‹ Une troupe de comédiensChapitre 49 sur 54 · LE PÈRE · texte numérisé non relu

LE PÈRE

— Oh ! non ; je l'ai changée contre celle du général Boum.

Le père demeura abasourdi.

On épuisa la série des divertissements enfantins ; le jeu de bagues^ le théâtre de Guignol.

L'heure du dîner sonna. On entra dans un restaurant, rempli de mouvement et de bruit.

— Demande ce qui te fera plaisir, dit le père d'un air distrait.

— Et toi, papa ?

— Moi, je n'ai pas faim.

L^enfant, libre de toucher à son rêve, demanda des sardines, des pommes de terre frites et une tasse de chocolat.

Un coude sur le coin de la table, le père pensait tout haut :

— Tu grandiras, Paul. Tu verras alors comme c'est dur la vie. Et comme c'est triste souvent ! Apprête-toi à lutter, apprends à te défendre. Sois actif j le temps est si court ! Reste honnête, c'est le principal ; l'honnêteté console de tout, et fait tout supporter. Elle coûte cher quelquefois, c'est égal. J'ai toujours été honnête, moi, sans récompense... au contraire; mais est-ce que ce n'est rien que la conscience, et l'espoir de l'autre monde? Quoi que tu apprennes, lorsque je ne

serai plus^ tu pourras être fier dé ton père. Il n'a jamais fait de mal à personne.

Mon pauvre enfant ! rien ne m'a réussi. Je ne te laisserai pas cependant complètement abandonné : oh ! non. Tu auras de quoi devenir un homme, un savant si tu veux. Par exemple, passé vingt ans, il faudra que tu te suffises à toi-même.

Je t'aurai armé, c^est tout ce que j'aurai pu faire. Le reste à la grâce de Dieu I Tu auras peut-être meilleure chance que moi.

L'enfant bâillait.

La nuit était venue. Tous deux reprirent le chemin de la pension, lentement, par les plus longs détours.

Le père ne disait plus rien ; il se contentait de serrer la main de son fils.

Ils arrivèrent ainsi devant les grands murs de la pension. Ce fut Paul qui sonna.

— Embrasse-moi encore I dit le père avec désespoir.

— Je veux bien, mais c'est au moins la vingtième fois aujourd'hui I

— Eh bien !... la dernière?

— Tu me mouilles la joue... Papa, ne me serre pas si fort.

La porte venait de s^ouvrir.

— Adieu, Paul ! Adieu ! mon enfant !

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