UNE AGENCE ÉLECTORALE
D'ÀiGRiGNY. — Ces antécédents? je vojs entends. (Souriant,) Il a varié?
Le Secrétairk. — Il n^a fait que cela.
D'AiGRiGNY. — Et cela vous arrête?
Le Secrétaire. — Pour le moment.
û^AiGRiGNY. — Allons, je vais vous aider. Prenez îa plume, Ernest.
Le Secrétaire. — Voilà, monsieur.
D'AiGRiGNY, dictant, — a Electeurs .'...» Dans toute autre localité j'aurais mis : Messieurs les électeurs I ou : Chers électeurs ! Mais puisqu'il s'agit d'un bourg récalcitrant, il convient de le prendre de haut.
Le Secrétaire, répétant, — Electeurs...
DWiGRiGNY. — « Vous me coanaisse:{,., » Le connaissent-ils ?
Le Secrétaire. — Pas du tout.
D^Aigrigny. — Alors, changeons. « Vous ne me connaisse^ pas; cette situation exceptionnelle et bien définie, qui nous met à Vaise vis-à-vis les uns des autres, vous est une garantie de ma parfaite indiff, . . indépendance.
Le Secrétaire. — Indépendance.
D'AiGRiGNY. — a Depuis longtemps f étudie dans Vombre et de loin, c'est-à-dire à V écart de toute influence, les besoins de Bafouilljr-sur-Coing, la noble cité! » — Un peu de flatterie ne messied pas. — « Ils sont pressants et multipliés,,, tant mieux! — (Marque d'étonnement du secrétaire.) — Mon dévouement aura de quoi s'exercer. »
Le Secrétaire. — Après?
D'AiGRiGNY. — Abordons tout de suite les questions d'intérêt local; ce sont les plus intéressantes pour des
l8 UNE TROUPE DE COMÉDIENS
villageois, a Vous devine^ à T avance les points principaux sur lesquels se portera masollicitude -.mesures d'^utilité publique y comices agricoles ^ chemins vicinaux , réparation des routes défoncées , inspection du lait âge, musela ge des chiens errants, extension des marchés, pavage, éclairage, arrosage, etc., etc. » Vous broderez là-dessus, Ernest, selon la statistique du département.
Le Secrétaire. — Oui, monsieur.
D'AiGRiGNY. — H faut que Bafouilly-sur-Coingsoit émerveillé! Parlez des ressources nombreuses du pays, de l'avenir prospère qui lui est réservé, de votre zèle de tous les Jours, de votre activité de tous les instants, a Je ne me dissimule pas l importance de la tâche à laquelle je me suis voué » Et immédiatement:
a Vous me seconderez dans V accomplissement de cette tâche, électeurs de Bafouilly! » Ne doutons de rien, soyons entraînants !
Le Secrétaire. — Je vous suis, monsieur.
D'AtGRiGNY. — a T ai compté sur votre concours éclairé y sur vos capacités réunies, sur votre bon sens,., » Insistez sur le bon sens ; il va nous fournir une transition pour arriver à notre dada : « Cest cet admirable bon sens, dont vous ave\ fourni tant de preuves, qui saura vous tenir en garde contre les menées audacieuses des partis,,, n A partir des menées des partis, vous pouvez aller tout seul; vous savez votre leçon.
Le Secrétaire. — Oh 1 oui, monsieur.
D'AiGRiGNY. — D'ailleurs, vous avez auprès de vous le sac aux rengaines?
Le Secrétaire. — Le voici. Il ne me quitte pas. J'y ajoute tous les jours quelques phrases que je cueille