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Les couvents de tons les pays font une cérémonie presque publique d’une prise d’habiL *
L’entrée au noviciat étant pour upe jeune fille le premier pas fait dans une voie où le second est irrévocable, les communautés tiennent à ce que ce pas se fasse en présence de nombreux témoins qui peuvent ensuite attester que les engagements pris par la religieuse ne lui ont été imposés par aucune violence morale.
La communauté des Annonciades prépara la prise d’habit de Laura Rudolphi avec une pompe exceptionnelle, motivée par la haute position sociale de la novice, peut-être aussi par la dot magnifique qu’elle apportait au couvent.
L’abbesse présida elle-même aux préparatifs de la cérémonie; elle ordonna l’ornementation des salons où devaient être reçus les grands personnages conviés à cette solennité. Dès la veille, elle s’occupa à faire disparaître la nudité des murs sous de riches tapisseries, et masqua l’absence de meubles par des
caisses de fleurs habilement disposées ; les sombres cloîtres des Annenciades se transformèrent en galeries de fête sous son intelligente direction. Elle fut interrompue au milieu de ses soins par l’arrivée de la sœur tourière, qui l’abonda d’un air assez effaré.
« Qu’avez-vous, ma sœur? demanda l’abbesse.
— Un officier dé la garde du roi est là, notre,
mère; il demande à vous voir; il est, dit-il, porteur d’ordres qui vous concernent, . '
— Des ordres, répéta l’abbesse avec hauteur; nous allons .voir. Introduisez cet officier ici, sœur Saint- Ambroise; ce salon dôp.eud de la première enceinte,. Vous, mes filles, dit-elle aux religieuses qui l’entouraient, retirez-vous; je vous ferai appeler quand nous pourrons continuer nos travaux. »
Les religieuses sortirent.
Bientôt après, l’abbesse se trouva en face d’un jeune capitaine vêtu de l’élégant uniforme d’officier d’état-major.
« Madame, dit le jeune homme, après s’èlre respectueusement incliné, je ne sais si vous avez connaissance de ce qui se passe à Novare ?
— Rien de ce qui se passe en dehors des limites du èouvent n’est de ma compétence, monsieur, et je dirai même qu’il est de mon devoir de l’ignorer; notre couvent est cloîtré, vous le savez; cela signifie qu’une barrière infranchissable est élevée entre le monde et nous. Votre présence ici m’annonce ce-
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pendant qu’il doit se passer des choses fort extraordinaires.
— Rien autre que ceci, inadatïie : ïê roi Charles- Albert, continuant la guerre nationale qu’il a si bien commencée, a pris ses campements aux environs de cette ville, et d’un moment à l’autre Novare
peut être le théâtre d’une bataille. • ' ' • .
— Nous prierons Dieu, monsieur, pour le succès des armes de notre légitime souverain.
C’est bien, madame, mais 1 ce n’est pas assez ; le général Guillerihi, dont j’ai l’honneur d’être l’aide *
de camp, m’envoie près de vous porteur de l’ordre que voici. »
Et le jeûne officier présenta à l’abbesse un large pli cacheté aux armes royales. Comme elle hésitait à le prendre :
« Ne vous inquiétez pas, madame, ajouta-t-il ; cette lettre vous prie seulement de vouloir bien remettre quelques-unes des provisions du couvent à la disposition des officiers porteurs de bons émanant de l’autorité supérieure. On craint d’être bloqué dans ce faubourg écarté, et cette mesure est une simple précaution. Le général vous demande aussi de faire disposer quelques salles de cette maison de façon à pouvoir y établir une ambulance en cas de besoin. Lisez, madame, et vous verrez que là se bornent les exigences de mon général. »
L’abbesse parcourut la lettre avant de répondre.
« Monsieur, dit-elle ensuite, je m'empresserai de fournir 1& rations demandées, vous pouvez en donner l'assuranCe à vos chefs ; mais je ne puis accorder ce qui est relatif à l’ambulance. Il m’est impossible de recevoir des hommes dqns cette maison ; notre règle s’y oppose. . '
— Madame, reprit le jeune officier, la première
de toutes les règles. n’est-elje pas la charité ? D’ailleurs, le soulagement des malades, le pansement des blessés, est mis pieusement en pratique par desreligieuscsajui sont bénies et vénérées du monde entier. . ... ..
