I) SB
l'amour des sens ne tint jamais grande place dans la vie de ces enthousiastes qui se sont si ardemment aimés par le cerveau . Dans les notes rédig^ées par lui après son veuva^je (1), Stieglitz avoue que le mysticisme esthétique — cette fleur dangfereuse du tempérament romantique — avait fini par menacer en lui, comme en celle qui subissait trop docilement ses suggestions exaltées, les sources mêmes de la vie : " Je me rappelle sans cesse, écrit-il, et de la façon la plus vivante, combien notre dépendance des organes du corps nous devenait parfois à tous deux insupportable et combien volontiers nous en eussions secoué le joug (2)! Cette impatience s'exaspérait parfois jusqu'à son paroxysme : les relations les plus fugitives avec nos semblables nous devenaient alors odieuses parce que nous eussions voulu nous donner tout entiers à la solitude et à la liberté intellectuelle. Plus d'une fois, je me sentis pour ma part très voisin de la folie en de pareils instants, très disposé même à mettre fin d'un seul coup, par un soudain effort, à cette vie devenue trop
(1) Er. 58.
(2) Quelques critiques, entre autres Kucline et Chcrhuliez, ont été pourtant trop loin en refusant à Stiuglilz toute virilité. Il a protesté lui-même contre une pareille insinuation {\). 178), bien qu'il avoue des tendances vers l'ascétisme, comme nous l'indiquons ici. (Vojr aussi : Er. 37.)
étroite à mon gré : je révais alors de m'évader avec Charlotte vers la liberté que je pressentais dans l'au-delà! Mais elle exerça toujours sur moi assez d'influence pour me rappeler au sangfroid. Un jour elle me dit : L'un de nous devra pourtant devenir enfin la proie de ces terribles puissances! Mais en ce cas, Vautre sera sauvé ! Il faut que ce soit toi le libéré, ô ami de mon âme! " — Nous voici tout près des sentiments de l'Alceste antique dont le nom vint d'ailleurs se placer lui-même sur les lèvres des contemporains après le dénouement du drame moral dont nous exposons les péripéties émouvantes.