UN ARTICLE DANGEREUX
cères.L'i4m/ des Enfants acu des succès que, seuls, ont pu renouveler les Mousquetaires et les Mystères de
Paris.
Quel homme I quel homme !
Par exemple, pas politique pour deux sous. N'entendant rien à la machine gouvernementale, ni au travail des philosophes qui se faisait à côté de lui. Bonhomme, et rien de plus. Cest encore quelque chose.
Aussi, pour récompenser cette candide nature et cette existence vouée tout entière à la glorification de la vertu, Bordeaux sa ville natale, Bordeaux n'a trouvé rien de mieux que de donner son nom à une rue entièrement habitée par des prostituées.
Assez de Berquin, voulez- vous?
La plume grince entre mes mains, et je cherche des sujets sur lesquels je puisse exercer ma verve.
Je veux mordre, je veux développer mes qualités, jusqu'alors inconnues, de polémiste!
La Morale en action! l'Abeille du Parnasse ! le Petit Plutarque de dou\e ans ! Autant de satires — indirectes, mais violentes, — de notre époque. N'y voit-on pas l'éloge de tout ce qui est grand, noble et beau?
I 3o UNE TROUPE DE COMÉDIENS
Quant au Traité de V Education des serins ou le Délassement des Darnes (Paris, 1822, chezSanson), c'est un de ces ouvrages qui, sous un titre paciti.]ue, bouleversent les imaginations et ouvrent des abîmes imprévus à la pensée humaine.
La division en est d'une clarté admirable :
Du serin : de son origine; ses variétés.
Serins bouffis ou maussades.
Serins malpropres.
Serins méchants.
Tics des serins.
Serins mâles en ménage (!).
Serines sujettes aux sueurs.
Serins galeux.
Asthmes de serins, etc., etc.
Le tout est entremêlé de traits merveilleux dus à des serins apprivoisés, traits d'esprit, traits de souplesse, traits de bravoure, etc., etc.
Q.uels exemples pour les hommes!
Je choisis une anecdote entre vingt: — c'est celle du serin parlant .
a En i632 (l'historien le prend de haut), une dame qui habitait une maison de campagne assez isolée, pos-
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sédait un serin qu'elle avait élevé. Il avait appris plusieurs gentillesses^ et, entre autres choses, à crier : Au voleur !
» Cela amusait beaucoup tous ceuxqui l'entendaient, excepté cependant les domestiques qui^ parfois, au moment de consommer un larcin ou de déguster clandestinement une bouteille de vin, voyaient le petit importun se poser tout à coup sur leur épaule, en répétant son cri : Au voleur,
» Un dimanche d'été, la maîtresse du serin avait envoyé tous ses gens, sans exception, à la fête du village. Elle était restée seule avec son petit favori dans un salon du rez-de-chaussée dont les fenêtres étaient ouvertes. Fatiguée par Texcessive chaleur, elle s'était endormie sur un sopha en jouant d'un petit flageolet avec lequel elle instruisait son serin (tableau touchant à mettre sur la toile î).
» Il y avait déjà quelques instants qu'elle reposait, lorsque deux malfaiteurs, qui avaient escaladé le mur du jardin, parurent à l'une des croisées du salon. A leur vue, le petit serin se débat dans sa cage; le bruit qu'il fait va réveiller sa maîtresse ; les deux hommes semblent hésiter. A la fin, l'un d'eux, plus hardi, tire un coute^de sa ceinture... En le voyant passer auprès de lui, le serin se met à crier ; Au voleur !
» A ces mots, la dame ouvre les yeux ; elle voit le danger qui la menace et pousse un cri perçant. Ce cri est, par bonheur, entendu de la maréchaussée qui se rendait à la fête du village; deux cavaliers mettent pied à terre.; ils pénètrent dans Tappartement et voient deux hommes qui fuient à travers le jardin; ils font feu sur eux (Pif ! paf !)... »
Brave maréchaussée!
On devine ]e reste...
Eh bien ! non, on ne le devine pas !
11 y a un dénouement imprévu et terrible à ce petit drame.
La dame a étésauvee par son serin, c'est bien ; mais le serin... hélas!
Ecoutez le narrateur :
« En lâchant son coup de carabine, le commandant de la maréchaussée avait tiré si près de la cage, que la poudre enflammée avait atteint le serin, et que le pauvre petit héros tut trouvé mort. Qu'on juge du désespoir de sa maîtresse ! »
Oui, j^en juge, estimable narrateur.
Je juge aussi du degré de créance qu'il faut accorder à votre historiette. Leserinqui crie au voleur me plonge dans la stupéfaction ; je n'en sors que pour y être replongé plus avant par le serin ivrogne.
« M. le chevalier D..., tous les matins, en déjeunant à la fourchette, se plaisait à enivrer un jeune serin. 11
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lui brûla les intestins, et aa bout de sept mois le pauvre petit expirait dans un état total d'étisie. »
Ce qui me surprend le plus dans ce récit, c'est que le serin ait pu re'sister à six mois de ce régime.
Très forts, les serins !
Je n'oserai jamais signer un article aussi dangereux que celui-ci