‹ Une soirée chez un médecinChapitre 9 sur 24 · J^I* LES JEUX INNOCENTS · texte numérisé non relu

J^I* LES JEUX INNOCENTS

— C'est mademoiselle Clara.

On rifc plus fort, on bat des mains. Le pauvre •Colin n'a pas deviné et, après avoir encore pendant cinq minutes parcouru le salon, le monsieur, dont l'amour-propre est piqué, relève tout à coup son bandeau en disant :

— On m'appelle au bosten... Je suis désolé de vous quitter.

Une jeune personne le remplace. Qu'elle est bien ! et que de grâces même avec ce bandeau qui couvre ses beaux yeux, mais laisse voir les contours charmants de son visage ! En marchant avec crainte, les bras en avant, elle développe l'élégance •de sa taille; les poses les plus bizarres tournent toujours à l'avantage de la beauté.

Elle n'avance qu'en tremblant... Elle fait une si jolie petite moue lorsque celui qu'elle croit saisir lui échappe ! Mais je remarque un jeune homme qui tourne sans cesse près d'elle et paraît chercher à être pris... Je le conçois; il doit être bien doux de se sentir saisi par cette jolie main.

Le jeune homme a réussi, elle l'a arrêté un moment ; mais je l'entends lui dire tout bas en le xelâchaoït aussitôt :

— - C'est vous, Auguste !... Ah ! je vous reconnais bien... mais je ne veux pas vous attraper.

Charmante fille ! M. Auguste sera très heureux si vous pensez toujours de même !

LE CORBLLLON

— Je vous vends mon corhilJon. — Quy meton ?... La jeune fille bien niaise à qui la question «'adresse répond en baissant les yeux : — Un petit poisson. — Je vous vends mon corbillon, dit un

LES JEUX INNOCENTS Ub

gros papa à face rebondie. — Qu'y met-on ? — Un melon.

— Je vous vends mon corbillon, dit un monsieur qui n'a pas cessé de se regarder dans une glace, de rajuster les deux bouts de son col et de passer ses doigts dans ses cheveux. - — Qu'y met-on ? — Un cruchon, répond-il enchanté du mot qu'il a trouvé.

— Je vous vends mon corbillon, dit d'une voix mélancolique un jeune écrivain romantique. — Qu'y met-on ? — Une palpitation... — Je vous vends mon corbillon, dit d'une voix tendre à un jeune militaire une jolie dame dont le mari est enfoncé dans une partie de whist. — Qu'y met-on ? lui demande le jeune hom;ne avec vivacit-é. — Une précaution, répond-elle en souriant.

— Je vous vends mon corbillon, dit un gros négociant en épiceries. — Qu'y met-on ? — Du café... Tout le monde rit en disant : Un gage ! et l'épicier se lève en criant à tue-tête : — Je ne me suis pas trompé, on ne m'a pas laisse finir... j'allais dire du café blond.

— Je vous vends mon corbillon, dit une dame veuve de son quatrième mari. — Qu'y met-on ? — Samson ! répond-elle d'un air décidé. — Je vous vends mon corbillon, dit en branlant la tête, une vieille comtesse qui veut encore jouer aux petits jeux avec les jeunes gens. — Qu'y met-on ?

La vieille dame cherche longtemps... Elle ne trouve rien. — Qu'y met-on, madame ? lui répète celle qui tient le corbillon.

— Aidez-moi donc, messieurs, dit la comtesse en se tournant vers ses voisins. — Un colimaçon un bonbon, un bichon, crient plusieurs voix. — Va pour un bichon, dit la vieille douairière. Mais il faut tirer les gages.

La personne qui les tient cachés sur ses genoux

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