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de l'airaire; s^inlbrma, enquêta. On voulut interroger Guobiii, et celui-ci, qui ne pouvait pas concevoir qu'il ne lui fût pas permis de se laisser blesser ou tuer impunément, refusa tout net de répondre.
On finit par le laisser tranquille.
Le plus plaisant est que M. Oscar n'épousa point Louise. Le père de la jeune fille, justement mécontent, fit rentrer la belle au couvent où elle avait été élevée.
Victor rendit un compte détaillé à son oncle de sa mésaventure, de ses instances auprès de Louise pour savoir la vérité sur Fétatde son co^.ur, des mille et une impertinences qu ilavait subies très gratuitement de M. Oscar, sans compter sa blessure. Il finit par demander à son oncle un délai de dix ans au moins avant de se marier. « Je ne suis pas mûr, écrivait-il gaîment, je n'inspire pas de confiance; on n'ose pas me dire
qu'on ne m'aime pas, et Ton m'épouserait quand même, à mes risques et périls personnels toutefois. L'hymen me repousse jusqu'à nouvel ordre, et, je vous en demande pardon, mon cher oncle, je me réfugie dans le culte des arts. Je deviens musicien passionné. Ce me sera un moyen de plus de traiter mes malades : un bel air bien chanté peut être tout puissant contre certaines affections nerveuses. Je veux écrire un traité spécial eX'professo sur ce sujet. Soyez assez bon pour m'aider de ce que votre pratique vous a ap[)ris à cet égard, d
H ne vint nullement à l'esprit de l'excellent homme de faire des rapprochements entre les procédés d'Henri Trouvé et ce que lui avait valu son bel enthousiasme pour la position de la jolie Louise de Bray. Toutes les déceptions du monde ne sauraient changer un noble cœur; et s'il eu
vient a souffrir par trop de sa bonté, de son dévonment; si sa lâche instinctive lui devient trop pesante, c'est à lui seul qu'il s'en prend de l'impuissance de la continuer ; il va chercher au ciel la récompense qu'il n'a pas trouvée chez ses semblables.
En effet , Guébin avait une dernière épreuve à subir pour accomplir, comme chacun, sa destinée.
« Il se faut cnlr'aider, c'est la loi de nature. j>
( La FoNTAinE. )
Tel était le cligne ami auprès duquel Charles de Surval venait s'établir à Montpellier. S'il pouvait choisir un mentor plus austère, il ne pouvait trouver un appui plus sûr, plus cordial.
,f Charles se reprochait de ne pas aller voir son oncle à Grenoble, mais il ne se sentait pas l'esprit assez tranquille, et il n'aurait pas osé confier ses anxiéte's à M. de Surval. Il n'en entretenait Guébin lui-même que pai' boutades et quand il ne pouvait faire autrement. Il s'efforçait de rompre avec son passé, même par le souvenir. 11 demandait au docteur quelle dose d'opium ou
M ursE VIE
deloule autre drogue était nécessaire pour perdre la mémoire.
— La plus mauvaise drogue de toutes, lui répondait son ami, est la plus efficace : le temps est le grand absorbant. Prends y garde avant de l'invoquer : il emporte le bon avec le mauvais, et, si lu y regardais de près, tu reconnaîtrais que lu as plus à perdre qu'à gagner. Je ne connais que tes aventures de Poitiers et de Nice, et ces dames sont foi't bien; puis un bel enfant très vivace existe de par le monde, qui ne te coiUe pas même de frais de nourrice. Si tu en es jamais embarrassé, bien que deux mères se le disputent pour l'adorer, je m'en charge et l'adopte. Mon oncle vient de me laisser une grosse fortune et une clientèle incomparable ; je ne crois pas me marier, ma première passion à cet égard m'a valu de cuisants chagrins, et la seconde, un coup
AlilTlÎE. ils
de pistolet à Tépaule ; Madame Jurey, ma cousine, est maintenant lady Sydney.... Je suis homme à t'acheter ton fils une forte somme : je n'ai pas vu de plus joli enfant. Le sang aristocratique domine en lui, je t'en demande pardon, et, pour le légitimer, j'épouserais au besoin madame de Morphine. Je souffre de la position équivoque de ce cher Emile. L'affection et la fortune ne suffisent pas, il faut un nom dans le monde.
— Tu reviens incessamment sur ce prétendu empoisonnement de Nice, c'est une niaiserie. s
— Tu es un ingrat : tu ne veux pas que je t'aie sauvé la vie. Ne te plains donc pas de ton étoile. Elle va briller ici d'un éclat d'autant plus lumineux. Nos dames sont toutes des de Luciennes et des Malhilde, et elles dérogent à l'envi ; tu vas avoir la vogue
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comme harpiste et comme joli garçon; tiens -toi bien, et fais un ou plusieurs bons choix. A ce soir ion premier concert.
"Le succès de Charles fut très grand. Les élèves se présentèrent en foule.
Il reçut dès le lendemain un billet ainsi conçu : « J'ai beaucoup travaillé la harpe 5> dans mon enfance. Hier, en vous écou- D tant, j'ai pensé à me remettre à cet ins-
> trument, si je pouvais obtenir de vous de D ces leçons longues, profitables, qui font » un artiste en peu de temps. Si vous saviez
> combien je serais heureuse d'être ary tiste!...
» Me comprendrez -vous, monsieur? Je jf l'espère ! j'ai vu sur vos traits que vous D n'aviez pas moins de cœur que de talent. » Je vous attends avec impatience. »
» Clarisse Deglon. »
-^ Ah! s'écrîâ Charles, voilà une demande à laquelle je dois répondre avant toute autre, en première ligne. Ce billet a quelque chose d'un cri de souffrance, et il nie touche jusqu'aux entrailles. Je laisserais de côté dix leçons richement payées pour aller en donner gratis à cette femme, que je ne connais pas et qui m'appelle, il me semble, comme du fond d'un abîme.
Il courut à l'adresse indiquée.
Le quartier était désert; la maison avait un aspect singulier.
Une femme, à visage extraordinaire aussi, vint ouvrir à Charles.
— Mademoiselle Clarisse Deglon?... ditil, le billet à la main.
— Elle est ici.
— Je viens pour des leçons do harpe.
— Je sais, je sais. Je vais vous conduire à mademoiselle Clarisse.
Ou fil entrer Charles dans un petit salon où se trouvait une harpe de peu de prix, et bientôt la nouvelle élève se présenta.
Clarisse avait vingt -trois ans. Blonde, bien faite, distinguée, sa démarche était pleine de grâce; son visage, blanc et pâle, était d*une douceur infinie, mais manquait complètement de fraîcheur et de vie. Un aflreux malheur semblait avoir fané la fleur, à son premier soleil.
