‹ Une vengeance (volume 2)Chapitre 6 sur 7 · NARTHC · texte numérisé non relu

NARTHC

Plus j'y pensais et plus cet espoir me semblait raisonnable; en approchant d*ÂuInfiy, il s'élait changé en cerlitude. Je préparais déjà les reproches sévères que je devais adresser à ma fugitive maîtresse : je ne me préoccupais que de savoir si je serais assez roatlre de moi pour ne pas lui sauter au cou avant de la gronder, ou si, après avoir commencé le discours projeté, un des jolis sourires de Marthe ne viendrait pas m'empécher de le finir.

Pendant ce temps, le cocher, excité par mes promesses, traversait rapidement Bourg-la-Reine^ et Sceaux^ et arrivait à Aulnay. Je courus à notre maison : les volets étaient fermés. Je frappai à la porte, on n'ouvrit pas, je franchis une haie peu élevée et je pénétrai dans le jardin : il était triste et silencieux, et les dernières feuilles des arbres, tombées depuis notre départ, cachaient les allées.

En ce moment, notre ancienne femme de ménage, qui demeurait près de là et qui m'avait vu traverser le village, accourut toute joyeuse à ma rencontre.

« Ah ! bonjour, monsieur, fit-elle ; comment \*a madame?

— Elle n'est donc pas ici ? m'écriai-je.

MAKTilH:.

— Ici!... mais non, monsieur, t»

Mon dernier espoir venait de m'êlrc enlevé. Je remontai dans la voiture, qui prit, sans que j'en eusse donné Tordre, la route de Paris.

En entrant à Paris , je fus tiré de l'espèce d'anéantissement où j'étais plongé , par la voix du cocher qui me demandait où je voulais être conduit. Je donnai mon adresse.

Dans un cas désespéré, on se rattache volontiers aux espérances les moins fondées, et je pensais que Marthe était peut-être rentrée pendant mon absence.

Le concierge n'avait vu personne : alors je me dirigeai vers la demeure de Mme de T...; peutêtre avait-elle été plus heureuse que moi dans ses recherches.

Elle descendait de voiture quand j'arrivai à la porte; nous nous élançâmes à la rencontre Tun de l'autre.

a Rien! m'écriai-je.

— Rien non plus! répliqua-t-elle.

— Adieu , alors.

— Qu*alIez-vous faire ?

— Je ne sais pas, je marcherai au hasard jusqu'à ce que je Taie trouvée. »

La nuit était Tenue, une sorte de fièvre s'était euiparée de moi. J'allais, je courais, je marchais, prenant toute rue au hasard, regardant tout sans rien voir, m*arrêtant devant les magasins, laissant passer les voitures, évitant les passants, guidé parFinstinct; car je n*avais pas la conscience de ce que je faisais.

Parfois, au détour d'une rue, un vent frais me frappait au visage et me rendait l'usage de mes sens; je songeais à cette jeune fille, vivant, avant de m'avoir connu, tranquille et respectée de tous : elle était venue un soir me demander asile, et je l'avais perdue; elle était morte peut-être à cette heure , pour avoir voulu m'éviter des chagrins et me rendre la liberté.

Puis je me représentais Marthe comme je l'avais vue le premier jour, avec des perles dans les cheveux et sa belle robe blanche, courant dans le salon de groupe en groupe , joyeuse, vive et souriante , et Marthe comme je la retrouverais sans doute, morte ou mourante.

Et pendant que ces pensées me torturaient l'es-

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