‹ Une solution du problème agraire: La terre à la famille paysanneChapitre 5 sur 44 · L'AGRICULTURE FRANÇAISE NE POURRA PLUS NOURRIR LE PAYS · texte numérisé non relu

L'AGRICULTURE FRANÇAISE NE POURRA PLUS NOURRIR LE PAYS

Avant la guerre, la production française en denrées alimentaires essentielles était à peu près suffisante pour faire face aux besoins de notre consommation. Nous n'importions que de faibles quantités de céréales et nous étions même exportateurs pour un certain nombre de produits : bétail, beurre, vins,- fruits, légumes, sucre, etc..

L'occupation, par Tennemi, d'une des parties les plus fertiles de notre territoire agricole et la réduction de la culture dans les autres parties, ont amené un énorme fléchissement dans Tensemble de notre production. Les stocks ont disparu, le cheptel a été fortement entamé, et c'est par milliards qu'il a fallu importer des denrées alimentaires.

Le tableau suivant indique le dommage que nous avons subi dans la production des céréales :

Production

céR^ALES

moyenne d'avant -guerre ^ (Période

Récolte

Récolte

Quintaax

Quintaux

Quintaux

Blé

Seigle et méteil . .

Orge

Avoine

Sarrazin

Maïs

Totaux . . .

Pendant les années 1917 et 1918 le déficit total, par rapport à la production moyenne d'avantguerre, s'est élevé à 135 millions de quintaux, soit à 67 millions de quintaux par année. En 1919 il dépassera sensihleinent ce chiffre^ et ce ne sera qu'au fur et à mesure de la reconstitution des régions dévastées que nous nous rapprocherons de la situation d'avant la guerre, sans pouvoir complètement y revenir. Notre récolte en blé va être, cette année, inférieure à 50 fnillions de quintaux et, pour manger notre pain quotidien, il nous faut importer 40 millions de quintaux. Pourrons-nous le faire ?

Notre production sucrière est tombée de 700.000 tonnes de sucre à 150.000 tonnes ; elle a été près-

uiihilée sur les Allemands (145 sucreries déi sur 210) ; il faudra de longues années pour onstituer intégralement, si toutefois on ^i*

Qsemble dn cheptel français a très fortement pendant la guerre, tant du fait des vols comar les Allemands dans les régions envahies, e prélèvements qu'il a fallu effectuer pour : aux besoins du ravitaillement général.

Allemands ont enlevé :'

>&c« chevaUoe . .

3SO.000 Utes

- bovine. . .

— ovine . . .

i.aoo.ooo

— porcine . ■

imaux de basse-caur

. chiffres ci-après indiquent le dommage subi olre cheptel ;

Espèca cheïaUoe

Espèce

bOVlDB

Espèce □Tine

Espèce porclDB

loi au 31 déiibre 1918..

tel au 31 d£-

iibre isn..

lélet 3. 3». 000

is.s4a.ooo

téU, 18.131.000

létet 7.O3S.O00

iminutions

in plus de 3.700.000 hectares, dont 2.800.000 :es en culture, comprenant des régions agri-

coles exceptionnellement riches, ont été occupés par l'ennemi et en grande partie dévastés.

Dans cette surface, on peut compter environ 100.000 hectares qui sont complètement annihilés, c'est-à-dire perdus pour toujours comme terrains de culture, et une étendue beaucoup plus considérable des terrains extrêmement endommagés qui pourront être remis en culture, mais avec une productivité sensiblement moindre.

La situation de la France agricole est donc actuellement la suivante :

l"" Population agricole réduite à moins de 4 millions de travailleurs, soit une diminution atteignant presque 30 7o de Teffectif d'avant-guerre ;

2" Production générale agricole fortement déficitaire et stocks en denrées alimentaires de première nécessité presque nuls ;

3"^ Capital bétail très amoindri ;

4<> Environ un douzième du territoire agricole productif du pays à reconstituer et à remettre en valeur.

Peut-on espérer, dans ces conditions, que la France suffira aux besoins de sa consommation intérieuref ou, tout au moins, arrivera à ne demander que peu de chose à l'importation?

Et cependant, notre situation financière est telle qu'il faudrait absolument que nous nous suffisions à nous-mêmes, car si nous continuons à importer de trop grandes quantités de denrées alimentaires notre change s'effondrera, la période de vie chère s'allongera et la position de notre pays deviendra inextricable.

28 Là SITUATION AGRAIRE DE LA FRANCE

€ D'ores et déjà, le problème de la nourriture est posé. Nous allons tout droit à Tépuisement des denrées alimentaires. La vie coûte cher, trop cher. Le monde a faim. Il faudra du blé, de la viande, des légumes, du poisson, du sucre. La France sera contrainte de vivre sur soi-même, en d'autres termes, de tirer de son sol et de ses côtes, par une exploitation intensive, le plus de ressources possible. Il sera nécessaire de produire beaucoup et, afin d'entretenir une saine circulation monétaire, d'exporter beaucoup. Demain, il faudra reconstituer nos stocks et nous occuper un peu moins de politique, de théâtre et de romans, un peu plus de ra-vitaillement en blé, en carottes, en pommes de terre et en poissons *. »

Malheiireusement, les faits sont là pour nous donner la triste certitude que, pendant la période de reconstitution, la production agricole française sera fortement au-dessous des besoins de notre consommation.

Est-il permis au moins d'espérer, qu'une fois cette dure période passée, nous reviendrons à la normale ? Hélas non, car notre population agricole est maintenant trop réduite pour suffire aux besoins de la collectivité. Dans les conditions actuelles de

la culture il n'est pas possible, à 4 millions de travailleurs agricoles, de nourrir 40 millions de consommateurs, puisque 6 millions y suffisaient à peine jadis, malgré de moindres besoins.

1. De Roquette-Buisson et Marcel Hérubel. La, Terre Restauratrice, 1 vol. in-16 de la Bibliothèque politique et écoNo- MiQUE, Payot, Paris.

Si rien n'était fait pour remédier à Taffaiblissement de notre population agricole, les conséquences suivantes en résulteraient dans un délai assez court :

1" Délaissement d'étendues considérables de terrains cultivés, dans beaucoup de pays morcelés, au profit de la friche et de la forêt ;

2** Extension des zones de pâtures^ au détriment des zones de culture et, par suite, diminution de la culture des céréales et des autres produits végétaux essentiels pour Talimentation du pays.

Cette observation a déjà été faite avant la guerre par le D' Labat ' : « Nous allons insensiblement vers la culture pastorale et nous y glisserons davantage si le prix des animaux reste élevé (Il a plus que triplé depuis). Le régime pastoral, qui est celui de la simple récolte, a sur Thomme une influence connue : il permet le repos des bras, celui de Tesprit, la somnolence et le rêve. Le laboureur qui devient berger décroît en énergie. »

Mais, pour le moment, c'est le point de vue économique qui nous intéresse. Sous la double action du développement de Télevage (pour lequel il faudra conserver beaucoup de bétail), et des prélèvements nécessaires pour la reconstitution des régions libérées, les quantités de viande disponibles pour la consommation seront, pendant plusieurs années, de plus en plus restreintes et nous devrons importer de fortes quantités de viandes frigorifiées.

Au point de vue économique, l'extension de l'éle-

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