Elle salua Charles sans lever les yeux, et lui dit avec un accent, qui pénétra jusqu'au cœur du jeune artiste :
— Le style de ma lettre ne vous a pas déplu, monsieur? Ah! merci de votre empressement. Vous consentez à me donner de ces leçons qui enseignent beaucoup. Je saurai reconnaître...
— Soyez assez bonne, répondit Charles, pour ne pas me parler d'un salaire. Je suis
résolu à n'en pas accepter indistinctement de tous mes élèves. Vous désirez devenir artiste, m'avez-vous écrit : je dois, je veux vous y aider de toutes mes forces. Telle est la première condition démon programme, en m'établissant à Montpellier... A l'œuvre donc,
Clarisse avait les yeux remplis de larmes; elle maîtrisa son émotion et prit la harpe des mains de son maître.
Elle avait beaucoup mieux que des dispositions, elle se rappelait parfaitement les leçons d'un excellent professeur, et Charles n'eut qu'à les lui continuer.
11 y mit un intérêt très grand, au point de refuser les meilleures maisons.
Parfois il oubliait auprès de Clarisse ses élèves des premières familles de Montpellier.
11 n'y avait pas d'amour entre Clarisse et lui, elle n'en inspirait aucun au jeune artiste. C'était un sentiment fraternel, amical,
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et Charles éprouvait un plaisir toujrfftRP' nouveau, quand chaque jour, après la leçon, Clarisse le remerciait en lui disant avec un accent indéfinissable : « A demain, n est-ce pas ? »
Elle semblait lui dire : « Vous reviendrez, n'est-il pas vrai ? Ce n'est pas aujourd'hui mon dernier plaisir, mon dernier bonheur. )) '^
— Je ne vous parle pas d'argent, lui disait-elle après plusieurs mois. J'y ai pensé, il est réellement impossible que vous en receviez de moi. L'or est le mobile tout puissant, on se déshonore }»our Ilî, et il ne saurait payer ce que je vous dois... Vous m'avez fait apporter la harpe que vous tenez de madame votre mère ; celle que j'avais prise à loyer était trop mauvaise.... j'aurais pu peut-être en avoir une autre; mais j'ai horreur d'acheter, de toucher de l'argent...
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Que vous êtes heureux d'avoir une famille, des amis! Que ce bel instrument doit vous être cher! Je crois que mes progrès sont plus rapides sur votre harpe. Oui, j'apprends, n'est-ce pas ? je peux apercevoir un terme...
— Sans doute. Bientôt, vous aussi, vous pourrez vous dire artiste.
— Mon Dieu!...
Charles, sans voir plus loin, sans aucune pensée, lui prit machinalement la main pour la serrer. Clarisse s'éloigna avec une vivacité extrême. ,
— Ah ! vous devez éviter de me toucher, lui dit-elle.
Et ses yeux fixés sur le jeune professeur semblaient vouloir scruter son cœur.
— Mille pardons, lui dit Charles, j'étais loin de vouloir vous offenser.
' - M'ofTenser! vous, monsieur Charles î...
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Vous ne m*avez pas comprise. Que Dieu est bon !
Le lendemain, quand il arriva chez Clarisse, il la trouva jouant de la harpe avec une vivacité fébrile, les yeux fixes sur la pendule.
— Je tremblais que vous ne vinssiez pas, lui dit-elle, en réprimant avec peine un mouvement pour se précipiter vers lui.
— Pourquoi ne serais-je pas venu? Celait à moi seul de craindre de vous avoir
blessée par une familiarité déplacée. Nous autres artistes, nous ne savons pas toujours nous arrêlerà propos, et vous ne tarderez pas à le reconnaître, une fois entrée dans la carrière.
Un jour, Charles l'attendit quelques instants.
Elle accourut dans un désordre, dans
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une exaspération de douleur inexprimables.
Il n*eutpas le temps de 1 arrêter, elle se jeta à ses pieds.
— Pardon, pardon, lui dit-elle. Ah! ne me repoussez pas, ne m'abandonnez pas.
— Il n'y a pas un quart-d'heure que je vous attends, répondit l'artiste. Vous attachez trop d'importance a ce qui n'en saurait avoir aucune. Je suis loin d'être aussi susceptible que vous semblez le craindre, ce serait un grand mal dans ma position. Tous mes élèves sont loin d'être aussi scrupuleux que vous. Les belles dames surtout traitent leur professeur de harpe avec beaucoup moins de cérémonie... Reprenons cet air de Godefroi, auquel vous ne. donnez pas encore le mouvement, l'expression que je désire.
Clarisse le regarda pendantqu'il feuilletait
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le cahier pour trouver le morceau, l'œuvre du maître, et son impassibilité la calma.
Un dimanche, pouvant disposer de son temps, Charles était jouant de la harpe avec elle depuis près de quatre heures.
Cette femme à mauvais vrsage qui ouvrait habituellement la porte, entra et dit grossièrement à la pauvre fille :
— 11 n'y a donc pas de raison pour que cela finisse aujourd'hui ! Mademoiselle doit se rappeler qu'elle est attendue.
Clarisse se leva, pâle comme un spectre, de douleur et d'indignation.
— Sortez, infâme, laissez-moi , dit-elle à la camériste ; venir m'arracher du ciel pour me replonger en enfer!...
La femme sortit, tremblante, et Clarisse tomba sur le parquet, en proie à une affreuse attaque de nerfs.
Charles sonna, appela, et crut devoir se retirer.
-hLg temps s'écoulait, et, à sa honte ou à sa gloire, Charles n'était nullement sur la trace de la triste vérité.
Plus occupé, plu3 à la mode de jour en jour, il ne voyait dans Clarisse qu'une élève, plus intéressante qu'aucune autre, en ce quelle voulait se faire artiste. Il pensait que les scènes, dont il avait été témoin, n'étaient que de ces événements d'intérieur, de ces choses enfin qui se voient partout. L'extrême frayeur de Clarisse de l'avoir blessé en le faisant attendre, pouvait s'ex-» pliquer par sa générosité, son désintéresse^ ment envers elle, et la grossièreté impertinente de la domestique n'avait aussi rien d'extraordinaire. Il avait vu dans maintes grandes maisons des faits non moins bizarres ou nouveaux pour lui. Il n'était pas
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non plus dans son caractère de s'étonner, de se récrier facilement.
11 n'avait pas même eu la pensée de parler de Clarisse à Guébin.
Leurs occupations réciproques ne leur permettaient presque plus d'entretiens intimes ou du moins prolongés. C'était le plus souvent à table ou dans le monde qu'ils se rencontraient, et le docteur, plus causeur .que Charles, prenait volontiers l'initiative et lui parlait surtout philosophie, politique et musique. Il lui demandait toutefois aussi des nouvelles de la santé de son cœur.