— Sans doute, monsieur ; mais il ne nous est pas permis de transgresser en quoi que ce soit la règle que nous avons juré d’observer, üne religieuse obéit et ne choisit pas ; choisir, c’est juger. Et puisque sainte Jeanne, en fondant les Annonciades.... »
L'officier interrompit les explications de l’abbesse.
« 11 suffit, madame, dit-il ; je voudrais pouvoir respecter vos scrupules, mais j’ai des ordres précis, et, sur voire refus, je serai obligé de passer outre, dans le cas où les besoins de l’armée exigeraient, que des blessés fussent transportés ici.
— Nous obéirons à la force, monsieur, » dit l’abbesse.
Et, baissant son voile, elle fit un court salut au jeune homme, et se retira plus inquiète qu’elle ne
voulait le paraître. Elle jugea prudence laisser ignorer ii la communauté la nature de la communicalion qu'elle venait de recevoir ; elle en fit part seulement à la mère assistante, chargée de l’orga- ' nisation matérielle de k maison, et lui dit de tenir un certain nombre de lits préparés dans un bâtiment extérieur, afin de préserver, en cas d’événement, l’eneeinte intérieure du couvent.
La nuit se passa- comme à l’Ordinaire ; deux personnes furent tenues éveillées sous l’impression d’anxiétés bien différentes: ces deux personnes étaient Laura et. Pabbesse.
Au petit jour, tout le monde fut sur pied, et les derniers préparatifs pour la cérémonie s’acbevôrent avec une grande rapidité.
Laura, confiée aux mains d’Àmine pour la dernière fois, se revêtit de la magnifique toilette dont il est d’usage de parer la jeune fille qui va prononcer ses vœuxi
Un moment elle reparut belle comme dans ses meilleurs jours ; ses yeux brillants luttaient avec ses diamants; ses joues empourprées apparaissaient comme deux fleurs de grenade sous la dentelle de son voile ; la fièvre intérieure qui la brûlait jetait un éclat particulier et étrange sur sa physionomie.
Amine, la pauvre fille ignorante, en voyant sa maîtresse si charmante, ne put retenir l’expression de son admiration et de ses regrets.
340 UHE- VENGEANCE,
.« Qh \ mademoiselle, dit-elle, vous voilà parée comme autrefois, et plus-bélle encore peut-être; est-il possible que ce soit pour renoncer au,monde ?
— Il y a déjà longtemps, ma fille, répondit Laura avec mélancolie, que j'ai renoncé, au inonde. Celte toilette est la dernière dont je me pare.
— Quoi, mademoiselle, vous mettez une couronne sur votre voile, comme une fiancée ?
* — Cela t’étonne, Amine? Ne suis-je pas la fiancée du Seigneur, et ignores-du donc l’usage consacré qui revêt de toutes les pompes mondaines là femme qui va renoncer au monde pour jamais ?
— Ali ! quel dommage ! Tout cela vous va si bien !
’ — Dans quelques heures, j’aurai quitté ces vêtements et revêtu l’humble habit de la religieuse pour ne plus le quitter. - , '. ''
— C’est donc bien vrai ! mademoiselle va vivre ici toujours, toute sa vie ! Ah ! je ne peux pas m’habituer à cette idée-là, moi, j’avais tou jours espéré.... . Je me disais: « C’est si différent du palais Rudol-
« phi ! mademoiselle s’en fatiguera, elle nous re- « viendra. » Et voilà que pasdu tout.... c’est fini.... vous êtes décidée..,., et le derhier jour est arrivé.... »
Amine s’arrêta, ses sanglots lui coupaient la voix. '• ’ ■ : , •
Elle saisit la main de sa maîtresse, et la lui baisa à plusieurs reprises en la couvrant de larmes.
