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d'autre part à exploiter ce retentissant faitdivers pour le plus grand profit de leurs visées politiques ou sociales; les uns accusèrent le gouvernement réactionnaire de la Prusse d'avoir opprimé (en Stieglitz!) l'essor du talent et de la pensée libre; les autres accablèrent au contraire la société cultivée de Berlin dont l'intellectualisme malsain et la sophistique morale dangereuse auraient causé la perte de Charlotte. Ces derniers commentateurs voulurent voir dans le trépas de la jeune femme l'effet d'influences corruptrices; ils stigmatisèrent une fois de plus les lettres romantiques de Rachel et ses apologies du suicide; ils en réclamèrent l'interdiction par la censure royale.
Leur porte-parole fut Wolfgang Menzel, que nous avons montré fort dur à la poésie de Stieglitz et qui le fut plus encore à la mémoire de sa femme ; il résumait un peu plus tard en ces termes les arguments des esprits conservateurs (l) : « La pauvre Charlotte s'était laissé contaminer par l'idée absurde de l'émancipation de la femme et elle accepta toutes les exagérations véritablement caricaturales que notre époque a mises à la mode sur ce sujet. Ses écrits sont un étonnant monument des aberrations
(1) SB. W8-46i.
esthétiques du temps présent. Elle acceptait comme une loi éternelle et divine les doctrines de Gœthe, trop souvent inspirées à ce sybarite par ses appétits de faune. Elle voyait une sagesse profonde dans ces malveillantes récriminations contre le mariage dont certaines vieilles femmes de lettres délaissées ont le monopole! Elle crut donc que la femme devait être libre, libre des chaînes du mariage, tandis que l'homme resterait libre de son côté. Alors, pour affranchir son mari, elle s'offrit en sacrifice et se plongea un poignard dans le sein. — Quelle triste illusion! Quelle fausse conception du devoir conjugal et des droits de 1 épouse ! Rien ne prouve mieux combien Gœthe est capable de détraquer les esprits et de dépraver les cœurs, combien parlai, sous prétexte de beauté, la religion et les mœurs peuvent être profondément sapées!... Charlotte est un parfait Werther féminin... et tels sont les dignes fruits d'un enseignement qui voile d'exaltation poétique les appétits les plus bas, qui conduit à la méconnaissance des devoirs les plus évidents, qui pousse à dédaigner le bonheur vrai pour adorer de vains fantômes et mène sur celte voie ses adeptes à leur perte assurée! » — Psychologie beaucoup trop sommaire en ce qui concerne Charlotte, comme nous espérons l'avoir
démontré! Les objections de Menzel sont valables certes, contre les tendances de la morale romantique sons les espèces du mysticisme esthétique, — morale dont il contemplait autour de lui le troisième épanouissement en Europe; il est même intéressant de lui voir mettre si nettement en relief dès cette époque le trait romantique dans la morale de Goethe — en méconnaissant d'ailleurs toutes les atténuations que ce g^rand homme mûri par la vie avait apporté aux théories werthériennes de sa jeunesse. — Mais c'est Henri Stiejjlitz qui fut surtout l'adepte imprudent du mysticisme romantique dont Charlotte devint seulement la victime expiatoire et l'hostie tristement immolée .