‹ Une vie agitée (volume 2)Chapitre 8 sur 9 · S56 UNE VU · texte numérisé non relu

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forUlistingnées, hier, devant noire première chambre; le barreau m'en a fait compliment, et Ton te pardonne ton origine républicaine, ce qui est le plus grand éloge que tu puisses recevoir de la part des conservateurs ; enfin , il est incontestable que tu chantes merveilleusement.... On m'a déjà prévenu que la magistrature parisienne, si je n y prenais garde, t appellerait dans son sein. Reste avec moi, mon ami. La république, que j'ai adoptée crainte de pis, me frappera de quelque décret de mise à la retraite, qui avancera fort la fin du vieillard. Fais lui compagnie jusque-là. Tu pourras aller voir tes amis de ces derniers temps pendant les vacances, et t'occuper tout doucement de te marier. L'exemple de ton ami Jules doit te tenter, je ne connais pas de plus heureux ménage. Madame Floresiine était -elle réellement comédienne avec vous ?

— Oui, mon cher oncle, et cVune vivacité qui allait jusqu'à reffervescence, mais pleine de cœur, d*esprit, de dévoùment. Je ne sau^ rais assez m'en louer, et c'est grâce à elle et à Jules que je suis resté si longtemps au théâtre. Il ne m'était supportable qu'avec eux. Aussi, j'aime à les voir chaque dimanche à leur campagne, et je leur sais gré de leurs procédés pour vous, comme de leur amitié pour moi.

— Madame Perrief est venue ici , me rendre, disait-elle, la visite que je lui avais faite à Bruxelles. Je lui ai offert le secours de ma bourse, a tout événement, sachant que ces chères dames ne sont jamais fort riches, si même elles le sont assez ; elle m'a gracieusement remercié, en me disant que tu lui avais récemment fait un beau cadeaui à Montpellier. Je lui ai donné a manger plusieurs fois, et elle me nommait gaîment son cher oncle, riant par continuation de

ta fantaisie m a Iri moniale a son dgard.

— Cette fantaisie, comme vous dites, est,' je crois, générale. Tous mes amis se marient à Tenvi : voilà le docteur Guébin, de qui Jules vous a tant entretenu, marié, a sou tour, et de la façon la plus étrange.

— C'est cependant, parait- il, un homme de mérite et de grand savoir.

— On ne peut davantage. Eh bien ! il se marie par originalité, pour s'éprouver, je crois, sous un dernier rapport, par scepticisme enfin.

— Folie pure. C'est se noyer pour savoir comment on meurt. J'ai sans doute vécu en vrai poltron, mais ma pensée, qui n'a pas laissé de vagabonder aussi, n'a jamais été jusque-là. Il est à craindre que le docteur ne finisse ou n'ait fini par une sottise, ains. qu'il en est souvent pour les esprits trop eu. rieux ou exaltés. Tu sais l'histoire de ce

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philosophe qui tombe à l'eau en s'efTorçant (le lire par delà les nuages.

— Oui, et je vous dois, mon cher oncle, de voir plus juste, au moins pour mes amis. A la vérité, les plus grandes bizarreries miroitent autour de moi. Vous ne sauriez croire combien je lutte en ce moment avec Alfred de Ruillé, pour l'empêcher de se ruiner à Madrid, en Thonneur d'une adorable petite folle, la plus jeune des demoiselles de Ray, que vous avez connues dans la maison que j'habitais à Bruxelles. La position est difficile, en ce que je suis loin d'être ennemi à Adèle, sans doute par cela même qu elle m'a causé mille misères. A Nantes, où elle était avec sa sœur sous ma tutelle, elle m'a valu un coup d'épée,et, depuis, à Perpignan, on a pu croire qu'elle était ma maîtresse, et la femme la meilleure, la plus inoffensive que j'aie connue, en aura cruellement souffert; maintenant Alfred a tantôt épuisé ce qu'Ida m'a

laissé de la succession de ma digne mère : il me doit trente mille francs, et il prétend que je dois negocieravecM.de Saint-Aubin^ pour que le marquis lui continue le subside que je lui fournis depuis trois ans...