« Du eouràge, ma bonne Amine, lui dit Laura
que cette scène inattendue attendrissait un peu ; du courage ! nous nous reverrons encore.
— Hélas ! ce sera bien difficile ; je me marie la semaine prochaine avec Paolo, et nous irons ensuite à Gênes, sôn.pays ; Patilo, mademoiselle sait bien, l’ancien métayer de Lorenzo Memnri ? »
Laura fit un signe d’assentiment et se détourna pour cacher son trouble. Le nom de Lorenzo, prononcé ce jour-ià, lui parut un rapprochement providentiel : c’était ce nom-là ‘qui faisait ' d’elle une annonciade! . . . ‘ ,
Amine se méprit sur le sentiment qui l’agitait, et continua tout en essuyant ses yeux :
« Je sçis bien que mademoiselle peut s’étonner de me voir épouser ce gareon-là ; mais d’abord, il a hérité de son oncle, et puis ce n’est pas la position qui fait le bonheur, et si un homme est honnête. et nous aime bien, on ne doit pas y regarder de si près. •
— Qu’elle est heureuse de pouvoir penser ainsi ! se dit Laura en écoutant Amine. Que ne suis-je une simple fille comme elle ! »
Et la duchesse Rudolphi, l’héritière des Rhinfeld, la femme la plus belle et la mieux douée de l’Italie, jeta un regard d’envie sur sa camériste qui allait épouser un paysan !
Les deux jeunes sœurs chargées de conduire' la
postulante chez Pabbesse avant la cérémonie, vinrent en entrant interrompre une conversation assez propre à affaiblir le courage de L&ura, et cependant cite fit appel à son énergie et les- suivit avec une contenance ferme. ' t . •:
En entrant dans le parloir dé l’abbesse, elle faillit s’évanouir : le duc Rudoiphi étaitelevant elle et lui tendait les bras. Elle .eut un de ces mouvements spontanés qui mettent à néant toutes les résolutions, détruisent tous les calculs ; la pénitente, la religieuse, disparurent devant les sentiments de la fille, et Laura, à demi suffoquée par ses larmes, vint tomber sur le sein de son père, qui la couvrit de baisers, tout en l’interpellant par les noms les plus doux. - .
Le cœur violenté a de ces revanches sur le despotisme de la volonté. Malheureusement, il n’est pas le plus fort, et quand le calme revient, son empire disparaît. •
Cette crise fut de courte durée ; Laura s’arracha bientôt aux bras tremblants du vieillard et vint se placer près de l’abbesse, comme si elle eût cherché près d’elle la force près de lui manquer.
« Laura, dit le duc après avoir dominé son émotion, il a donc fallu un jour comme celui-ci pour qu’il jne fût permis de te presser sur mon cœur ! et celle joie qui m’est accordée, j’en jouis pour la dernière fois, car dans quelques heures nous serons
séparés pour jamais. Âs-iu bien pensé à cela, mon enfant? Es-tu bien sérieusement et absolument décidée à rester ici? Je ne te le, cacherai pas* je suis venu avec une lueur d’espoir, et ton accueil dé tout à l’heure vient de le fortifier. , ’ - . '
— Monsieur le duc, diM’abbesse, j’étais loin de m’attendre à de telles paroles de votre part.
— J’use de mon droit' de père, madame, avant de le voir passer dans vos mains ;*j’use du privilège sacré que me confèrent les règlements mêmes de votre ordre, de m’assurer des dispositions de ma fille avant de lui laisser embrasser une vie que je devais croire contraire à ses inclinations. » L’abbesse ne répliqua pas et fit un geste à Laura qui signifiait : « Parlez. *
« Mon cher et Vénéré père, dit Laura, je vous ai déjà assuré de la sincérité de ma yocation.
— Ma fille, tu dois comprendre mon insistance aujourd’hui : nous touchons à un moment suprême; demain il serait trop tard.
— Hélas! dit Laura répondant à sa'pensée, il y à longtemps qu’il est trop lard!
