‹ Une troupe de comédiensChapitre 24 sur 54 · LE TSIGANE ET LA GRANDE DAME · texte numérisé non relu

LE TSIGANE ET LA GRANDE DAME

Au Beau Danube bleu il fit succéder le Joli Co^ teau vert; aux valses il fit succéder des mazurkas,^es sérénades, des berceuses, des polonaises. Il jouait ".^c rage, battant fiévreusement la mesure avec son pied sur le tapis.

' Ce que durent être ses pensées pendant un tel exercice, je le laisse à deviner.

Au bout d'une demi-heure, qui lui avait paru un siècle, le Tsigane vit entrer le valet de chambre, portant sur un plateau une bouteille de vin de Champagne et des sandwichs.

— Voici ce que madame la comtesse vojas envoie... dit le serviteur en posant le plateau sûr une petite table.

-^ Merci, mon ami.

— Sans compter ceci, ajouta-t-il en mettant une bourse dans la main du musicien.

Et le domestique grommela entre ses dents :

— Ah ! voilà de l'argent facilement gagné ! Vous pouvez vous en vanter !

— Vous trouvez, vous! dit le Tsigane ironiquement. Le valet de chambre s'était emparédu violon et l'examinait.

— Un sabot! dit-il avec mépris. ^

— Mon violon ! s'écria le Tsigane vexé.

— Et vous en avez joué comme un vrai massacre. .. je ne vous l'envoie pas dire.

Io8 UNE TROUPE DE COMÉDIENS

— Bah ! an confrère ?... dit le Tsigane.

Et prenant le domestique par le bras :

— Vous ne me refuserez pas de boire un verre de Champagne avec moi ?

— Tout de même... Mais quant à ce qui est de votre musique, je garde mon opinion.

— Vous êtes sévère. « - Us avaient trouvé des coupes, ils s'étaient assis.

^ Tenez, voulez-vous que je vous dise ? fit tout à coup le valet de chambre.

— Eh bien ?

— Vous êtes un farceur.

^ Permettez I

— Vous n'êtes pas un Tsigane. . . vous n'avez jamais été un Tsigane.

— Chut I 1 1 dit le violoniste, effaré.

— C'est moi qui suis un Tsigane.

— Comment, vous ? en voilà bien d'une autre!

— Et un vrai. Seulement j'ai opté. La livrée me rapportait plus que l'art.

— Moi, c'est le contraire. Avec mon costume hongrois^ je gagne ce que je veux à l'Exposition... tandis qu'avec un veston français je ne gagnais pas un radis à TEldorado.

— Pitié ! pitié ! dit le valet exotique, levant les yeux au ciel. *

— Que voulez-vous ? la magie des brandebourgsl Tout est là.

— Un sandwich, s'il vous plaît ?

^ Voilà... Ah I mon Dieu I est-il possible? vous, un Tsigane? un vrai Tsigane?

— Tu vas voir. Fais-moi passer ton parapluie?

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