— Ma foi! mon ami, répondait Charles, mon cœur n'existe plus , paraît'il , ou il est devenu muet, et je lui en sais bon gré. J'ai été tellement surpris à Perpignan de me voir abandonné par une femme qui, la veille, m'avait demandé de lui consacrer ma vie en échange de tout son amour, que je
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suis tombé dans une espèce de paralysie morale. Le croiras-lu! celte belle Ida, qui vient de faire fureur ici pendant un mois et que j'ai accompagnée à tous ses concerts, m'a offert de Tenlever une seconde fois à sa famille, comme je le fis il y a quelques années à Grenoble, car je suis son premier amour... Eh bien! je n'ai pu oublier qu'elle m'avait délaissé pour un prince russe, à» Baden, et je l'ai remerciée. Je deviens susceptible au superlatif.
— Tant pis, tant mieux ; mais tu es trop jeune pour que la fièvre ne te reprenne pas. Maintenant, dûs en sorte de conserver la clientèle du Sacré-Cœur. J'y ai répondu de loi, et, quoiqu'on ne t'ait accepté que provisoirement et en attendant, on maintiendra le provisoire, si tu ne te conduis pas moins bien qu'une religieuse.
— Je ne troublerai pas le calme de la m ' 7
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sainte demeure : mes élèves ne sont qno d'aimables enfants, que je respecte infiniment... Elles me font un peu lever malin cependant, et je m'occupe de procurer à ces dames une harpiste, qui, comme elles le désirent, habitera dans la communauté même. Je ne serais plus que le surintendant, le directeur suprême de la musique de l'établissement, ce à quoi je tiens beaucoup.
Le lendemain, les deux amis revenaient ensemble du Sacré-Cœur. Arrivés devant la maison de Clarisse, Charles serra la main du docteur et le quitta.
— x\dieu, mon ami, lui dit-il, il est onze heures, j'entre ici : j'y ai une leçon à donner.
— Comment! s'écria Guébin , c'est sans doute une plaisanterie. 11 est impossible que tu ignores..*
— Cest la demeure de mademoiselle Clarisse Deglon, ma première, ma plus forte élève. ?%
^^ — Ah ! ah ! ah! le trait est un peu fort !..» Va à tes affaires, mon cher. Je te garderai le secret sur cet article ; n'en dis rien toimême.
Le docteur s'éloigna, riant et surpris.
^-> — Pauvre Clarisse! s'écria Charles consterné, devinant, comprenant enfin quelque chose de la hideuse réalité. ^^^- "?ïî>^ff w>f * 11 allait courir après son ami ; il avait déjà fait quelques pas... Il revint^ sonna avec force et entra.
— Qu'avez-vous? lui dit Clarisse; votre pâleur est effrayante, vous souffrez évidemment. V^Ht^
— Ne parlons pas de moi, répondit Charles; vous m'avez écrit que vous vouliez être artiste, et c'est pour cela que vous
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m'avez fait venir ici. Vous ne m'avez pas menti; ce serait infâme! %
— Je le jure, c^est mon but, ma pensée, mon seul désir, et vous ne sauriez croire à quel point j'y suis intéressée. Chaque encouragement que vous me donnez, chaque progrès que je crois faire, est un baume sur mon cœur déchiré, et j'attends, comme le condamné le terme de sa peine, que vous me disiez que je puis vivre du produit des leçons que je donnerais.
— Merci de ne m'avoir pas trompé... Eh bien ! vous êtes très capable d'enseigner la harpe, à votre tour, et je me crois sûr d obtenir pour vous les meilleures conditions. Ces dames sont cloîtrées, vous ne serez point exposée à de fâcheuses rencontres... Vous m'entendez, Clarisse, il s'agit d'une maison religieuse et d'y passer votre vie.
— C'est mon rêve que vous réalisez.
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— Madame la supérieure a pleine confiance en moi, et, pour tout au monde, je ne Youcjrais pas lui causer une déception déplorable.
— Ah! je jure par vos bienfaits, par votre noble cœur...
— Je vous présenterai à elle comme ma sœur arrivant de Paris, et vous allez sortir d'ici à l'instant même.
Clarisse était aux genoux de Charles et mouillait ses mains des larmes de la reconnaissance.
— Viens, ma sœur bien-aimée, s'écria Fheureux artiste, oublie à jamais tes mauvais jours ; marche en toute sécurité dans la carrière de l'honneur, mon appui constant l'est assuré... Oui, oui, pleure avec moi : c'est de bonheur, j'en suis garant» Tu souffrais bien , pauvre fille!... je lis dans ton âme.
f Tout réussit au grc de .Charles. Clarisse fut admise au Sacré-Cœur , pour n'en plus sortir, et son maîlre n'y alla désormais que •' de temps h. autre pour donner encore quelques leçons de harpe et enseigner les œuvres musicales les plus récentes à sa sœur. Celle-ci , heureuse au-delà de toute expression de retrouver une existence digne d'elle , fut bientôt adorée de toute la maison. Rien ne lui rappela son passé au sein d'une vie toute consacrée à la religion, aux arts, au travail.
lii Charles était sûr de son ami comme de lui-même, il put tout lui raconter.
— Ah! tu me fais pleurer, moi aussi, et c'est de plaisir, lui dit Guébin. Bien, Charles , tu as fait une belle et honorable action. Sot que j'étais , je riais de toi, et tu es mon maître. Tes instincts valent mille fois mon expérience et ma prétendue
philosophie. Je me bornais a mépriser et fuir le vice , et toi , tu rends le vicieux à la vertu. Piiis-je, hélas! pénétrer entièrement dans le cœur pour y lire, sous la fange, le regret, le remords déchirant dy être plongé !... Merci de la bonne leçon que tu me donnes aujourd'hui , j'en profiterai, et les malheureux, et les vicieux eux-mêmes. Fi delà science railleuse et égoïste! Recherchons le mal pour le guérir et non pour en plaisanter. Res sacra miser. Tu as su découvrir un pauvre cœur souffrant dans un bouge 5 et tu l'en as sorti ; il t'a fallu mes indiscrètes paroles pour comprendre que tu allais quotidiennement dans un lieu que Ton ne nomme pas; la chasteté de ta pensée ne t'avait pas permis de soupçonner le mal. Honneur à toi !
Charles fut justement fier de l'approbation d'un homme aussi distingué que le
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docteur. « Mon oncle a eu raison , dil-il, de me laisser essayer de cette existence excentrique, anormale, que l'on nomme la vie agitée, artistique, de Tépuiser même, fûi-ce jusqu'à l'abus. On y goûte des joies délicieuses, ne fut-ce que cet épisode, et je dois être meilleur, voir mieux , plus sainement ; être tolérant enfin, quand je rentrerai dans la voie commune. »
« Tout esl colifichet, pompon, plaisanterie : » Le monde, tel qu'il est, me plaît à la folie. » (CRKSS8T, le Méchant, comédie.)