— Je ne te comprends pas, dit le duc, et je ne puis m’empêcher de croire qu’il y a quelque chose d’étrange dans ta résolution. Prends garde, Laura, prends garde de nous sacrifier tous les deux ! J’avais placé en toi mes plus chères espérances; pourquoi t’obstines-tu à les détruire? Songe que tu es mon ) - • .
UNE VENGE A.NCE;
enfant bien-aimée^ songe que peut-être tu seras bientôt mon unique enfant, cariais-je si je reverrai ton frère?
• — Pourquoi ce doute, mon père? > -
— Ignores-tu donc ce qui se passe? r
— * Aucun bruit du dehors .ne. franchit notre seuil. . • • • ' • . ' .
— Alphonse est près du roi. Le maréchal Radetsky a passé le Tessin avanChier. Une bataille est imminente. On se bat peut-être à l’heure qu’il est de l’autre côté de la ville. »
Et comme çi le ciel eût voulu corroborer les paroles du duc, un grondement lointain retentit dans l’espace, répercuté par les échos avec des roulements sinistres.
11 y eut un long silence dans le parloir de l'abbesse, pendant lequel ehacun écouta pour s’assurer
de la nature de ce bruit formidable.
« C’est le canon, dit enfin le duc. ïlélas! lu vois que je ne m’étais pas trompé.
— Le canon! » répéta Laura avec terreur.
Elle songeait à son frère Alphonse, aide de camp du roi Charles-Albert, exposé par sa situation même; mais elle songeait surtout à cet obscur soldat qui pouvait trouver la mort dans cette bataille et la Cherchait sans doute.
« Oh ! pensait-elle, il y a le doigt de Dieu dans tout ceci! Le jour où je meurs au monde, ou j’entre
dans une vie où toute pensée humaine doit être écartée, lui meurt peut-être loin de moi, inconnu, tourmenté à la fois par ses remords et son amour, et plus malheureux que moi, car il .n’a pas la joie suprême de se savoir aimé. Pauvre Lorenzo ! je puis bien le plaindre aujourd’hui, demain je n’aurai plus le droit de penser à lui!... Mou Dieu* dit-elle dans urte invocation mentale où elle mit toute la ferveur de son âme, mon sacrifice ne vous suffit-il pas? Oh! . *.
puisque je vais vous donner ma vie, accordez-moi d’épargner la sienne!... »
L’abbesse écouta aussi ces bruits lointains, qui confirmaient tout ce qui lui avait été dit par le jeune officier. Elle Songea avec inquiétude aux éventualités d’une bataille dont le tumulte, en se rapprochant des Annonciades, pouvait interrompre une cérémonie dont l’achèvement lui tenait fort à cœur. . /
« Ma fille, dit-elle à Laura, demandez à M. le duc de vous donner sa bénédiction , et suivez-moi ; l’heure est venue, la chapelle est prête, on vous attend. »
Cette injonction tira Laura des pensées où son père et son frère n’occupaient plus que la seconde place ; elle s’approcha du duc Rudolphi, et s’inclinant devant lui r
« Ne voulez-vous pas me bénir, mon père, et me . pardonner? ajouta-t-elle d’une voix dont. elle cher-
chait à dominer l’émotion. J’ài de bien puissants motifs, croyez-le, pour résister à‘ vos ordres, à votre douleur; mais Iaissez-moi faire, laissez-moi ici, je n’ai pas d’autre refuge.
— Dieü l’appelle, vous Je voyez, monsieur le duc, dit l’àbbesse, pour effacer le dembaveu contenu dans les derniers mots de Laura.
- — Oui, Dieu m’appelle, répéta Laura avec effort. •; ' • ' - ' . ' •
— Ma pauvre chère enfant, je te bénis et je t’aime, dit lè vieillard en posant ses mains tremblantes sur cettè tête si belle, si parée, et qui allait bientôt disparaître pour jamais sous le voile de la religieuse. Sois heureuse et prie Dieu pour qu’il m’accorde la force qui me manque aujourd’hui. » - ,
Laura baisa encore pne fois les mains du duc,
puis se laissa entraîner par l’abbesse dans la grande salle, où tout le couvent rassemblé n’attendait plus qu’elle pour se rendre à la chapelle.
