‹ Une semaine de l'histoire de ParisChapitre 8 sur 35 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

Plus od approchait de Tépoque de la réunion des chambres , plus i^ y avait, de Tincertitude et de la fureur parmi les conseillers de la couronne ; leur am-> bition les excitait à pousser les choses à l'extrême. Le sentiment de leur faiblesse les retenait; lâ'ches et présomptueux, avides de pouvoir, altérés de sang , ils proféraient d^horribles menaces, ils aspiraient à dé> cimer la France, à la priyer de ses meilleurs citoyens) ils se réunissaient pour préparer des listes, de proscription : on les dressaitchez Polignac après qu*ellea avaient été revues par Chantelauze et par Peyronnet ; elles englobaient non-seulement soixante huit pairs de France, cent trente-sept députés, mais encore les principaux chefs de l'opposition. Dans chaque département, les procureurs du roi faisaient en général ce travail. Il paraft prouvé que , sur le refus du procureur général de la cour royale de Toulouse de désigner ainsi ses concitoyens aux fureurs ministérielles, le sieur P...., procureur général de la cour de M.... , avait, dit-on , pris sur lui de faire connaître ceux des Toulousains qu'il fallait proscrire.

Parmi les malheureux qui devaient être les victimes des vengeances de la cour et du jésuitisme , on avait fait cinq catégories : la première , formée de ceux qui périraient sur Téchafaud ; la seconde , de ceux destinés aux travaux forcés; la troisième, plus nombreuse , se* .

(47) rait expédiée à Alger et renfermée dans les prisons dt la Castaba ; la qaatrième resterait en prison en France j et la cinquième 'serait bannie en Espagne.

Il n*était pas de folie cruelle qui ne passât par la tète de ces hommes de sang ; ils roulaient , au nom de la royauté , renouveler les horreurs de 1 793. I^a cou* ronne^ disait Tun d'entre eux, aura son 31 jhai; ils se flattaient de nous écraser sous une rerge de fer, car ils nous avaient mesurés à leur faiblesse et à leur impuissance: citaient des lâches qui nous croyaient lâches comme eux ; rien ne les avertissait , dans leur cervelle étroite , que le patriotisme donnerait des forces, et que le lion, parce qu'il est endormi, n*a rien perdu de sa vigueur. Non , ils ne voyaient qu'eux mêmes dans nous, ils nous rabaissaient à leur niveau de pygmées ; et attendu qu'ils se sentaient capables de fuir le péril venu , ils nedoutaient pas que nous ne courbassions notre tête. Un affidéd^nn ministre, et admit à sa con£ance la plus intime , écrivait à Toulouse la lettre suivante :

« Préparez-vous , P..., â ce qui va arriver ; le mo-

* ment est venu où Ton nous tiendra ce qu'on nous » promit en i8i5, nos biens confisqués , et ceux des

* libéraux en dédommagements Nous allons tenter un » grand coup ; le prince de Polignac disait : Rien que

* deux charges de gendarmerie et quatre coups 'de ca> >» non h mitraille résoudraient la question, ajoutant » que Dieu devrait, par sa puissance, placer h labou-

* che de cenx*U les chefs jacobins qui agitent la p France.

(48) » Qae lei verdets et les autres compagnies secrètes » préparent leurs armes , le ministère leur taillera de » la besogne ; il faut, dans tout le département , comme » il y aura dans tout le royaume, un nouveau i5août » i8i5. Qu^Aagnste de Cambon ne soit pas épargné^ » non plus que Malaret, Mauriac, Chaptibe, Catelan » et consorts : il faut en finir pour cette fois. Quant » aux Toulousains ennemis du roi, qui sont à Paris , » nous nous en chargeons : Lamothe ne sera pas épar- » gné , lui h qui Monseigneur a eu la faiblesse de faire

• offrir par Bastonlliune préfecture, et qui a refusé en it haine delà j'oyauté légitime.

