‹ Une soirée du Théâtre-Français, 24 avril 1841Chapitre 65 sur 125 · LE GEOLIER · texte numérisé non relu

LE GEOLIER

Il vient de supporter trois heures de tortures.

Quoi ! pour venger leurs dieux et leur liorriblc loi..

ACTK V, SCEXE U, 80

ORIGÈNE

Vous m'avez demandé; ne parlons plus de moi. Pour me rendre à vos vœux le Dieu qui nous écoute Fit cesser mes tourmens un peu plus tôt sans doute, Et je viens : des bourreaux je passe à mon enfant. Mes mains peuvent bénir votre front triomphant, Et je puis m'affermir sur ces pieds qu'on déchire, Pour demeurer debout devant une martyre.

NÉODÉMIE

Hélas ! si vous saviez quels douloureux combats Se livrent dans mon sein à chacun de mes pas ! Je perds tous ces momeiis sacrés que Dieu me laisse: Chaque heure de triomphe augmente ma faiblesse. En quittant Flavien , mon époux , pour mon Dieu, A tout ce que j'aimais j'avais cru dire adieu ! Eh bien ! je me tiompais...

ORIGÈNE

Que dites-vous, ma fdle ?

NÉODÉMIE.

Je vous ai raconté que j'étais sans famille ; J'espérais, à mon Dieu quand je venais m'offrir. Dans ce cirque cruel n'avoir plus qu'à mourir. Sous le glaive déjà s'achevait ma prière : L'esclave qui devait frapper... c'était mon père .'!'

ORIGÈNE

Votre père î

NÉODÉMIE.

Mon père... oh ! je n'en doute pas;

90 GLLAniATKUll.

J'ai perdu mon courage en tombant dans ses bras. Il cherchait son enfant...

ORIGÈNE

Dieu voulait la lui rendre.

NÉODÉMIE.

Pourquoi , puisqu'il devait sitôt la lui reprendre ? Il est esclave , lui , n'ayant que moi pour bien...

ORIGÈNE

Et si votre martyre un jour le fait chrétien ?

NÉODÉMIE.

J'entends encor ses cris, je vois encor ses larmes...

ORIGÈNE

Pour ce nouveau combat Dieu n'a-t-il pas des armes?

NÉODÉMIE.

Je dois mourir demain î...

ORIGÈNE

Prenez-les d'un bras fort, Et vous les lui rendrez , ma fille , après la mort !

NÉODÉMIE.

Ah ! je veux vous ouvrir mon âme tout entière : Moi, des bras d'un époux jetée aux bras d'un père. J'ai senti, l'avouerai-je, en ce funeste jour, De l'amour filial s'accroître un autre amour. Une image adorée... oh! que Dieu me pardonne. Ma vie est-elle à moi pour que je la lui donne ? Flavien...

ORIGÈNE

Vous parlez d'un sentiment morteU Sous ce saint vêlement des épouses du ciel l

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