Le duc resta encore quelques instants abattu et pensif, tressaillant involontairement aux grondements du canon et de la mousqueterie, dont les décharges augmentaient de minute en minute. Les dernières paroles de Laura l’avaient douloureusement étonné. « Je n’ai pas d’autre refuge, se répétait-il. Elle o dit cela? Que cache-t-clle donc dans son cœur? N’ai-je {vas eu sa confiance? a-t-elle un secret? O Seigneur ! s’écria-l-il avec amertume, mon
LA PRISE D’HABIT. 3fc7
fils livré en ce moment aux hasards d’une bataille ! ma fille ensevelie idi, le même jour ! Je suis un père bien malheureux !»
Les sens de l’orgue de la chapelle vinrent lui rappeler qu’il devait assister à la cérémonie. Il quitta le parloir et vint se placer dans une tribune réservée, en proie à un accablement profond. Il se mit à genoux, poussé par l'habitude, et sans avoir la pensée de prier ; le chant des religieuses arrivait vaguement à ses oreilles, il ne se rendait même pas bien compte que celte femme vêtue de blanc, pla* cée au milieu du chœur, était sa fille, sa Laura, naguère encore la joie et l’espoir de sa vieillesse. Inerte et glacé, le malheureux père regardait toutes choses dans une sorte d’hébétement ; trop d’émotions pénibles avaient anéanti l’énergie de cet homme jusqu’alors si doucement traité par la destinée; ses forces se brisaient au choc du premier grand chagrin. . - ... , • .....
Rien n’est fragile comme le courage d’un homme heureux.
La cérémonie approchait du moment solennel où, après avoir répondu aux questions du prêtre et prononcé le serment d’usage, la postulante offre sa tête aux ciseaux qui doivent faire tomber sa cheveture. Laura s’avançait vers l’autel et déjà ses assistantes enlevaient doucement derrière elle les épingles qui retenaient sa couronne et son voile, quand
urt bruit partant du dehors vint troubler le recueillement général et interrompre la cérémonie. ■ L’orgue se tut, toutes les tôles se tournèrent vers la porte de la chapelle ouverte tout à coup ►brusquement ; sur le seuil apparut le jeune officier d’éjatmajor que l’abbesse avait déjà reçu la veille.
Indignée d’unè telle audace, elle allait ordonner à cet étranger si hardi de sortir à l’instant, lorsque, jetant lin regard sur son uniforme déchiré et couvert dépoussiéré, elle comprit qu’il-se passait des événements dont la gravité excusait tout.
D’Un geste, elle ordonna à ses religieuses de baisser leur Voile et de garder leurs places, et s’avançant vers le jeune homme :
« Monsieur, lui demanda-t-elle, que venez-vous faire ici, dans un pareil moment?
— Madame, répondit l’officier, on ne Choisit pas les moments quand il s’agit de soulager ceux qui souffrent ; comme je vous en ai prévenue, j’amène un convoi de blessés; veuillez m’indiquer où je dois les faire placer; je n’ai trouvé personne à qui parler dans les autres parties du couvent. La lourière a refusé de venir vous prévenir; j’ai donc été obligé ' de vous chercher jusqu’ici : du reste, je suis prêt à me retirer dès que mes hommes seront en sûreté. » L’abbessie n’essaya pas de renouveler son refus ' delà veille. ' Y . 1 . ..
« C’est bien, monsieur, dit-elle, suivez-moi. »
Au moment Où elle disparaissait avec le jeune officier, le duc Rudolplii quittait sa tribune. Ayant aperçu cet uniforme au seuil de la chapelle, il arrivait pour demander des nouvelles de la guerre. Cet incident lui avait cruellement rappelé qu’on se battait non loin de là, et que son fils était au nombre des combattants. Il voulut en vain suivre le jeune homme et sa conductrice; peu initié aux dispositions intérieures du couvent, il se perdit dans un dédale de cloîtres et de corrïdors r sans parvenir à retrouver ceux qu’il cherchait.