‹ Une troupe de comédiensChapitre 8 sur 54 · UNE AGENCE ÉLECTORALE IQ · texte numérisé non relu

UNE AGENCE ÉLECTORALE IQ

dans les journaux... je veux dire dans tws journaux.

D'AiGftiGNY. — Tirez-m'en quelques numéros, pour voir.

Le SECRÉTAIRE. — A vos ordres, monsieur. (Il agite le sac, et amène à lui des petits morceaux de papier. , ,) Les vjsies impudentes du radicalisme... l'égide des lois... le respect des institutions... les prétentions effrénées des démagogues... les garanties du pacte social... les ennemis de la société...

D'AiGRiGNY. — Bien usé, tout cela. Saupoudrez-en avec discrétion la circuhire du vicomte de Saint-Bivalve. A propos?

Le Secrétaire. — Monsieur?

D'AiGRiGNY. — Combien reste-t-il de drapeaux de la foi?

Le Secrétaire. — Une vingtaine tout au plus. Il en a été fait une consommation effrayante dans ces derniers temps. L'Ouest a tout pris. Monsieur devrait les ménager.

D'AiGRiGNY. — Il en faut un cependant pour Saint- Bivalve; il ne peut pas décemment s'en passer.

Le Secrétaire. — M. de Saint-Bivalve aura son drapeau de la foi,

D'AiGRiGNY. — Très bien. Maintenant, arrivons aux points épineux. Ecrivez: « On peut fouiller mon passé... »

Le Secrétaire. — Aïel aïe!

D'AiGRiGNY. — Qu'avez-vous ?

Le Secrétaire. — Mais c'est que c'est là précisément où le bât blesse M. de Saint-Bivalve.

D'AiGRiGNY. — Raison de plus, s'il y a un danger, pour aller au-devant. Pas de pusillanimité! Yéies-vous?

Le Secrétaire. — MV voilà.

D'AiGRiGNY. — a On peut fouiller mon passé,., on verra que f ai toujours été du parti de France,

Le Secrétaire. — Ah I bravo !

D'AiGRiGNY. — ^JCest un mouvement qui n'est peutêtre pas très neuf, mais qui produit toujours son petit effet.

Le Secrétaire. — Je le crois bien 1

D'AiGRiGNY. — PoursuivDns. « Il est inutile de vous dire quelle sera mon attitude à la Chambre... »

Le Secrétaire. — Parfaitement inutile.

D'AiGRiGNY. — « Ty porterai vos réclamations légitimes etfjr défendrai vos droits sacrés. Je crois pouvoir vous promettre dès aujourdhui... » Voyons, qu'est-ce que Saint-Bivalve peut bien promettre?

Le Secrétaire. — Ohl mon Dieu, comme toujours... Tabolition progressive des impôts.

D'AiGRiGNY. — La suppression des octrois.

Le Secrétaire. — L'augmentation des salaires.

D'AiGRiGNY. — La diminution des heures de travail.

Le Secrétaire. — La création de plusieurs ports de mer.

D'AiGRiGNY. — La révision du Code.

Le Secrétaire. — La reconstruction de la Bastille.

D'AiGRiGNY. — Cela va tout seul. Laissez courir ainsi votre plume pendant une quinzaine de lignes, et terminez en protestant de votre dévouement... à qui de droit.

Le Secrétaire. — Qu^est-ce que c'est que qui de droit ?

UNE AGENCE ELECTORALE 2 i

D'AiGRiGNY — Espiègle! — Tâchez de trouver une phrase ronflante, ce qu*on appelle un mot de la fin. En avez-vous sur vous'?

Le Secrétaire. — Pas un seul.

D'AiGRiGNY. — Tant pis. Nos ennemis en ont. Remplacez alors le mot de la fin par : Vive,,,

Le Secrétaire^ anxieux, — Vive?

D'AiGRiGNY. — Vive r ordre! Cela ne compromet personne. Adieu. Remettez au net, et envoyez au vicomte de Saint-Bivalve. Il sera content.

Le Secrétaire. — Ou il sera difficile.

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