Charles, tout en sacrifiant aux obligations d'un homme de cœur , jouissait des relations les plus agréables avec la belle compagnie de Montpellier.
Le soir même de son premier concert , il avait fait connaissance avec le colonel de Luxcuil 5 chef de Tétat-major de la division.
Noble, très noble, issu, de Taveu de tous, de la plus ancienne famille du Languedoc, le marquis de Luxeuil n'avait point hésité à rester au service lors de la révolution de 1850. Il avouait hautement ses obligations envers la branche aînc^e 4^s Bourbons , et
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ne parlait pas moins volontiers de son dévoûmenl à la dynastie d'Orléans.
<f Toujours certain charme m'allirc » Malgré moi vers l'aulorilé, »
disait-il gaîment, en parodiant des vers du ^ vieil opéra de la Lampe merveilleuse. Le colonel avait pour principe de ne mal parler d'aucun prince : il louait , même avec exagération, la fermeté et la sagesse dont le duc d'Angoulême avait fait preuve dans la campagne d'Espagne de 1825, et l'esprit et les réparties du duc de Bordeaux; il ne tarissait pas en éloges sur le compte de Louis-Philippe et de ses fils: il avait porté le deuil du duc d'Orléans pendant six mois. ^11 avait continué à voir les boudeurs, tous ces légitimistes renforcés , fanatiques, comme il les nommait , qui s'étaient éloi-
gnés du gouvernement de juillet. Il ne laissait pas ses amis pour si peu, disait-il. Seulement, il se moquait d'eux, les accablait de sarcasmes, les traitait de niais, de dupes. Il était en possession à Montpellier d'un francparler porté jusqu'à l'excès. II plaisantait le préfet, le lieutenant général, et jusqu'au grave premier président de la cour luimême. Il amusait tout un cercle par ses saillies; il s'attaquait aux abus, aux systèmes, aux sots, aux gens qui ne savaient pas vivre. Ce dernier point n'était pas tolérable, disait-il, dans notre état d'extrême civilisation : l'esprit était plus indispensable que le cœur aux gens qui sont quelque chose.
Le marquis était de toutes les fêtes , de toutes les réunions ; il chantait au piano , aux concerts de chaque lundi chez le procureur général, et courait de là au bal chez le vieux duc de Lucenay, le plus prononcé
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des légiliniistes. Si ramphytrion le raillait sur sa cocarde tricolore ; « Eh , mon cher duc, répondait-il, vous la reconnaissez donc? C'est en effet celle que vous portiez , le 20 mars 1815 au soir, lorsque vous allâtes aux Tuileries, féliciter le grand homme sur son heureux retour. Madame la duchesse m'en a fait présent, quinze ans plus tard, lorsque vous hésitiez encore sur le parti à suivre ; vous l'aviez conservée , m'a dit madame de Lucenay, avec un respect religieux. Vous finirez par la reprendre, et je vous la conserve à mon tour. Quelle folie de tenir à telle ou telle couleur ! Est-ce ma faute, à moi, si ce bon Charles X s'est retiré. à Rambouillet, devant la canaille de Paris, qu'un seul des régiments de la 'garde aurait suffi pour exterminer dans les plaines de Coi-^ gnières? J'en ai eu grand regret, je vous jure, pour l'honneur de Tannée, parce que
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vous nraccoi'dercz qu'il ne convient pas que (le braves soldats cèdent le champ à la populace, à la lie de l'émeute; mais je vous .prie de m'accorder aussi que je n'étais pas dans l'obligation de suivre les trois généralions de rois en Ecosse , en Bohême ou en Autriche. Mon père fît ainsi la sottise d'émigrer en 1 79i , et il s'en est mordu les doigts, au moins jusqu'à cette glorieuse loi d'indemnité de 1825, ce chef-d'œuvre de toutes les lois du monde, cette merveille d'une sagesse supérieure à celle de Solon, de Lycurgue et autres , qui sont l'honneur de l'antiquité, et pour laquelle j'ai fait élever une statue, vous le savez, à votre ami M. de Villèle, dans le parc de mon vieux château, où je ne vais jamais.
— Impossible d'avoir votre dernier mot, répondait M. de Lucenay, tout en riant en dépit de hii, Si je vous laisse faire, vous al-
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lez me débiter vos quolibets accoinumcîs sur l'Empire, la Restauration, et voire même la révolution , que vous n'honorez pas plus que le reste, malgré son actualité. Eh ! servez Dieu et le diable !...
— A votre instar , cher duc. Les hommes ont été les mêmes dans tous les temps. Qui n'a sacrifié à Baal ! Je vous concède que l'Empire justifiait mieux Tapostasie que ce que les Parisiens appellent leur glorieuse. Militaire, je ne puis me défendre de donner la préférence au Napoléon delà guerre sur son frère le pacifique , quelque peu usurpateur du trône de son neveu, sans compter Temprisonnement anti-chrétien et tous ses accessoires, de la duchesse de Berry à Blaye. Ce sont là faits de princes , c'est à dire de gens à conscience large, qui voient les choses en grand... Vous êtes témoin que je n'en parle pas , que je m'incline , dans
mon infimito. On ne peut se tromper en si haute position, et j'en pense comme vous... Ah ! vous valez mieux que moi. Hélas ! je n'ai cueilli que les palmes du Trocadero, si un sous-lieutenant peut en cueillir à. dixsept ans. C'est là toutefois ma recommandation auprès de vous : je suis un des restaurateurs de Ferdinand VII, de cet excellent roi, qui n'embrassa Riégo que pour mieux rëtouffer, quelques mois plus tard. Voilà un prince modèle! Il se fut coiffé du bonnet rouge , au besoin, sauf à faire pendre, à l'aide de l'étranger , jusqu'au fabricant de son couvre-chef de circonstance.
— Ah! ah! ah!... vous ne respectez les rois non plus que la canaille.
— Il y a fagots et fagots , comme dit Molière.
-f,^ — A qui, à quoi croyez-vous donc?
— Je crois au charme, à l'enivrement
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de la jeunesse, au plaisir, à la fortune, aux délices d'être aime d'une jolie femme; je crois à la patrie , au saint amour du sol , à rindépendance nationale.
— Occupez-vous uniquement des délices, que je conçois , d'être aimé de la jolie femme... Voilà la belle comtesse do ï.orency, qui semble vous attendre pour la valse. Elle doit vous fixer, celle-là.
— Aussi me fixe-t-elle.
— Pour combien de temps ?
— « Tout finit, tout se renouvelle, » La peine ainsi que le plaisir ; » Et, l'amour, passager comme elle, » N'est bientôt plus qu'un souvenir. »
— Allez, vous n'êtes pas digne de votre bonheur.
