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toute la séduction : qu'y a-t-il de commun, disje, entre cette figure noble mais réservée et ces femmes éminentes qui se plaisaient dans l'éclat des salons aristocratiques, dans les sphères les plus vastes de l'existence sociale ? »
Le récent et excellent historien de la Jeune Allemagne, Proelss, a réveillé cette légende vieille de plus d'un demi-siècle puisqu'il représente Charlotte comme ayant vécu dans le salon de Rachel et connu personnellement Bettina (1).
Dans ses mémoires Stieglitz a pourtant rectifié dès longtemps cette erreur. De Bettina, il écrit en effet (2) : « Charlotte ne l'a pas connue et n'a jamais lu une ligne d'elle, la Con-espondance de Gœlhe avec une enfant n'ayant paru qu'après sa mort tragique. » Il est vrai qu'elle recevait et appréciait Achim d'Arnim, l'original époux de Bettina, le conteur romantique à 1 imagination débridée (3). Henri, d'autre part, connaissait Bettina et lui faisait visite, puisque nous lisons dans une lettre de Charlotte à l'oncle russe de son mari f4) : « On peut attendre un livre exceptionnellement intéressant de la célèbre Bettina (Mme d'Arnim, sœur de Savigny) : c'est
(i) Das jtmqe DexUschland, p. 493.
(3) Les papiers inédits de Variihagen renferment plusieurs lettres de Stieglilz à Arniin.
(4) D. 172 et 173.
sa correspondance avec Gœlhe. Lorsque Henri alla récemment la voir, elle lui lut ces lettres pendant des heures et avoua très naïvement qu'à rheure de leur rédaction, elle était, avec ses vingt ans, éperdument amoureuse de Goethe, presque sexagénaire. Henri assure qu'aucune femme n'aura fait imprimer jusqu'ici un livre de cette originalité. L'auteur compense, dit-il, par la supériorité de son sens poétique ce que Rachel offre à l'esprit de plus philosophique : elle ose davantage pour la fusion de l'âme avec la nature, mais ne connaît pas en revanche cette profondeur, née de la souffrance, grâce â laquelle Rachel atteint parfois jusqu'à la perspicacité d'une voyante. D'après l'Impression d'Henri, elle rappellerait plutôt Psyché voletant çà et là et présentant sur ses ailes diaprées le jeu inépuisable des couleurs, tandis que Rachel évoque Gassandre, enfoncée dans la pénible exploration de sa propre pensée ! » — A cette communication de seconde main se réduisirent pourtant les rapports intellectuels entre Charlotte Stleglitz et Bettina d'Arnim.