» Nous agirons bientôt ^ plus tôt qu*on pense. Ne

• TOUS réposez pas sur la pensée que nous reculerons ; » cette fois^i c*est pour tout le bon , et tout le vin

• qu*on aura tiré il faudra le boire. Je présume que les » xnSdacteurs de ia France méridionale ne seront pas

• oubliés; on leur doit la première politesse» VsiTgent

• ne manquera pas; promettez*en i nos homraet, soit É celui d* Alger, soit celui que Ton tirera de la bourse » des traîtres^ il faut qn*il n*y ait plus un seul jacobin

• riche ^ ni même aisé. Faites prier Dieu pour qu'il

• vous assure la victoire ; je me recommande aux prié-

• res de Tabbé Vaquié ; celui-li est un des nôtres « il ' 9 n'oubliera pas Tabbé d'Auzat...., etc. *>

Cétàit de cette manière qu'on annonçait le terrible coap d'éut t que Ton aiguisait les poignards du Midi. Un de mes amif , ttès-avant dans les secrets du parti depuis i8i4 9 vint me prévenir de ce qui se tramait, en s'enveloppant toutefois de quelques réticences.

«-^La cour , me dit-il , ne peut plus supporter Tin- •olence des écriyains qui travaillent sans relâche à la perdre et à ravilir. Je sais qu'on ne veut laisser de plu* mes libres que dans les mains de MadroUeetde Cottu. Il faut que le peuple désapprenne à lire ; on ne peut le conduire que fanatique et ignorant.

« ■ — Mais pensez-TOUs , répliquai-je , que cela soit facile? n'y aura-t-il pas de la résistance k Taccomplissèment d'un pareil dessein?

a —^ Non, car on frappera instantanément an même jour et à la même heure, sur toute la surface do royaume.

« «— Ainsi, tans agression flagrante, nous serons punis?

« — Oh! non pas, sUl vous plaît; on espère bien ^ que TOUS tenterez quelque petite révolte ; après cette levée de boucliers, tout deviendra légitime. Ainsi, croyez-moi, changez de maxime, vous en aurez du profit; Son Excellence vous aime, elle répondra de vous, elle vous fera regarder comme une acquisition précieuse, et une bonne place qui vous sera donnée prouvera aux libéraux gens d^esprit que le gouvernement, avant de sévir, ne demande pas mieux que de traiter avec eux. »

• Je refusai ce pacte criminel, car j*ai une conscience, et je ne voulus pas plus trahir la patrie en i83o que je n'avais yonln la trahir en 18 14, en présence de Wellington ; il me revenait donc 4b toutes parts des renceignemens sur Tattitude hostile du ministère.

« Que craignona-nous, disait-il, en poussant àbou^

le iibcralisme ? Rien sans doute ) il fera comme le scorpion, il se tuerft lui-même en désespoir de cause. L'exemple de la rue Saint-Denis est U , nous le renouvellerons avec plus d'efficacité sur les quais, les boulevards et les places publiques. Il faut foudroyer physiquement le libéralisme , puisque nos raisons et nos séductions ne peuvent rien sur lui. »

Au milieu de cette folle imprévoyance , lorsque la main de Dieu répandait sur le conseil du monarque

, • Cet esprit d'imprudepce et d*errear

De lo chute des rois, fuaesle avant -coureur ,

quelques amis sincères de Charles X , courtisans cependant, essayaient de lui faire entendre un langage plus conforme à la vérité et capable de lui ouvrir les yeux. Le comte de Glandèye, gouverneur du château des Tuileries, lui exposa la situation véritable de* cljiose^, lui montra toute la France d'une part et son ministère de Tautre.

On sait de quelle maigre il fut répondu au comte de Glandève. On le menaça de sa destitution s*U calom> niait les intentions de ce pauvre Jules ( Polignac ) : on déclara que le pouvoir qui cassait une chambre pourrait également destituer un gouverneur de château royal.

Le duc de M... ne fut pas plus heureux quand il montra le même zèle ; sa résistance fut punie : un ordre du roi Tenvoya dans ses terres ; Q eut la bonté d'obéir.

Le clergé tenait un autre langage. Les cardinaux qui environnaient le roi Tezcitaient chaque jour il marcher d^un pas plus ferme dans la route delacontre-réyolntion. Ils lui représentaient que cette sainte entreprise lui ouvrirait l'entrée des portes du ciel. Aussi, d^s qu'il eut résolu sa perte, il reçut de son directeur la permission de déposer le cilice que le peuple trouva dans sa chambre, lors de son irruption dans les Tuileries.

Le conseil de conscience convoqué décida que, lors même que le serment du sacre serait obligatoire, le roi possédait dans l'article i4 de la Charte le droit de tout bouleverser à sa faniaisie pour la plus grande gloire de Dieu et dans Tintérét du tr6ne.

