‹ Une soirée du Théâtre-Français, 24 avril 1841Chapitre 85 sur 125 · ACTE I , SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE HI

Faisant signes de croix en buvant à plein verre, Et très-dévotement prolongeant leur repas Comme leur oraison qui ne finissait pas. Leurs liqueurs d'outre-mer, leur vin de Malvoisie, M'ont laissé dans la gorge un goût d'hypocrisie , Car je les imitais en tous les points... Mes yeux Des flancs d'un gros pâté se levaient vers les cieux, Et les coquins , l'œil fauve et la lèvre vermeille , M'ont prié de bénir leur dernière bouteille. Pourquoi faut-il qu'avec leur Cromwel enragé, Toi-même , aveuglément tu te sois engagé , Toi, mon ancien ami, mon plus cher camarade ! Oreste a déserté les drapeaux de Pilade !...

ÉVERARD

Pilade pris de vin.

WILDRAKE.

Et d'amitié... ta main.

ÉVERARD

De grand cœur, et je veux t'enrôler dès demain Chez les fous de Cromwel.

WILDRAKE.

La plaisante anecdote !

Je prendrai mon poignard en guise de marote. Mais je m'oublie... Adieu.

ÉVERARD

Pourquoi me fuir ainsi ?

Où vas-tu donc ?

WILDRAKE.

Je vais déterrer près d'ici

Ili'i LE CHÊNE DU ROI.

Un page, un séducteur charmant.

ÉVERARD

Un jeune page...

Son nom?

WILDRÂKF.

Kénédi... J'ai pour lui certain message.

ÉVERARD

De grâce , explique-loi.

Wir.DRAKE.

Naguère il s'est permis D'oublier son anneau chez une jeune miss Dont les parens, surpris, comme tu peux bien croire, N'aiment pas que chez eux on manque de mémoire ; Et je viens de leur part lui rendre sans façon Cette bague, avec deux ou trois mots de leçon.

ÉVERARD

C'est bien à Kénédi que la bague s'adresse ?

Wn.DRAKE.

Oui, sans doute, et tu dois trembler pour ta maîtresse; La belle et noble Alice habite ce château. Si ce page endiablé...

EVERARD

Donne-moi cet anneau.

WILDRAKE.

Non ! je n'en ferai rien, si tu veux bien permettre.

ÉVERARD

Je veux à l'insolent moi-même le remettre. Donne, donne, et s'il a besoin d'une leçon...

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