‹ Une troupe de comédiensChapitre 32 sur 54 · FRANZ DUPONT I 2 I · texte numérisé non relu

FRANZ DUPONT I 2 I

Où Fran^ Dupont s attendrit

a Mon cher tableau, tu m^as coûté bien des peines et bien du mal; mais aussi tu m'as procuré bien des joies !

» Tu m'as donné en plein jour des rêves d'or, pendant lesquels ma poitrine se gonflait d'un noble orgueil, pendant lesquels mon front superbe craignait de crever le papier bleu du firmament.

» Mon cher tableau, mon pauvre tableau, je t^ai aimé et je t'aime bien encore, et je ne me suis pas séparé de toi sans regret !

» Mais enfin chaque chose a son temps:

» L'amant a dit adieu à sa maîtresse, après bien des hésitations et bien des soupirs refoulés. Il a baisé tendrement ses beaux cheveux, et, lui serrant les mains dans une dernière étreinte, il lui a répété ces paroles :

» — Puisses-tu être heureuse ailleurs! Les heures que nous avons passées ensemble, je m'en souviendrai toujours. Adieu !

» Et la maîtresse est partie.

» L'amant a poussé le verrou derrière elle, et pendant quelques jours il est demeuré mélancolique et pensif.

» Puis, il a cherché à se consoler, et on l'a vu cou rir vers des amours nouvelles.

» Cependant, un soir comme celui-ci, voilà qu'on frappe à sa porte. Il ouvre. C'est l'ancienne maîtresse qui revient, pâle, abandonnée...

» — Ah ! mais non ! non î s'écrie l'amant. »

Grimace de Fran:{ Dupont

Comme s'il se trouvait réellement en présence d'un spectacle calamiteux, les traits de Franz Dupont ont exprimé un vif sentiment de contrariété.

Il a fait quelques pas dans son atelier, puis a continué d*un ton brusque :

tt Eh bien ! moi, je ne ferai pas comme Tamant : je ne rouvrirai pas ma porte à la maîtresse revenue, ou plutôt renvoyée.

» Je ne retirerai pas mon tableau.

» Â quoi bon m'engager encore dans des frais de commissionnaire? Ce serait trop bête.

» Je ferai semblant de n'avoir pas reçu la lettre du secrétaire de Pexposition.

» Le numéro 401 ? Connais pas.

» Une pêcheuse mordue par un crabe? S t ne sais pas ce que vous voulez dire. Adressez- vou's à Vollon ou à Firmin Girard j»

Mais Franz Dupont nes'est pas maintenu longtemps dans cet état d'irritation.

Son esprit, redevenu plus calme, s'est tourné vers un autre ordre d'idées.

Il s'est rappelé l'article célèbre et unique de Laurent Jan intitulé : Où va une femme qui sort ?

Page 1