Les élections si contraires aux espérances du parti , Pimpossibilité au ministère de se présenter en face de la chambre, hâtèrent le moment du dernier attentat. On sut qu'un conseil extraordinaire avait dû être employé h résoudre les plus hautes questions. L'épouvante fut universelle; les H>nds tombèrent rapidement , les afikires cessèrent , chacun se d^anda avec consterna^ tionce qu'on avaitrésolu dans ce conseil funeste.

Tout à coup oh sut que l'on s'était tourmenté sans motif, que nul coup d'état n'aurait lieu , que les ministres, se renfermant dans la Charte ^ supporteraient les reproches de la chambre des députés, ne leur répondraient pas , mais proposeraient de bonnes lois en harmonie avec la constitution. En même temps, on vit partir les lettres closes que chaque député devait reee- Toîr. Ainsi on sut de quoi le conseil s'était occupé , tan»

( Sa)

Vbypocrisie et l'astace jésuitiques avaient fait dm progrès parmi les membres du goujrernement.

Samedi a4 juillet, le baron Rotschild arrive chez Peyronnet un peu avant Theure du dîner, et lut dit :

a — • La Bourse, en pleine baisse, se raffermit un instant ; mais les inquiétudes sont extrêmes. On parle plus que jamais de mesures extra-légales, d'actes de violence qui compromettront les hommes et les fortunes. Je viens ici m'en expliquer franchement a vectoos ; je suis ici non un simple banquier^ mais un agent financier de plus d'une cour de l'Europe. Vous exposez la paix générale, si, sur la foi de vos paroles, je me livre k des opérations qui peuvent être désastreuses, si le cabinet des Tuileries est prêt à tenter quelque inno* vation dangereuse, i»

Peyronnet avait reçu le baron Rotschild à son bureau , et la plume à la main , il le laissa pérorer tout à son aise ; puis avec sa fade aisancfe et en souriant , il lui dit :

« — Moucher seigneur, puis-je empêcher les badauds de faire des contes, et les libéraux d'avoir peur ? Rassurez-vous : tant que je serai au ministère, on ne sortira de la légalité qu'après avoir épuisé toutes les voies de coneiliation possibles. Je ne voudrais pas , pour rien au monde , me mêler d'un coup d'éiat ; et en preuve de ce que j'avance, voyez mon occupation actuelle ; j*achève de contre-signerles lettres de convocation des députés du royaume, n

Le baron Rotschild dut sortir pleinement rassuré. Un ami de Peyronnet, M. Ga..,^ vient ensuite , tient le

même langage , obtient une réponte p'areîlle , e*en fa en conséquence faire uAe opération financière sur la hausse y et consomme, par conséquent, sa ruine en un seul jour. '^

Le dimanclie au soir, un o0icier des gardes du corps entend dans un ministère la belle-mère de Texcellence proférer des imprécations contre Polignac ; il demande s*il y a du nouveau. Ou s'empresse de le rassurer , mais en avouant qu^on redoute la présence du chef du conseil devant la chambre élective.

Cependant , dès ce même dimanche , les ordonnances dressées par le soin dePeyronnetet Cbantelauze avaient été lues, approuvées et signées. Le roi, joyeux de la rédaction , embrassa Polignac devant tous les autres , en disant :

• — Messieurs , c*est le conseil que j^embrasse ; il a bien ^méiité de ma bienveillance , et ce sera lui qui me rendra mon sceptre tel que je devais le porter. >»

Le d auphin pareillement laissa échapper les expressions de son allégresse.TJne personne attachée à son service ayant osé lui demander la cause de cette jubilation inaccoutumée , le prince lui répondit :

a — La pensée du 8 août est en fleur , elle ne tardera pas à porter des fruits monarchiques ; vous serez avant pea aussi content que moi. »

Des estafiettes reçurent l'ordre de se tenir prêtes pour partir le lendemain ; elles devaient être expédiées à nos seigneurs les évêques, pour qu'ils fissent dire des prières de quarante heures en faveur de la contre-révolaiion que Ton préparait. Polignac ^ ce jour même ,

( 54 ) •lia voirson Anglaise à Meadob^eion rentenditdire: te — Le roi ne recalera pas , il montera à cheval avec son fils , et il achéTcra d^anëantir la race odieuse da jacobinisme et de l'impiété. •

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