— Madame la duchesse m'a dit absolument la même chose, mais dans d'autres
Af.rrÉE. il!»
circonstances, et il y a déjà bien longtemps, dit à demi-voix le marquis, en s'éloignant du vieux duc.
Le colonel éprouvait le besoin de bien vivre, d'être familier avec les notabilités de toute espèce do Montpellier. Lorsque Charles se fut fait entendre, à son premier concert au théâtre, M. de Luxeuil courut dans les coulisses et marcha droit au jeune harpiste, en lui tendant la main.
— Soyons amis, monsieur, lui dit-il, je vous en prie. Vous avez un merveilleux talent, et je veux que le salon de la comiesse de Lorency soit le premier où vous vous ferez entendre à Montpellier. Ce nous sera un honneur et un plaisir infini à tous, et franchement vous nous devez cela, car vous n'avez pas dans toute la salle de plus fervents admirateurs. Vrai, c'est bien, très bien. Orphée ne pouvait mieux faire : il est impos-
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sible qu'il chaniât aussi bien que vous, quand il attendrit Plulon et compagnie.
Vous trouverez certainement autant d7:Mridîces que vous en désirerez. Nos belles dames viennent de vous applaudir de leurs blanches mains, et je vous félicite en leur nom. Accueillez, je vous prie, leur ambassadeur, et accordez à la plus belle la faveur de diner demain chez elle. Madame de Lorency vous y invite par ma voix, et je suis heureux de ce message auprès de vous.
Permettez aussi au messager d'espérer que vous ne vous refuserez pas à ses avances empressées. Je me pique d'être bon musicien, et je serai flatté de m'exercer avec vous. Nous autres exilés du ciel parisien, nous ne devons négliger aucune occasion de nous retremper dans l'atmosphère du goût et du génie, dont les artistes sont les missionnaires. Le bel état que le vôtre, monsieur! C'est
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îîi sente, la véritable noblesse. La ihîennc me fait pitié, et je me refuse à en reconnaître une autre que celle des talents. Il y a bien aussi celle de la beauté, mais la vôtre lui est encore supérieure.
Charles ne pouvait répondre que très poliment à des paroles flatteuses jusqu'à l'exagération. Il accepta l'invitation, et alla de suite en remercier la comtesse, à sa loge.
Madame de Lorency avait à peine trentequatre ans, et sa beauté n'avait rien perdu de son éclat. Remarquable surtout par une expression de douceur et de bonté incomparable, elle était fort aimée à Montpellier, mais par des motifs tout différents de ceux qui avaient fait adopter le brillant colonel. Celui-ci était étourdissant de gaîtc, de saillies; la belle comtesse était essentiellement inoffensive, et n'avait que d'obligean-
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les paroles, même pour les gens qui lui insi)iraient le moins de sympathie. Ou ne pouvait ou n^osait mal parler d'elle : la médisance se taisait ou n'insistait pas sur son compte. On avait dit bien bas que peut-être un beau général espagnol s'en était fait aimer du vivant de M. de Lorency, et' que sa fille ressemblait étonnamment au noble duc de Las Frias ; on disait encore que M. de Luxeuil compromettait Taimable femme par ses indiscrétions; mais la comtesse remplissait si exactement ces devoirs de société, qui sont ce qu'on exige des indifférents; elle trouvait moyen de vivre si bien avec son curé; son oncle l'évêque l'aimait si tendrement; elle rendait de si bons soins à la vieille baronne, sa mère ; elle satisfaisait si rationnellement aux convenances, en faisant élever sa fille dans la première maison d'éducation de Paris; elle tenait son hôtel
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avec tant de magnificence ; son château était u!i séjour si agréable, que toute Faristocratie s'accordait pour laisser la belle comtesse disposer à son gré de sa personne.
Le monde aurait trop à faire s'il devait entrer dans ces détails d'intérieur, où rien d ailleurs ne saurait être authentique et certain. Le veuvage a ses privilèges reconnus, et la liberté individuelle est tout ce qu'il y a de plus respectable. A quoi servirait d'avoir un beau nom, une grande fortune !
Sous ce dernier rapport, la comtesse était encore dans son droit, La fortune de sa fille était immense, et elle en avait l'usufruit légal jusqu'à ce que la belle Élise eut atteint l'âge de dix-huit ans. A la vérité. Élise touchait à ce terme, ûxé par elle-même, pour sa sortie de la maison des Dames an-
glaises, où elle so plaisait, où elle elaît adorée.
On s'inquiétait à Montpellier du retour de la jeune comtesse. On ne voyait aucun parti qui put prétendre à sa main, dans toute la province. « Quelque grand d'Espagne viendra nous l'enlever, disaient les mauvaises langues, pour la rendre à sa patrie originelle. On la dit fière, majestueuse, d'une beauté toute solennelle et quasi
royale Eh bien ! qu'elle s'en retourne
par delà les Pyrénées. »
Charles, toujours modeste, sans gaucherie, parfaitement accueilli chez la comtesse, y sut plaire autant par son esprit que par goûtaient. La première impression, si décisive en tout, lui fut entièrement favorable. C'était à qui des plus grandes dames chanterait avec lui ou s'en ferait accompagner.
Le colonel en était particulièrement engoué. II lui parlait avec un abandon, ou plutôt avec une indiscrétion singulière. Il aurait perfectionné Tédiication commencée par madame de Luciennes, si Charles avait eu les dispositions d'un roué ; m.ais, loin de là, en quittant Lux:euil, il allait donner une longue leçon de harpe à Clarisse, sans autre pensée que de la faire artiste. .
— Vous devez penser que je vous fais ma cour, lui disait le colonel après un déjeuner splendide, fait en têle-à-tête.
— Je iie vois pas la moindre raison pour cela, répondait Charles : je ne suis pas une jolie femme, et vous ne sauriez avoir besoin de mes services. Si, par merveille, je pouvais vous être agréable, n'hésitez pas h parler, à ordonner : je dois être tout à vos ordres, et j'y suis.
— La musique est la reine naturelle du
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monde. L'harmonie, c'est-à-dire laccordde plusieurs êtres, comme de plusieurs instruments entre eux, est quelque chose de surhumain.
