LES DEUX VEUVES
OU du moins ne pas finir ainsi, en voici un autre qui lonrraenle ma plume el qui a tourmenté plus d'un cœur. Le portrait de madame H***, la femme du notaire du pays, formera un gracieux pendant à celui de madame de Flo***. Préparez encore un clou dans votre cœur pour accrocher ce portrait.
Madame H*** aura vint-sept ans aux neiges de décembre, s'il faut l'en croire; sa figure à coup sur ne la dément pas. Encore une fois, n'écoutons pas les almanaclis : il y a des femmes que le temps protège en passant de ses ailes rafraîchissantes, contre les dégâts du soleil, c'est-à-dire de l'amour; il y en a d'autres qui bravent avec insouciance les ravages du temps; et le temps a beau faire: il flétrit les roses, une heure après les roses rellcurissent plus belles. Mais passons là-dessus, el, pour n'y plus revenir, marquons par un aphorisme le point de départ ;
w Une femme n'a que Tâge que lui trouve son amant, si n pourtant cet amant soupire encore un peu. «
Madame H*** est née à Paris, boulevard Mont-Parnasse, grâce à un marchand de bois et aussi à une marchande de bois. Elle a passé sa belle jeunesse sous le linceul del'ennui ; et quel ennui que celui qui vous prend au milieu des bois à brûler du boulevard Mont- Parnasse! Enfin la destinée eut pitié d'elle et lui dépêcha delà Normandie un deses cousins qui cherchait une dot et même une femme. Mademoiselle Anna (j'ai oublié le nom de famille) avait une honnête peliledot de 50,000 fr. , sans parler des épingles, et sur ce, le susdit cousin l'aimait avant de la voir; la vue d'Anna
T'a LES DEUX VEUVES.
ne gâta rien à Xaffaire, et Vaffaire se ût, d'autres (liraient le mariage. Anna partit en 1854 pour la Normandie, au grand dépit de quelqu'un dont le nom m'échappe. En Normandie, Anna trouva une assez jolie baraque et un jardin à planter des choux. En revanche, son mari (ne médisons pas des absents) n'était ni aimable ni spirituel, il ne laissa jamais parler son cœur, tant il avait peu de choses à dire de ce côté-là. Il adorait les inventaires et les testaments: aussi, en mourant, son dernier plaisir a été de faire son testament, et son dernier mot a été un conseil pour l'inventaire qui devait suivre sa mort. On aurait dû ensevelir ce mari-là dans le papier timbré. Madame H*** fit tout comme les autres.
Maintenant que j'ai dit qu'elle était veuve, il est de mauvais goût de faire son portrait. Après tout, le portrait d'une belle femme ne fait jamais de mal à elle-même, mais bien aux hommes et aux autres femmes.
Madame H*** possède avant tout cet éclat charmant que n'ont ni les jeunes filles ni les femmes mariées , cet éclat que donne le mariage, mais que le mariage efface bien vite aussi ; les jeunes veuves le conservent longtemps. En outre, secundo, comme dirait le défunt notaire s'il faisait l'inventaire de sa femme, madame H*** a la figure la mieux dessinée du monde, partout une ligne pure, un gracienx linéament, une forme ravissante. Elle a des cheveux noirs assez beaux, assez mal plantés dans le cou , des yeux brunissants, autrefois bleu de mer, une bouche pleine de perles et de doux sourires. Joignez à tout cela un tcinl d'An-