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LE CANU

Un de ses compagnons, Joset Lacoca, ne tarde pas à s'apercevoir de son déplorable e'tat.

— Petit, lai dit-il, t'esse amoureux; il faut le déclarer au père Bigalet.

— Ma tumudité ne me parmet pas, repond Jirome.

— Eh bien, j'i dirai, moi ;

— Non, te bousillerais l'ouvrage.

Le lendemain, Jirome tombe malade. Le médecin au rapport dit : « L'amour a arrapé ce t'enfant, i faut li faire avouer. »

Père Bigalet monte alors à la seuspenle de Jirome et le presse de questions; celui-ci finit par lui répondre :

— Ce sont les agnolets de la Barnadine qu'aviont estique' dans me n'âme...

Père Bigalet est un bonhomme. Il hoche la tête

— J'ai quesquionné la Barnadine, dit-il; i n'en esr rézeurté que son cœur a reçu de tien une zogne amoureuse.

Et il ajoute, après une prise de tabac longuement savourée :

— Nous vont vous marier; ma fille est bien encore mineuse : mais nous la manciperons.

Les noces de Jirome Roquet, dit Tampias, et de Josette Barnadine Bigalet ont lieu à la Trinité. Ahl quelles noces !

72 UNE Groupe de comédiens

Quelles noces et quel dîner !

« Nous mangimes de pain, deradisse, de petits potets de soupe qu'était douce comme de mêlasse, et pis de matefins tramés de bugnes. Y avait aussi de z'harengs et de flageoles, r*

Mais, avant le dîner, il y avait eu le sermon du curé, et ce sermon est un rare morceau d'éloquence. Jugez-en :

a Mes chères barbis,

» Voiis allé être runis pour toute la durance de la vie de l'un ou de l'autre; c'est z'en présence de bon Guieu d'Abram, d'Izaque et de Jacôt que vous allez vous jurer z'une foi aternelle... Je dois vous rappeler z'ici les premières paroles mémorables du criateur : Cressé et meurtiplié! Çà veut dire que vous n'aurez de z'enfants, que vous n'en ferez d'abord de canequiers, et puis z'après de compagnons qui seront z'un jour le gloire de la fabrique de Lyon.

)> Q,ue jamais, de grand jamais, l'abominable ardutaire ne vienne ennuager les jours serins de votre ménage. Vous, maris, chefifes de la maison, ne soyez pas trop prompts à vous efifaroucher au moindre sousson sur la vretu de vos femmes ; ce sesque faible et sensible a besoin de soutien : appuyez-le donc de toutes vos feurces.

» Et vous, mes chères barbis, que l'eur ni les présents ne vous séduisiont jamais; pre'fèrcz-moi une pauvreté honoreuse à une aisance débaucheuse... »

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