« On parle de l'harmonie des puissances de l'Europe, cela ne nous regarde pas directement, et je laisse faire. Parfois j'ai goûté l'harmonie du canon, et à défaut de l'artillerie impériale, dont je regrette de n'avoir pas connu le ton, j'ai entendu avec plaisir celle de la Restauration au Trocadéro, et voire môme celle de la révolution de juillet aux deux expéditions de Constantine. Mais je ne fais ici une invocation qu'à l'harmonie que vous pouvez établir a vous seul. Votre harpe est celle de David : elle doit faire crouler des obstacles, au premier aspect insurmontables, de même que celle du saint roi faisait tomber les murs, les remparts des forteresses. Vous ne savez pas
l'empire d'une sonate, la force cVun air varié, et je ne veux pas vous le dire eutièremenl, en raison du danger possible pour moi - même. J'ai maint exemple d'élèves, qui ont vaincu, surpassé leurs maîtres. J'ai bien été tenté de vous demander un service, comme on s'en rend mille dans le monde, service qui ne se refuse jamais, par l'excellente raison que le bénéfice le plus clair, le plus actuel, est pour celui qui oblige ; mais j'en viens à avoir des scrupules, moi qui ne savais pas ce que c'est, moi qui professais qu'il faut marcher à ses fins par la ligne la plus courte. Je vieillis... L'entreprise, à la vérité, est vaste, gigantesque; le but à atteindre est infini, le succès me rendrait fou. Je n'ose m'y lancer seul, et vous seul aussi pouvez m'y aider, en raison d'une circonstance particulière.
— Eh ! parlez, monsieur le colonel . Il s'agit
donc de votre foriunc, tout au moins?
— Oui, mon ami, il s'agit d'une fortune épouvantable, que je voudrais faire mienne par le moyen le plus légitime du monde. Élise de Lorency, ou de Las FriaSy si vous voulez, d'après la chronique, est arrivée hier à Montpellier. La voilà sortie de jiension avec une magnifique éducation, une beauté merveilleuse, et l'orgueil inséparable d'une haute naissance. Elle est forte de la tendresse de son aïeule, la vieille baronne; la comtesse et moi, nous sommes quelque peu tremblants devant elle, soit par le sentiment commun de nos fautes quelconques, soit uniquement parce que madame de Lorency ne s'est pas astreinte seulement aux exigences maternelles, et que moi-même je nourrisse au fond du cœur quelques bonnes ou mauvaises pensées, tout est relatif, qui me mettent mal à l'aise avec la fille et la
mèro. Il faudrait donc établir ou rétablir riiarmonie...
— Je vous en demande pardon, dit Charles en éclatant de rire, vous n'êtes pas clair le moins du monde, monsieur le colonel.
— C'est possible, je ne dis pas non; Taffaire est fort compliquée ; mais ne m'avez-vous pas dit que vous étiez avocat ?
— Ce n'est pas une raison pour que j'aie l'intelligence plus facile.
— Bref, ces dames s'établissent au château de la comtesse, aux portes de la ville, à une lieue à peine. 11 faut que vous vous y
• établissiez avec nous. Vous viendrez à Montpellier quand il vous plaira, dix voitures seront à vos ordres; vous aurez belle et nombreuse compagnie; ne craignez pas l'ennui. En retour, aidez-nous à tenir la reine Élise en belle humeur. Je ne redoute
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rien tant que de voir celle majesté froncer le sourcil. Or. sa haulcsse, il m'est impossible de dire : Élise ou Mademoiselle de Lorency tout court, sa haulesse, sa grandeur, tout ce^que vous voudrez enOn, excepté une jeune fille de dix-huit ans ; sa Majesté, dis-je, est une harpiste distinguée, passionnée. Il faut Tentendre sur ce chapitre !... Nous lui
^ avons vanté vos talents, et elle nous a signifié qu'elle voulait en juger ce soir même. Je vous proposerai de vous placer seul dans le petit salon, de manière à n'être pas troublé, bouleversé, abattu, confondu, annihilé par le regard de son Altesse, Puisque je ne
% saurais le supporter, moi qui me pique d'a- ^. voir vu la guerre d'amour sous toutes ses faces, sans forfanterie; moi qui ai remporté plus de victoires dans cette carrière que Napoléon lui-même sur les champs de hataille, il est probable que vous aurez la
fièvre au seul aspect de la déesse, vous quasi conscrit, presque à vos premières armes, sans doute.
— Mon cher colonel, mon dévoûment pour vous me donnera du courage^el je jure de ne pas fléchir. Je ne suis pas aussi novice que je vous semble, j'ai même rencontré de rudes adversaires; j'ai lu d'ailleurs dans l'histoire de l'Empire que des conscrits avaient enlevé les redoutes les plus formidables, à leur première apparition au champ d'honneur. Je veux, à mon tour, vaincre ou succomber dans cette campagne, j'y mets ma gloire. Voyons : que désirez-vous? je me sens capable de tout pour sa Majesté; que dis-je ! pour vos intérêts.
— Bravo! le docteur m'a bien dit que vous aviez du lèu, de l'ardeur, qu'il ne fallait qu'une occasion digne de vous... Eh bien, mon ami, je voudrais épouser Élise.
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— Vous voulez!... c'est le sujet du drame que l'on jouait hier au théâtre, la Mère et la Fille ^ sujet éminemment moral, disait-on près de moi... Je n'ai peut-être pas tout compris.
— Cela se voit tous les jours, mon cher Amphion, cela est passé dans nos mœurs. Le petit train, si fou, si aimable, du monde galant, est absolument sans importance. Ce sont de légères chaînes de fleurs, que l'on peut réciproquement rompre à volonté. On peut, on doit même vivre ainsi jusqu'à trente ans...
— C'est aussi la manière devoir de mon oncle.
— Monsieur votre oncle est un homme d'esprit, qui connaît et juge bien l'état social. On doit, dis-je, vivre ainsi, tout en regardant autour de soi , et si l'on découvre une occasion de se faire une brillante posi-
lion, de se (îxer dans la vie, on laisse le plaisir pour la fortune.
— 11 en faut donc beaucoup de fortune ?
— Oui, mon cher, après trente ans. Jusque-là on peut à peu-près s'en passer, et rëtat, la profession d'homme aimable, a bien ses agréments. On est aimé, et Ton trompe les anciens trompeurs, les vieux roués; on leur joue mille tours pendables, et les plus forts, les plus noirs sont les meilleurs ; on a toujours les rieurs de son côté.
-— Mais les procédés, Thonneur...
— Rien de semblable, nulle obligation en cette matière : cela est reconnu, passé en jurisprudence mondaine. Je n'ai pas
4:especté la femme de mon meilleur ami ; j'étais dans mon droit, puisque j'étais aimé. Qu'importe, en effet? Je vois dans chaque
salon vingt l'emnies qne j'ai aimées, et je n'en ai que des souvenirs si confus, que je ne i)Ourrais rien préciser de mes rapports les plus intimes.
— Madame la coYnlesse vous aime de toute son âme.
— Oui, cela est dans sa nature, et il paraît qu'elle n'a pas moins aimé M. de Las Fî'ias. Ce premier amour, car le conjugal ne saurait compter, ce premier amour devait même éire le meilleur, puisqu elle n'avait alors que seize ans. On est précoce dans cette famille; on cite encore à cet égard la vieille baronne, sa mère...
— Les procédés, je le répète.*.
