‹ Une tragédie d'amour au temps du romantisem; Henri et Charlotte Stieglitz (avec des documents inédits)Chapitre 12 sur 48 · LA LUNE DE MIEL · texte numérisé non relu

LA LUNE DE MIEL

Après des fiançailles prolongées pendant plus de cinq années, Henri Stieglitz, pourvu d'un traitement honnête , et assuré , pour le début de sa vie conjugale, de l'assistance bienveillante que lui promettaient ses riches parents de llussie, conduisit enfin Charlotte Willhoefft à l'autel le 20 juillet 1828. — Dégagé de toute croyance dogmatique, le jeune homme voulut être marié néanmoins à l'église (1) : mais il eût souhaité de l'être par le Vicaire savoyard : « Tu sais, écrit-il à sa fiancée (2), que je n'ai jamais eu grand'chose à démêler avec ces gens qui abaissent à leur médiocre niveau le Verbe divin

(1) Br. II, 386.

(2) Br. II, 410.

(Veï'waesserer des Goettlichen) . Je propose donc de nous adresser à l'honnête pasteur Schloesser que ton frère connaît comme moi. Celui-là mettrait du moins dans les formules rituelles une sympathie véritable et, par là, relèverait à nos yeux la cérémonie... Mais le g^rand prêtre qui nous unira en vérité sera l'Esprit éternel de l'amour (1) qui ne revêt ni robe noire, ni blanc rabat. Il porte un clair vêtement d'étoiles, des yeux pareils à des fleurs, une chevelure de feuillage, une grande àme libre gonflée d'un haut et unique sentiment. Voilà le pontife de nos prédilections! " — Ce pontife-là, par malheur, ne bénit pas le plus souvent des serments éternels. Certes, le jeune enthousiaste dut sentir battre son cœur lorsqu'il toucha la Terre promise en compagnie de cet être presque surhumain, de cette Muse angélique qu'il croyait discerner à ses côtés comme un tout-puissant allié de son effort. Durant les dernières semaines de leur séparation, ses lettres réalisent, nous l'avons dit, ce prodige de marquer un crescendo et un accelerando dans le rythme de leur lyrisme amoureux : effort de virtuosité qu'on croirait impossible après avoir entendu tout au long la symphonie de cet adroit instrumentiste! Nous

(!) Mr. II, VI 2.

voici donc parvenus à l'heure qui va couronner de réalités précieuses des rêves si chèrement caressés !

Page 1