalistes purs étaient uniquement des ambitieux avides , qui faisaient la guerre aux principes pour leur compte et au nom de leur prétendue loyauté. Ceci ajouta au. mépris qu*inspirait cette cause , et acheva d^ la déconsidérer.

H. de Mbnibel , ministre complaisant d'une coup oIL SCS bonnes intentions étaient appréciées y quitta Tins* tmction publique pour prendre le porte-feuille de TinténeuT. Il fut remplacé par un de ceshommes nuls et obscurs dont on ne parle ni avant leur mise en lumière , ni quand ils sont rentrés dans leur première obscurité, cinquième roue de toute nécessité au carrosse politique Ml Guernon-Ran ville frère d*un maître d*écriture , et lui-même d'abord répétiteur dans je ne sais quel collège , apporta au ministère un surcroît d*impuissance ; jeté dans un coin de couloir , il y végéta sans ouvrir la bouche , opinant de tète et prenant pour maxime des Polignac, que quand on pensa beaucoup , il e»t« inottle de parler.

Ct fat ainai que nous arm&mcs h la fin de 1829, et iufqaea en face de la chambre conToqaée dant les premiers jours de septembre i83o , les députés en majorité , las de la conduite du ministère , fatigués non moins de la manière dont le roi donnait Timpulsion aux affaires j connaissant d*ailieurs par eux-mêmes le mécontentement de la nation , essayèrent dans nue adresse respectueuse , modèle de sasesse , de circons • pection et de ménagement , d'arertil Charleft dn peu de confiance qu*inspiraientses agensaux classesdirerses de la société.

Jamais fureur plus brutale n*éclata lila cour contre les représentans légitimes de la France ; la chambre fut sur4e*champ prorogée ; les gazetiers Tendus an poa- Toir, vrais démons subalternes àa pandémonium ministériel , se mirent li calomnier , on à ergoter au profit de leurs chefs ; prodiguant surtout leurs insolentes diatribes à cette chambre si digne, si calme , si réserrée ; sa prudence fut taxée de folie , sa raison de crime , ses conseils de sédition ; on épuisa tontes les formes de l'injure ; on dévoua chacun des 221 rotans de Tadresse, aux poignards des assassins de leurs départemens respCGlifs. Quatre mois n'avaient pu épuiser le délire. Mardi dernier les lâches jetaient encore à nos mandataires la boue infecte et sanglante des attentau de i8i5.

Cependant une nouvelle dislocation avait lieu dans le ministère t'olignac ; les hommes si unis se querellaient sans cesse , une majorité presque raisonnable y existait^ composée de MM. de Monbel, Courvoisier, Chabrol et d'Haussez*, elle embarrassait UÈzelanti ce U

(39 ) chef toprème; il fallut la briser, et MM. àû GmrToitie» et de Cbabrol donnèrent leur démfMion , oa plat6t la reçareuttrèt-henreiueinent pour enx. Ou appela pour let remplacer le comte de Peyronnetqui prit 1^ porte* leaiUede Tintérieur (M. de Montbel passa aux finanGes)^ et M. de Chantelauze , tome second de Gucrnon de Banville , qui remplaça le garde des sceaux , au minis* tère. Eir outre fut créé, afin d'introduire dans le conseil une des forces prépondérantes de la monaicbie , leba* ron Capelle, ancien comédien , ex-préfet impérial, homme de seconde capacité , à qui , pour qu'il pût faire son chemin , on composa nn ministère des grande* routes 9 etc.

Polignac comptait , pour Texécution de êcê projets à ▼enir, sur Téloquence Chantelauze, sur le courage Pey* ronnet 9 et sur la dextérité Gapelle ; il dit à ce propoa à sa maîtresse , qui habite Meadon et qui est Anglaise ^ car rien de français ne lui plait :

— « Atcc cesuois hommes , je rangerai au pas la canaille des patentes et des gens de lettres. »

La Ycnue de Peyronnet au ministère, sonsVillèle son chef , causa une sorte de scandale parmi les nombreux partisans de celui-ci ; on cria à la trahi^ion : Pey ronnet ^ pour tonte réponse et levant ks épaules , se contenta de dire:

— « Est-ce que vous me croyez d*humeur à payer de ma poche la salle à manger de l'hôtel de la chancellerie? »

il n'était pas de réplique à cet argument péremptoire, et nous dûmes nous résigner. La France dut s' attendra

2i tout aprèft un choix aussi menaçant ; oh retrouvait «n lai le principe de toutes les turpiiades de ravant-dernier ministère , les lois du sacrilège, de justice et d^amoor , de la teptennalité.