— J'en ai, mon cher; j'en veux avoir, en combler la comtesse. C'est pourquoi j'implore votre aide, votre appui. Vous allez avoir seul du crédit auprès de Son Al^ tesse; elle va subir votre joug musical. Elle
ne manque pas du tout de mérite comme harpiste; elle se lance hardiment dans la difficulté; mais, au moindre faux pas, ou si une corde se brise, la tète se perd, et elle abandonne tout. Vous, au contraire, vous avez Taplomb du professorat. Votre sangfroid dominera la fougue andalouse... Sa Majesté n a rien de sa mère... Eh bien ! vous ferez mon éloge, vous me fierez valoir quand je chanterai, quand je dirai, comme souvent, un mot neuf ou spirituel. J'avais pensé à me mettre à la harpe, mais le mécanisme en est assez difficile, et j'aurais peutêtre la main un peu raide. Nous verrons.
— La comtesse?...
— J'avais pensé à vous engager h lui faire la cour; mais c'est un moyen usé, indigne de moi; je me fais fort du consentement de madame de Lorency. Il n'y a de
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difiiculté rëelle, redoutable, que de la part de la reine Élise ; c'est là qu'il faut diriger toutes nos batteries musicales, artistiques. A ce soir donc, et disposez-vous à la vie de château. <•-....
Charles ne s'y refusait nullement et loin de la. Le colonel Tavait tant entretenu de la beauté d'Elise, qu il brûlait d'en juger par lui-même, qu'il n'était que trop enclin à la trouver charmante.
Il avait fini par oublier Gabrielle, dont la fuite lui était restée inexplicable; madame de Luciennes s'absorl^ait dans l'amour maternel ; Ernestine et Lucette se consolaient ainsi ou autrement; Ida ne s'était que peu offensée de son refus de la suivre dans sa course européenne ; Mélite Perrier, vieillie, fatiguée, était venue tomber au théâtre de Montpellier et avait été heureuse de recevoir six. cents francs de la main de celui de
qui elle avait eu le premier amour, pour aller tenter la fortune sur une autre scène..
Elle avait remercié Charles a sa manière, à son départ.
— Reconnais-tu, mon ami, lui avait-elle (lit, que j ai eu raison de ne pas t épouser, il y a six ans, à Bruxelles?
— Non, ma belle Mélite; je ne saurais Raccorder que notre séparation ait été un bonheur pour moi.
— Merci, mon ami, de la galanterie, plus encore que de ton^ or, que j'accepte toutefois sans hésiter , parce que je connais ton cœur; mais mon traître de miroir est plus véridique que toi. L'avenir me rit moins, s'il ne m'inquiète. .,a
— C'est modestie mal placée de ta part; adresse-toi en tout cas à ton ancien ami; tu as failli me faire mourir à la peine ou
de la peine cVamoiir, mais tu étais adorable; tu as séduit mon vieil oncle lui-même. C'est riiez lui, à Grenoble, que tu me retrouveras à Tocoasion. La vie artistique m'est sans doute encore enivrante ici, mais la fièvre continue est dangereuse, quoi qu'on en ait. Je dirais volontiers comme toi : mon avenir se rétrécit.
Charles avait réduit sa fortune d'un tiers dans son voyage avec Ida , et par l'achat de sa garde-robe de théâtre; son séjour à Nice lui avait coûté fort cher, et il dépensait toujours beaucoup plus qu'il ne gagnait à Montpellier. 11 avait donné une belle harpe à Clarisse, à son établissement du Sacré-Cœur ; il craignait parfois les investigations pécuniaires de M. de Surval, à sa rentrée au sein de sa famille.
— Mon portefeuille se vide insensiblement, disait"il à Guébin.
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— Cela prouve, à la fois , Ion bon cœur et l'invasion de la sagesse ; tu l'es refusé à une nouvelle fugue avec Ida, répondit le docteur, et c'est un trait digne de Caton, sans compter que tu es en train de faire une religieuse de Clarisse, la... harpiste. Ne crains pas de manquer d'argent, mon ami; si Alfred de Ruillé t'arrache ton dernier billet de banque, pour faire danser Adèle à Madrid , en escomptant la succession de M. de Saint-Aubin, tu me vendras ton fils. J'y tiens par continuation, à cet enfant, dont je suis bien incontestablement le premier ami, puisque je l'ai reçu du sein maternel, alors fort agité d'un fait toxicologique tout récent.
— Eh ! tu es monomane de toxicologie... Je ne sais pas bien comment je pourrais établir mes droits paternels à l'égard de ces belles dames, et je te les céderais, que tu
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n'en pourrais, je crois, obtenir livraison. Mâthilde m'écrit que sa tante m'arracherait les yeux, et qu'elle-même en vient à dire comme madame de Luciennes.
— Cela promet. Notre ami Jules avait raison : les anges deviennent des démons en vieillissant. Milton explique cela dans son Paradis perdu,,. A propos de Jules, il se félicite de son mariage avec Florestine; Fouilieul n'est pas moins heureux avec sa Bretonne, et voilà Marie Jollivet qui s'établit aussi à Rouen. Il n'y a plus que nous de célibataires de notre petite troupe à huit, et je jure , pour ma part... à moins que les intérêts d'Emile...
— Moi, je ne jure de rien. Je me surprends l'amour au cœur pour une femme que je n'ai jamais vue. Oh! c'est- un amour royal, une Majesté!,,.
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•te
- — J'avais bien prévu que ton cœur se remettrait en campagne.
— Oui, je suis fort disposé à battre la campagne, puisque j'aime sur parole.
— Cela a quelque chose de romantique.
Pour aimer fort et longtemps, retarde Tentrevue le plus que tu pourras.
— Non , parbleu ! je brûle d'extravaguer.
xxxm
i( Quand les ordres du ciel nous ont fails l'un pour l'autre, » C'est un accord charmant, bientôt fait que le nôtre. » La langue, en peu de mois, en exprime beaucoup ; » Les .YCux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup, » Et de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent, » Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent. »
(P. ConHEILLE. )
On attendait Charles avec impatience chez madame de Lorency. 11 salua la comtesse, puis sa fille assise à ses côtés ; il rencontra le regard d'Élise.
— Ah ! se dit-il , en s'inclinant une seconde fois involontairement devant la jeune comtesse, elle est réellement bien belle !
— Au fait, dit le colonel, mademoiselle sa Majesté, ajouta-t-il tout bas, désire jouer ce duo avec vous. Aux armes.
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Charles s'empressa crapprocher, d'accorder les deux harpes. Le duo était fort joli, très brillant, surtout pour la première parlie, dont naturellement Élise se chargeait. L'artiste était heureux de son rôle secondaire et se tenait sans aiïeclation h distance, s'effaçant, se bornant à accompagner.
