LE RETOUR DU CANDIDAT
L'Imprimeur. — Mais je vois avec plaisir que vous ne perdez ni temps ni courage. Vous vous représentez ?
Le Candidat. — Certes!
L'Imprimeur. — Très bien. Je ferai venir de nouveaux caractères. Cela se verra jusqu'à Roscoff. Soyez tranquille.
Le Candidat. — Non ! non ! plus d'affiches !
L'Imprimeur. — Comment?
Le Candidat. — J*en ai trop usé. Voyez oh cela m'a conduit. Plusd'affiches I.plusde prospectus ! Rien! rien !
L'Imprimeur. — Quoi ! pas même des bulletins de vote, avec votre nom ?
Le Candidat. — Si... mais tout petits.
LTmprimeur. — Bonne chance, monsieur le marquis ! {A part, en s'éloignant). Le pauvre homme I
Passe le curé de la paroisse,
Le Curé. — Ah ! monsieur le marquis ! Je ne m'attendais pas à l'honneur de votre rencontre. Combien je me félicite
Le Candidat, saisi d'effroi, — Monsieur le curé, monsieur le curé, que me voulez-vous?
Le Curé. — Notre département sera heureux de vous revoir...
Le Candidat, reculant, — Monsieur le curé, on
100 UiNK TROUPE DE COMEDIENS
nous regarde... vous me compromettez,., ne me parlez pas, de grâce I •
Le Curé. — Et pour ma part, croyez bien...
Le Candidat. — Laissez- moi... laissez-moi...
Le Curé. — Vous plairaît-il, monsieur le marquis, d'entrer un instant vous reposer au presbytère?
Le Candidat. — Il ne manquerait plus que cela î... pour faire encore échouer ma candidature... J'en ai assez de votre appui !
Le Curé. — Qu'avez- vous, juste ciel?
Le Candidat. — Passez votre chemin, monsieur le curé. Vade rétro f
Le Curé, à part, en s' éloi gnant . — Il est fou!
La nuit est venue. Le champ de foire s'est vidé peu à peu. Le candidat reste seul en tête-à-tête avec la lune.
Le Candidat. — Suis-je assez purifié, ô mon Dieu ? Ai-je assez dépouillé le vieil homme et le vieux candidat ? Que me reste-t-il à faire encore ? J'ai renoncé aux manœuvres même les plus timides, aux agissements même les plus anodins. Dans quelques jours je me représenterai devant mes compatriotes, vêtu d'une robe d'une éclatante blancheur, tout ce qu'il y a de mieux comme article d'été. Assurément, ce sera un beau spectacle, — et ma réélection passera comme une lettre à la poste. Et alors, une fois à la Chambre... oh ! alors ils me le payeront ! ils me le payeront I
LE RETOUR DU CANDIDAT lOl
On entend, comme dans les mélodrames, la voix du vieux Yan chantant son cantique :
Mirer choazet gant Doue D'he vap ha d'ar verc'hez...