‹ Une tempéte dans un verre d'eau; comédie en 1 acte. Représenté, pour la première fois, a Paris, sur le Théatre historique, le 18 déc. 1849Chapitre 5 sur 13 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

FLORIDB.

Oui.

LOCIBN.

Il VOUS a accompagnée au concert?

FLORIDE

Oui.

LUCIEN

Et deux fois sur le bateau à vapeur qui promène les baigneurs dans la rade, deux fois, madame, deux fois !

FLORIDE

Oui, oui, deux fois. ( Elle passe.)

LUCIEN

Et voilà l'amie de pension qui vous écrit de Douvres ! 'Floride revient. — Lucien va vers la table.) Je n'ai pas besoin maintenant de savoir le contenu de cette lettre, je le connais assez. (Sasseyant à gauche sur la chaise de Floride.) Voulez-vous que je vous le dise ?

FLORIDE

Si cela vous est agréable, monsieur.

Ll'CIEN.

Ah ! de l'ironie, madame 1

FLORIDE

De la dignité, monsieur ! {Ils s'asseyent tous deux ; après un silence on frappe, on frappe une seconde fois.)

LUCIEN, après un temps, brusquement.

On frappe !

FLORIDE, sèchement.

C'est Antoine qui vient dire que les chevaux sont attelés. [Elevant lavoix,) Antoine, nous ne partirons que dans une heure, à midi... qu'on ne dételle pas. {A Lucien après un silence. ) Vous disiez...

LUCIEN

Je disais, que je sais mot pour mot ce que cette lettre de Douvres renferme.

FLORIDE, ù part.

Que lui a-t-on dit ?

LUCIEN, avec chagrin et sans la regarder.

On vous plaint a chaque ligne d'avoir un mari qui vous néglige, qui est toujours en voyage, qui vit à Paris, au milieu des plaisirs, tandis qu'ici vous périssez d'ennui, près d'un vieil oncle et dans une ville déserte les trois quarts de l'année. [Se tournant vers sa femme.) Vous savez que ce sont mes affaires, et non pas mes caprices, qui m'éluiguent de vous.

14 UNNE TEMPETA DANS UN VEKKE D'EAU.

FLORIDE, se tournant vers lui.

Ai-je jamais prétendu le contraire?

LUCIEN

Vos amis se chargent de le dire pour vous ; ils ajoutent que vous méritez qu'on vous plaigne ; vous étiez née pour un meilleur sort; c'est nn ami dévoué, constant, d'un attachement sans borne qui vous eût convenu... ( Floride se lève et va doucement vers son mari.) Ah î comme il vous eiit aimé^ celui-là ! mais vous n'en avez pas voulu, vous lui avez préféré un homme léger, jaloux, soupçonneux, indigne de son bonheur,

FLORmE, s'appuyant sur son épaule.

Il me semble que dans ce moment, tu ne serais pas loin de justifier les torts dont tu t'accuses avec tant de véhémence.

LDCIBN.

Vos moqueries cachent un trouble profond, madame.

FLOtUDE.

Moi troublée ! dis-moi plutôt si ta es calme, toi?

LUCIEN

Si calme que je vous dirai la fin de cette lettre comme e vous en ai dit le commencement.

FLORIDE

Eh bien I dites , monsieur. . [J part.) Cette assurance... LUCIEN, se levant.

M. Tornwall ce rapprochera bientôt de Dieppe, il vous décidera, c'est son espoir, a faire un voyage en Ariçlelerre, où vous attendent vos bonnes amies miss Dorothée et miss Love. Le prétexte sera votre santé...

FLORIDE

C'est toujours la lettre qui parle ?

LUCIEN, touchant le bras de sa femme.

La véritable cause, madame, ce sera l'amour.

FLORIDE, surprise.

L'amour ! si je te donnais à lire i ette lettre, je te convaincrais de la fausseté de tes suppositions... mais ce serait maintenani une faiblesse dont je rougirais plus tard pour toi ; tu n'auras pas cette lettre.

LUCIEN, impérieusement' Et si je l'exigeais, madame î

FLORIDE, avec dignité.

La voici I ( Elle tend la lettre à Lucien qui fait tm nwuvemeni pour la prendre.) Mais n'oubliez pas qu'après l'avoir lue, il n'j aura plus rien entre nous.

LUCIEN, à part, après une longue indécision. Beaucoup de femmes spirituelles emploient cette ingénieuse

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