Le colonel avait bien défini la manière de la jeune comtesse. Elle jouait un peu à rétourdie, sans tenir complètement compte de la mesure, se dépitant à la moindre erreur, tyrannisant parfois son instrument.
Charles souffrait lui-même des petites fautes qui désolaient Élise, et les couvrait avec un art merveilleux. Deux cordes se brisèrent à la harpe de la belle comtesse, et celle-ci s'arrêtait désespérée. « Veuillez continuer, » disait Charles, en lui passant la sienne avec tant de rapidité que l'harmonie était à peme mterrompue.
Bientôt les cordes élaicnt replacées, il reprenait à accompagner avec la même abncgalion, et Elise ne s'emportait plus.
— Voici la meilleure, la plus profitable leçon que j'aie jamais reçue, lui dit-elle en se levant et en lui présentant spontanément la main, pour qu'il la reconduisît près de sa mère.
— Ne parlez pas de leçon, mademoiselle, nul ne saurait avoir la prétention de vous en donner. Jamais la harpe ne résonna plus harmonieusement que sous votre main.
— Merci, reprit-elle avec un sourire charmant. ^
11 y avait peu de monde chez la comtesse on était en petit comité, les intimes seuls avaient été appelés à fêter l'arrivée de la fille de la maison.
Madame de Lorency se plaça au piano po.iir faire danser.
Le colonel invitait Élise 'pour la contredanse.
— Non, dit la jeune comtesse, ce sera, si vous voulez, la prochaine; je danse celleci avec mon maître. Vous ne me refuserez pas, n est-il pas vrai? dit-elle à Charles.
— Je m'en garderai bien, répondit Tarliste, ah ! c'est trop de bonheur.
Charles savait trop bien vivre pour abuser d'une faveur qui l'étonnait lui-même.
Il parla musique et laissa le plus souvent l'initiative à sa belle partner.
Le bouquet d'Élise tomba vers la fin de la contredanse ; Charles le releva avec vivacité pour le lui rendre.
— Je sens que je devrais me mettre à genoux, lui dit-il a demi-voix, mais je n'ose, je crains de mal faire , de vous blesser
en quoi que ce soit, et j'aimerais mieux mourir.
— Vous n'avez rien de semblable à redouter, répondit-elle.
— Eh bien! dit le colonel triomphant, prenant Charles sous le bras, et Femmenant au jardin; je l'avais prévu, prédit, vous voilà tout puissant auprès de sa Majesté.
— Je n'ai jamais rien vu de plus beau, reprit Charles, et j'ajouterai que je n'ai jamais été l'objet de procédés plus polis et plus obligeants. Où donc aviez-vous vu que la jeune comtesse était fière, hautaine, d'humeur difficile?
— Sa conduite, ce soir, est sans importance et ne prouve rien.
— Comment! comment!
' — Allons, que l'orgueil artistique ne se gendarme pas, personne plus que moi, vous le savez, n'estime, n'honore les talents ;
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je veux dire simplement que la noble demoiselle peut se permettre à votre égard des manières familières, qui seraient de'place'es avec tout autre. Il est clair que vous ne prétendez pas épouser ses cinq cent mille francs de revenu.
— Je ne dis pas...
— Vous n'êtes donc auprès d'elle que mon homme d'affaires. \ous tenez mes intérêts, vous parlez pour moi, et si je ne connaissais voire susceptibilité, je vous promettrais un magnifique cadeau de noce.
— Adieu, colonel.
— Je ne vous laisserai pas vous retirer; soyez assez bon pour accompagner madame de Lorency. La voilà au piano, jouez de la harpe avec elle, c'est une harmonie délicieuse; faites grand bruit. J'ai vu la comtesse s'inquiéler de mes assiduités auprès de ea fille, et cependant, je dois le
dire, Élise m'écoute à peine; vous venez de voir avec quel sans- façon elle me traite. Elle m'a refusé la première contredanse pour aller vous Toffrir!
Charles remarqua en effet Tinquiétude de madame de Lorençy, et il en souffrit. Il s'assit près d'elle, et, pour la distraire, il l'engagea à commencer la contredanse, et l'accompagna de fantaisie avec un talent remarquable.
Élise regardait incessamment du côté de l'orchestre, ne prêtant aucune attention aux galanteries du colonel. La contredanse terminée, elle accourut au piano.
— Yalsez avec ma mère, dit-elle en passant à Charles, et elle joua de suite une valse.
Charles s'empressa d'inviter la comtesse, qui accepta machinalement, encore émue, agitée»
Élise donnait des ordres ou autant vaut, à l'artiste le plus naturellement du monde, comme si elle Tavait connu depuis longtemps, comme s'il ne pouvait penser à s'y refuser. Charles n'hésitait nullement aussi à céder à l'impulsion. Le despotisme le plus ,absolu d'une femme jeune et belle est le plus légitime, le plus irrésistible.
Charles encouragea Élise à accompagner le piano sur la harpe, comme il avait fait, et lui donna quelques instructions, qu elle saisit parfaitement.
— C'est un jeu, lui dit-il, vous allez l'éprouver, livrez-vous à vos inspirations, en partant de ces thèmes tout faciles. j
La jeune comtesse y prit un plaisir infini, et fil merveilles : aussi reçut-elle des compliments de tous ; elle était heureuse , Uattée.
— Voilà une de mes plus agréables soi-
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rées, et c'est à vous que je la dois, dit-elle au jeune artiste. Vous m'en accorderez d'autres semblables, n'est-ce pas?
— Qui ne serait à vos ordres, à vos pieds !
Il se retirait, le cœur tout plein de l'image d'Élise, fort disposé à extravaguer, comme il en avait prévenu son ami.
— Bonsoir, monsieur Charles, lui dit une femme de cinquante ans, aux vêtements étranges, avec un accent particulier.
Charles la regarda, surpris, et remarqua son regard, à la fois énergique et bienveillant. C'était la première fois qu'il apercevait cette femme chez la comtesse.
— Vous ne connaissez pas encore la vieille Inès, la fidèle nourrice, la gouvernante dévouée d'Élise, continua la matrone; mais nous sommes appelés à nous voir souvent, et il faudra bien que vous
m'aimiez, car vous me plaisez, et je sens que je vous aimerai.
— J'accepte le pacte d'alliance, répondit gnîraent l'artiste, en tendant la main à la vieille andalouse; je conçois et j'approuve fort le dévoûment et la fidélité à la jeune comtesse. Elle peut compter dès ce soir sur un féal serviteur de plus.
— J'en étais sûre, reprit Inès, il y a des physionomies sur lesquelles la destinée entière d'un noble cœur est écrite, et je m'y retrouve, m'y reconnais à la première vue.
» Adieu, mon fils.
— Adieu, ma mèret dit Charles en s'éloignant de plus en plus pensif.