La haine quUnspIra ce ministre ,1a sorte de terreur - qu^il fit naître , donnèrent queque jalousie h Polignac, qui trembla de le Toir accepter ; en conséquence, et '^ponr se relever parmi ceux de son parti , il te décida h «asser la chambre. Ce fut une grande mesure dont son incapacité ne lui permit aucunement de concevoir 'tontes les conséquences ; il se crut vainqueur par cela •enl qnHl avait évité de combattre , et ne douta pas un •eul instant que ses adversaires ne se tinssent pour défaits complètement , par cela seul que la chose lui serait - agréable. Il s'arrangea en conséquence , fit signifier par 'les journaux, ses organes, qu'il verrait avec déplaisir la réélection des 921 , et par suite , qu*on nWit pas h h'» ' nommer. Le stupide prince romain se figurait la France pareille k ton antichambre , où c^x qui venaient ne savaient que Taduler à genoux.

Tandis que les élections nouvelles se préparaient , il Perchait des appuis dans les diverses parties du monde; il demandait à la Sainte* Alliance secours et protection -en cas de besoin , et l'un de ses agens secrets signait avec le prince de Metternlch un traité dont voici les dispositions principales :

A&T. I«'. 11 y aura paix et alliance entre Lenrs Majestés apostolique et très*chré tienne.

Aat. If. Sa Majesté Charles X s'engage^ pour lui et pour tes succeaseurs , à reconnaître le diK>it -à la

cooroonede France du duc de Reichitadt , dans le eau ou le dac de Bordeaux viendrait à mourir •«na postérité , et ce , à Texclusion perpétuelle dea autres branchef de la maison de Bourbon.

Aet. III. Sa majesté Charles X , ou son succeasear , dès après le décès du roi. de Sardaigne «ctuellement régnant , garantira la succession de ce prince , eVst'&rdire la couronne de Sardaigne et de Piémont , à son altesse impériale François IV, archiduc d^Autriche et duc de Modène ; à cause du droit de l'archidadiesse sa femme, M arie^Bëatrix-Yictoire-Josèphe , fille de feu Victor-Emmanuel , roi de Sardaigne, et au détriment du prince de Savoie-Carignan , qui receTraen indemnité une des îles delà Grèce.

Abt. IV. Sa majesté très-chrétienne paiera pendant vingt ans une somme de vingt millions à sa majesté apostolique , pour l'indemnité des frais et pertes^ de goerre qui n*ont pas été réglés définitivement.

Art. V Sa majesté apostolique mettra à la disposition de sa majesté très -chrétienne une armée de cent mille hommes , qui débouchera en deux corps , soit par les bords du Rhin , soit par les Alpes, pour être employée dans l'intérieur du royaume de France, à maintenir la paix et la tranquillité que les conspira* teors libéraux se préparent k troubler , en retour des mesores conservatoires que le gouTernemept royal va prendre pour sa légitime défense-

Art VI. Cette armée, entièrement soldée par la France , recevra le même traitement que les corps laisses au service de sa majesté très-chrétienne.

ÂftT. Vil. Cette armée demeurera cinq ans en France. Sa majesté très-chrétienne s'interdit la faculté de la renvoyer avant ce temps , et , pour gage de sa parole , remettra aux divers chefs des troupes autrichiennes le commandement des citadelles de Bayonne, Perpignan, Grenoble, Strasbourg, Lille et Besançon.

Aat. VIII. Sa majesté apostolique augmentera le nombre de troupes d'occupation amicale , si elle en est requise par sa majesté très* chrétienne; et dans ce cas 9 ce surplus sera également payé selon qu*ilaété réglé dans Tarticle VI du précédent traité...

Cette pièce importante , cachée soigneusement k tous les yeux , fut cependant enlevée à Polignac , qui en avait confie une copie à sa maîtresse ; on la mit sous les yeux d^un autre ministre , qui se contenta de faire un geste de douleur , et de dire à demi-voix : « Cet homme perdra la France, d Voilà, Français , le traître qui au préalable vous vendait à l'étranger , afin de conserver le droit de vous faire mitrailler k son aise. Ce traité onéreux aurait reçu son exécution, si on Teût jugé nécessaire d'abord; mais on ne pen> sait en avoir besoin qu^aprèsla réunion de la chambre illégitime qu'on se préparait à convoquer , et c*était pour régler les dernières dispositions de cet accord , que le comte d*Appony était parti naguère si précipitamment de Paris, pour aller au Joannisberg, rejoindre M. de Metternich. J^espère que cet embassadeur insolent, qui osa tenter d^arracher à nos guerriers illustres les titres que leur donnèrent de grandes yictoi-

rci, cessera de représenter parmi nous ton iouYerain.

