II. LA MUSE
La Grandeur vers laquelle, dans ses heures les plus saintes, Le cœur du jeune homme s est épanché plein d un noble désir, La Beauté que l'espérance m a promise, La Vérité pour laquelle mon cœur a brûlé, Toutes trois, plus intimement associées dans ta personne, Me sont apparues d'abord sous tes traits sans nul voile! Ce qui s'était jusqu ici^développé en moi de grand N'atteignit que par toi 1 unité!
Dans ces quelques vers où Stieglitz, avant d'avoir osé l'aveu de son amour, trahissait déjà sous le voile complaisant de sa poésie philhellène, le sentiment mûri dans son cœur, Charlotte offre les traits qu'elle gardera toujours aux yeux de son mari. Cette apostrophe emphatique n'évoque nullement l'épouse, fondatrice et gardienne du foyer de la famille, pas davantage l'amie dont les attraits embellis de pudeur exaltent l'élu qu'elle a favorisé de son choix. Non, la jeune fille apparaît ici comme la personnification des facultés créatrices d'un poète, l'alliée fidèle de ses entreprises littéraires, une promesse de gloire pour son avenir, en un mot, comme une tnuse dans toute l'acception de ce mot, avec ce qu'il comporte de signification immatérielle et de conception éthérée.
INE TRAGF.niE D'AMOUR