— Je te sais gré de jouer ainsi cartes sur table avec ton oncle, et je te félicite de Tétat de tes finances. Lors de la visite de la belle Ida, dont je fai parlé; lorsque la jeune canlatricevint, le plus naturellement du monde, me demander de tes nouvelles, elle ajouta, les yeux baissés, qu'elle avait de grands torts envers loi et que tu lavais fait voyager en reine, prodiguant Tor et les billets de banque. C'est là Tune des graves difficultés de la vie agitée, et lu t'en es sorti à bon compte, puisque tu as un débiteur, bien loin d'avoir des créanciers. Je t'aurais pardonné un déficit plus considérable, et je le comblerai à ton mariage. Je dois l'avouer ma faiblesse ou mes scrupules sur cet article,

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et tu en riras, toi, qui es maintenant aguerri : je m'étais doute que tu ëlaisle coupable du rapt de la petite Mauclair. Je n'en disais rien, bien entendu, n'étant pas parfaitement convaincu qu'il y ait obligation d'épouser celle qui n'a pas craint de désespérer, si ce n'est, de déshonorer, sa famille. J'y pensais encore avec anxiété, lorsque, après trois ans, Ida, toute brillante, couverte de diamants, me dit t'avoir quitté pour un prince russe, beaucoup plus riche que toi... Elle résolvait ainsi la question de tes devoirs envers elle, et ma conscience en fut soulagée, au moins sous le rappoi t matrimonial. La belle enfant est magnifiquement pensionnée, et si jamais la Russie faisait faillite, tu ne manquerais pas d'y suppléer.

— Je suis tout à fait dans ces sentiments.

Abstraction fiûte d'Ida, envers qui la morale du monde t'a dégagé, tu as, je crois, k Montpellier, des liens fort étroits.

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— Oui, mon cher oncle, el j'allais vous ciienlretenir, carj'appi ends par le Moniteur^ que le grand obstacle à mon bonheur vient d*être levé dans ces de'plorables jonrnces de juin, à Paris. Voyez, lisez : « Le colonel de Luxeuil a été tué, le ^25, dans le faubourg Saint-Antoine, d Cela est d'un intérêt immense pour moi.

— Ne m'avais-tu pas dit que M. de Luxeuil avait demandé du service en Afrique?

— Je l'y croyais en effet, mais il en sera revenu avec l'honorable général Cavagnac, son ami. J'ai déjà écrit au docteurpour savoir à quoi m'en tenir. Je ne vous cacherai pas que c'est madame de Luxeuil que je voudrais épouser.

— C'est une bien grande dame, et fort riche, si je me rappelle bien tes lettres.

— Elle est encore plus belle que riche.

— Ne te presses-tu pas un peu? A peine sait-elle qu'elle est veuve.

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— Sa douleur ne saurait être graiulc.

Son mari réel n'était pas en litre. C'est un mariage à trois, si Ton peut parler ainsi, une histoire compliquée jusqu'à l'incroyable. Tous les romans ne sont pas imprimés.

— Le décorum exige une année de deuil tout au moins, surtout de la part d'une marquise. Celle-ci dérogera en t'épousant.

— Vous oubliez que nous sommes en république.

— J'oublie toujours, en effet, et c'est de mauvais augure pour la stabilité du régime. Marquise pour marquise, au surplus, j'avais pensé pour toi à la jeune nièce de M. de Saint-Aubin.

— Je n'ai plus osé y penser moi-même, mon cher oncle , à la fin de mon séjour à Nantes. Mademoiselle de Ruillé assistait à cette scène, dont je vous ai entretenu, lorsque nous avons eu la fantaisie de rentrer au théâtre de Nantes, le premier octobre, et

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que le bon public, si bienveillant jusque-là, a lait un bruit desordonne et a voulu nous imposer de folles conditions, avant même de nous avoir revus. Philosophiquement, cela n'était que sot ou bêle; mais, aristocratiquemcnt, l'hésitation du parterre était peu flatteuse, et j'ai tremblé que mademoiselle Léocadie ne se le rappelât trop.

— Oui, oui, tu as raison. On ne saurait être assez susceptible sur certains articles. La marquise ne se rappellera-t-elle pas aussi le professeur de harpe ?

— Oh! mon Élise est harpiste elle-même, et elle sait que c*est ma mère qui m'avait enseigné. Je n'ai pu manquer de lui dire que j'apprenais la vie à Montpellier, beaucoup plus que je ne cherchais à gagner de l'argent. J'ai fait dans cette ville une action qui doit y favoriser tous mes projets : une pauvre femme se nommait Clarisse, comme nia mère; elle était malheureuse, plus mal-

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heureuse que Dieu ne saurait infliger à sa créature de Têtre... Je l'ai donnée, rendue au ciel : j'en ai fait une sainte, et l'ombre de ma mère m'a souri. Oh! il ne manque à mon mariage avec Élise que d'être consacré par le maire comme il l'est déjà de Dieu : voyez ma bague d'alliance; dans un an, il ne lui manquera plus rien.