IXane aotre part, Polignac négociait avec TEspagne , non que TEspagne pût le aecoarir efficacement , mais elle derait euToyer sar les frontières les bandes féroces de son ancienne armée de la foi, poar conie« niries libéraux du midi de la France , cVst-à-dire pour les égorger. L^Espagne, en récompense du service rendu , devait obtenir dans les Pyrénées les parties de territoire contestées , et pour lesquelles les Bésurnais et les Basques se battent dans ce moment avec tant de valeur, à la bonté éternelle du gouvernement tombé, qui les abandonnait déjà aux Espagnols.

La Prusse et les Pays-Bas n'étaient pas oubliés. La Prusse préparait une œuvre pareil à celui de rAutricbc; les négociations avec Bruxelles étaient moins avancées; Wellington avait promis un concours efficace à Polignac, son élève, mais sans trop s'expliquer, sous la seule condition d'occuper, au nom de PAngleterre, mais sons son commandement particulier , pendant vingt ans , la ville de Calais et son territoire.

La Rnssis seule, parmi les grandes puissances , avait refusé toute coopération à des coups d'état « et même ùdt dire qne ce que le roi de France avait de mieux à fsire, était d'observer strictement la Charte, seule garantie de tranquillité.

D'une autre part , on pressait Texpédition d'Alger ; c^étaient les libertés de la France qu'on voulait vaincre dans cette ville.

Polignac avait dit h Charles X :

« -*- Sire 5 votre ancienne couronne vods iel-a rapportée par Tarmée victorieuse h. son retour d'Afrique. ^

Nul aussi ne se trompa sur les conséquences attendues de cette belle et funeste vîctoiri. Les cent coups de canon qui l'annoncèrent à Paris retentirent dans le coiur des citoyens , comme le glas de mort de la Charte et de la liberté. Bourmont disait dans un accès degaîtë affreuse :

« — Les damas turcs nous déferont des libéraux. «

Les sommes immenses qu*on espérait trouver et qu*on a trouvées en effet dans le trésor du dey , auraient payé le dévouement des seïdes, Tavidité des jésuites, et les premiers subsides à TEspagne et à l'Autriche , ainsi Ton nous aurait accablés avec nos propres ressources ^ avec le fruit de nosconquètes et d'une armée victorieuse. Avec ceshommesy on aurait fait une armée de parricides qui eussent déchiré le sein de la patrie ; ce crime odieux n^a pu être consommé.

Telle était donc la position de la France an moment de la dissolution de la chambre^ telles étaient les dispositions hostiles et sacrilèges prises contre elles par son chef, par les ministres. Notre abaissement, notxe ignorance, notre Tuine , voilà ce que Ton complotait.

u— Nous ne vivrons tranquilles , disait Peyronnet à Charles X 9 que lorsque chaque boutiquier fera une ban queroute complète par an, ejt lorsque tous ceux qui sauront écrire écriront en face de la Bastille et de la potence .»

Ces paroles étaient la substance de la contre- révolu-* tion que l'on préparait; on la faisait venir de loin. Charles X le premier déclara la guerre à son peuple, par

(45) sa proclamation électorale, dans laquelle, cessant de se montrer roi constitutionnel, il est descendu dans la lice de la polémique, et ne pouTant se faire guerrier, s*est fait pamphlétaire.

Mais ce roi sans Tertns royales parla en yain le langage du fanatisme et du pouvoir absolu k un peuple qui ne voulait pas Tentendre. Les collèges électoraux , comprenant les vrais intérêts de la pattie , décidèrent en principe la réélection des 221 proscrits; en vain toutes les voies de terreur , de complot, furent employées pour les épouvanter ou les détourner de leurs devoirs ; fermes et probes, ils résistèrent aux séductions, aux menaces, et remplirent noblement leur mandat; une majorité formidable d*kommes constitutionnels se forma , terrible à son tour, par ses qualités supérieures, pourtant encore clémente , et parlant toujours de paix et de conciliation anroiquine voulait plus que la guerre, et qui montrait déjà de Timpatience à répandi^e notre •ang.

Toutes les ressources lui avaient déjà manqué ; déjà le clergé était sorti sans succès de la sainteté de ain ministère : le canon d'Alger avait tonné sans efiet moral; les bandes d'assassins du Midi avaient mal commencé, car ie meurtre n*était pas commis encore ; les autorités, incertaines, n*avaient su prendre que de lèassès mesures.

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