II. — CONSTITUTION ET IMPORTÀNGB DBS PROPRIÉTÉS PAYSANNES A GRÉER
Quelles sont les caractéristiques essentielles des propriétés paysannes ou familiales dont la multiplication apparaît comme si désirable ?
Ces propriétés doivent remplir les deux conditions suivantes :
1° Leur étendue et le groupement dés parcelles qui les forment doivent permettre de les cultiver diaprés les meilleurs procédés de la technique agricole ;
2** Cette étendue ne doit pas aller au-delà de ce qu'une famille agricole ordinaire (3 à 6 enfants), peut cultiver par ses propres moyens, sans salariés, et elle ne doit pas descendre au-dessous de ce qui est nécessaire pour occuper, toute Tannée, cette famille.
C'est ce que les Anglais appellent « The wholetifnes holdings » fermes sur lesquelles un homme peut travailler sans autre emploi et sans compagnon. Ils en fixent Tétendue entre 20 et 50 acres. (8 à 20 hectares).
Le petit domaine plein de 8 à 30 hectares, c'està-dire à parcelles d'un seul tenant ou bien groupées, avec bâtiments d'habitation et d'exploitation
sensiblemeat au centre, remplit chez nous ces conditions.
Dans les régions fertiles, à culture intensive, et où la valeur de la terre est élevée, on se tiendra entre 8 et 15 hectares. Dans les régions de culture et d'élevage, où la main-d'œuvre est plus réduite, on ira de 15 à 20 hectares. Dans les régions médiocres de TEst, où Télevage du mouton permettra d'utiliser des pacages secs on pourra aller jusqu'à 30 hectares. D'une façon générale on peut fixer l'étendue type du domaine familial entre 10 et 20 hectares.
Ce sont là des indications générales, des chiffres directeurs, à adapter aux diverses situations locales, et auxquels il ne faut pas donner une valeur absolue.
Le groupement des terres en champs de 1 à 4 hectares donnera toutes facilités pour profiter des avantages de la grande culture au point de vue des instruments agricoles achetés et utilisés, s'il y a lieu, sur les bases de la coopération. L'entr'aide agricole entre familles voisines, qui se réalise souvent de nos jours, assurera en outre le surcroit de la main*d'œuvre utile à certaines périodes de Tannée.
En créant ainsi la petite propriété familiale d*un seul tenant on constitue un cadre de peuplement très stable, qui fixe la population rurale* La cellule rurale ainsi formée appelle la cellule familiale qui lui correspond... C'est le phénomène que l'on constate dans rOuest avec les petites métairies et les bordages, alors que dans l'Est, la propriété morce-
lée est la cause la plus active du dépeuplement.
La propriété paysanne ^insi constituée présente de multiples avantages. Le groupement des parcelles permet de donner à l'exploitation son plein rendement et la culture j est infiniment moins coûteuse que dans une petite ferme morcelée. Tous les produits de la basse-cour peuvent être obtenus sans toutes les difficultés qui résultent des agglo. mérations villageoises.
Le cultivateur désire avant tout être maître chez lui. Quand il habite au milieu de ses champs, qu'il les a constamment sous les yeux, il les cultive avec un soin jaloux. Il faut voir de quelle façon sont tenues un grand nombre de petites métairies du Centre et de TOuest^ exploitées par leurs propriétaires. Quelle différence, à tous points de vue^ avec les petites propriétés pulvérisées de TEst I
La propriété paysanne comporte autant d'avantages que la grande culture au point de vue de l'exploitation.
Une métairie de 10 à 2S hectares d'un seul tenant, composée de champs de 1 à 4 hectares, peut être cultivée par des moyens aussi perfectionnés qu'une ferme de 200 hectares et l'extension des coopératives agricoles fournira aiix petits et aux moyens propriétaires cultivateurs tous les avantages de la grande culture, sans les inconvénients que comporte celle-ci.
N'est-ce pas dans une région de petite culture que la magnifique organisation des laiteries coopétives des Charentes et du Poitou a pu se créer et se développer ? Est-il un pays de grande culture
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qui puisse fournir un pareil exemple d^organisation industrielle? Nos grands cultivateurs du Nord sontils jamais arrivés à se fédérer pour arriver à résoudre, par la voie de la coopération, le problème sucrier? Le grand cultivateur s'isole ; le petit cultivateur s'associe et finalement il est plus puissant.
Ainsi donc Torganisation agricole de l'avenir, celle qui nous est en quelque sotte imposée par les nécessités sociales et économiques du temps présent, se résume dans la formule suivante : propriété familiale, bien constituée et bien outillée, complétée et soutenue par le Syndicat et la Coopérative.