— C'est bien, mon neveu. J'approuve fort que tu places tes espérances sous le patronage d'une bonne action. Que la marquise devienne ma nièce devant M. le maire, autre pationage, nécessaire, même sous le gouvernement républicain. Si madame de Luxeuil hésite à déroger, nous fouillerons dans nos archives, et je me rappelle que mon père m'a dit qu'en cherchant bien, nous y trouverions des lettres de comte. Nous descendons d'une souche méridionale.

— On m'a, en effet, demandé à Montpel-

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lier si je nV'tais pas orii^inairc du pays, et je liai pu répondre, n'y attachant, au surplus, aucune importance. Mon ignorance m'aura été avantageuse. Dans ma lettre de Nantes à madame de Lucien nés, pour lui demander sa main, je me suis dit simplement noble ou autant vaut, et ma présomption Fa fait se récrier et me repousser bien loin. Si j'avais connu à quel point je pouvais être à sa hauteur de naissance, je m'en serais targué pour flatter sa marotte; elle m'aurait pris au mot, et je crois, après trois an^5 sans vouloir du mal à mon ami, que mieux me vaut que la comtesse soit madame Guébin. Le docteur a plus de caractère que moi.

» Oui, quel que soil un jour le sort de nos liens, » S'unir à ce qu'on aime est le premier des biens. •

( DESFoncRS.)

Guébin porta les procédés pour la comtesse jusqu'à cesser immédiatement l'exercice de son état et à n'en pas prendre le titre dans son contrat de mariage. Il quitta Montpellier fort peu de jours après, pour passer Tété en Poitou et Thiver à Paris.

Il écrivit à Charles pour lui apprendre qu'il était, lui, Guébin, il ne se le dissimulait pas, un homme perdu pour l'amitié. Il lui donnait à entendre que la comtesse ne désirait pas qu'il continuât ses rapports avec Charles. « La chère dame est fort exclusive et veut absorber mes affections de toute espèce, écrivait-il. Elle jalouse jusqu'à mes

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caresses à Emile. Je ne me croyais pas capable d'inspirer une passion aussi forte, et nous sommes ici, cachant notre bonheur dans les pâles campagnes poitevines. Sors-toi comme tu pourras, mon cher, de tes affaires de Montpellier. Je n'ose ou ne puis plus m'en mêler en quoi que ce soit. Emilie pourrait le trouver mauvais. »

Élise e'crivit spontanément les lettres les plus rassurantes. < Aussitôt que les délais seront expirés, disait-elle à son ami, je tiendrai toutes mes promesses, sans autres conditions qu'un silence absolu sur la supériorité possible de ma fortune ou de ma noblesse. Ton état , ta position , ton pays me conviennent, et je les adopte comme ton nom, que je porterai avec une juste fierté. Ma mère le sait et m'approuve. j>

La marquise de Luxeuil est, en effet, madame de Surval, et la vieille Inès, heureuse d'avoir accompli ce qu'elle appelait sa tache,

est retournée dans son village aux portes de Séville.

— Je nai plus rien à conibatlre, à surveiller, à désirer, a-t-elle dit à ses enfantSy en se séparant d'eux , malgré les instances les plus pressantes. Votre amour éprouvé m'est garant de votre bonheur. Il m'assure aussi votre souvenir. C'est ma récompense, je n'en veux pas d'autre.

Post'Scriplum.

Le seul chagrin que Charles ait éprouvé depuis son mariage est la réception d'une lettre toute récente de son ami.

« Mon cher, lui écrivait Texcellent docteur : noire petit Emile est charmant par continuation, et je l'adore; mais sa tendre

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mère est insupporlablc, et je n*y puis plus tenir. Je Tavais deviné, prévu, et je ne voulais pas ajouter à mes mérites auprès de toi en t'apprenant que je Tépousais pour l'enlever la possibilité de l'épouser toimême. Aujourd'hui je puis te dire la vérité et me faire valoir impunément.

Mon devoir est rempli, et je me suis décidé, après grande réflexion, à recourir au moyen tout-puissant que tu voulais employer à Poitiers, lors de l'abandon de Malliilde. Je ne saurais mieux faire. Adieu, mon ami. »

riN.

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