‹ Une troupe de comédiensChapitre 9 sur 54 · ET UN HOMME D'ÉTAT · texte numérisé non relu

ET UN HOMME D'ÉTAT

Le théâtre représente une chambre à coucher. Il est minuit. L'homme d'Etat, en grand costume, paré de toutes ses décorations, revient d'une soirée officielle.

L'Homme d'Etat. — Il n'est rien venu pour moi, Jean ?

Jean. — Si, monsieur. Cette caisse.

L'HOxMME d'Etat. — Ah! oui. Je sais. Ouvrez-la. Ce sont les ëtrennes de bébé que j^ai achetées.

Jean. — Oh ! le beau pantin !

L'Homme d'Etat. — N'est-ce pas ?

Jean. — Comme il est grandi Comme il est richement galonné I Et quel air fierl

L'Homme d'Etat. — Posez-Ic sur ce fauteuil.

Jean. — Sur ce fauteuil-là, monsieur ?

L'Homme d*Etat. — Oui. Bébé sera ébloui demain matin. Otez-moi mon habit; prenez gardeà mes croix. Eloignez un peu la lampe, je ne lirai pas ce soir.

Jean. — Est-ce que monsieur serait fatigué?

L'Homme d'Etat. — Je crois que oui.

Jean. — Dans ce cas. Je vais préparer un verre d'eau sucrée pour monsieur et le placer sur la table de nuit. Monsieur n'aura qu'à étendre le bras.

L'Homme d'Etat. — Ceu cela. A prc'sent, vous pouvez aller vous coucher, Jean. Demain, à neuf heures.

Jean. — Bonne nuit, monsieur.

Resté seul, rhomme'd'Elat se met au lit. Ses regards s'arrêtent

sur le pantin.

L'Homme d'Etat. — Ce pantin est vraiment superbe. On le dirait vivant. Ses yeux brillent comme ceux d'une personne naturelle. On travaille très bien aujourd'hui. C'est étrange! il semble me regarder avec intelligence. Ce pantin me trouble malgré moi. Tournons-nous vers la ruelle et endormons-nous. L'ambassadrice a été charmante pour moi ce soir... charmante... charmante...

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