‹ Une vie agitéeChapitre 10 sur 15 · G8 UME ME · texte numérisé non relu

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prenant, et le négociant Tourangeau aimable et riche.

Fouilleul et Jules * voulaient insister et rester à Blois, Guébin, qui sentit que le magistrat municipal avait parfaitement raison, empêcha ses amis de répondre, et fit, au contraire, des apologies.

Jules était d'ailleurs plus llatté qu'humilié de l'allocution du maire.

— Je défie le diable et tous les traineurs de sabre qui marchent à sa suite ! dit-il ; ce iu'est pas ma faute si je n'ai pas déjà tué un colonel, M. Darville, qui ne m'a échappé que grâce à Charles.

(( Sans crainte, ainsi que sans audace, » L'homme est Dieu sur la terre et tout-puissant en soi. fi Lfhomme, s'il a du cœur, est toujours à sa place,

» Qu'il soit pûlre, histrion ou roi. »

O maire est hii-mèm-v v.n homme d'cs-

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prit, de qualifier noire conduite de chevaleresque ; Fouilleul a été admirable d'énergie, et je donnerais dix ans de ma vie pour avoir pris, comme lui, Finitiative. C/est ainsi qu'il faut faire, et que je continuerai à faire; respectons dans le comédien notre individualité et celles de nos amis. Ah! messieurs de la cabale ^ je suis avide de l'occasion de vous braver, à mon tour. Honte à qui baisse la tète devant vous. On l'a dit : Combien fàut-il de sots pour constituer un public ?

« L'amour, ce petit Dieu, qui fait par sa puissance, » Exlravaguer r*dolesccnce. »

( AnSEADME).

Le maire de Blois, désirait que la petite troupe partît de nuit. Ces messieurs prétendirent que cela était attentatoire à leur liberté, à leur dignité, et ils quittèrent Blois, comme ils se Tétaient promis, en plein midi.

— Nous aurions fait injure à ce beau soleil de décembre, dit Fouilleu), et je deviens romantique , rêveur , comme si j'avais soixante ans. Mon cœur les a par sa fiUigue et ses souvenirs ; il est vieux, vieux comme... Fimmensité. J*ai quelque chose du comte de Saint-Germain. Je crois avoir vécu au temps du déluge, avant Jésus-Christ tout au moins.

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J'ai connu Jeanne d'Arc, j'ai été blessé près d'elle à la bataille de Beaugency; j'ai enseigné le clavecin à la Pompàdour, et chanté avec madame Laruette.

Leurs amis les officiers de hussards recommandèrent les artistes à leurs camarades les dragons de Tours, et tout s'y passa le mieux du monde. Ils s'étaient engagés pour trois mois à Poitiers, à partir du premier janvier, et déjà, au lendemain de Noël et le carnaval commençant , ils se félicitaient de n'avoir pas appris que les cbarmanles actrices eussent été l'objet d'une tentative même de séduction au chef-lieu d'Indre-et-Loire.

Hélène était en scène chantant délicieusement le Billet de Loterie, de Nicolo.

Madame Duval avait, à tort ou à raison, pleine confiance en la sagesse de Charles, qui, toujours au souvenir d'Ida, était réelle-

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ment plus grave ou sérieux queGuébin luimême, el plus fraternel qu'aucun ])Our Hélène. Elle le prit à part et lui dit l'embarras où la mettait depuis huit jours la poursuite d'un jeune homme qui envoyait chaque malin à Hélène les bouquets les plus galants et les lettres les plus passionnées.

— C'est, dit madame Duval , l'associé ou le principal commis du plus riche négociant de Tours. Il passe devant la maison peu après Tenvoi de ses missives, et, curieuse de le voir, j'ai encouragé, bien contre mon gré , ses espérances, en entr'ouvrant le rideau de la fenêtre d'Hélène, sans me montrer le moins du monde. Il a cru que ma fille était sensible à sa belle passion , dont cependant elle ne se doute pas, et il écrit qu'il l'attend demain à souper chez lui , à sou hôtel sur le quai. La porte cochère sera ouverte, et il traitera Hélène en reine, avec;

tous les égards et les respects dus à sa beaulé, h ses talents, etc. Ma fille se lève fort tard, et j'ai pu lui cacher lettres et bouquets ; mais notre amoureux menace do son désespoir, si sa flamme n'est pas couronnée, et voilà ce qui m'épouvante. Comment faire?... Tenez, le voilà à sa place accoutumée, dans la première loge à gauche. Heureusement Hélène suit à la lettre la recommandation de M. Guébin, de ne jamais porter les yeux hors du théâtre : sans cela elle aurait aperçu depuis longtemps les mines du galant. Madame Jurey et Florestine en rient, et j'ai eu beaucoup de peine à les empêcher d'en amuser, comme elles disent, Hélène elle-même. J'aurais peur, moi, que ma fille ne prît au contraire cela au sérieux, et je crois que le plus sûr est de lui cacher l'extravagance de ce jeune homme. Encore une fois, comment faire?

— IVahord, rassurez-vous, lui dit Charles, sur les suites du désespoir du joli garçon. S'il sujette à l'eau, c'est son affaire particulière. Vous ne quittez non plus Hélène que son ombre, ainsi je ne vois pas comment notre galant pourrait l'approcher. Je vous accompagnerai du reste pour venir au théâtre et vous en retourner, et je vous garantis de toute scène fâcheuse.

I.e lendemain , madame Duval fit lire à Charles Fépître quotidienne. Le galant se refusait à mettre en doute qu'Hélène acceptât l'invitation pour le soir, tant il aimait , etc.

Madame Duval était furieuse, indignée; elle menaçait de s'enfuir avec sa fille.

— De grâce, calmez-vous, madama, lui dit Charles. Je vous jure de couper court aujourd'hui même à des démarches qui vous blessent avec raison. J'irai chez ce

AfilTÉK. n&

monsieur, et lui arracherai , à quelque prix, que ce soit, la [)romesse solennelle de ne plus troubler en rien voire repos.

Charles fit part de son embarras à Jules et à Fouilleul.

— N'est-ce que cela? dit Jules. Je mé charge de la procuration que madame Diival t'a âonnée , et je jure de ne compromettre en rien la vertu d'Hélène et notre honneur à tous.

Charles savait à quel point il pouvait compter sur ses amis ; toutefois, honteux de leur laisser les dangers possibles de cette aventure, il se dirigea, sans trop savoir ce qu'il ferait, vers l'hôtel du jeune négociant, à l'heure indiquée pour le souper.

Neuf heures sonnaient lorsqu'on ouvrit les deux battants de la porte cochère ; sans doute Hélène était attendue en voiture.

Presque au même instant , Charles vit

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venir deux femmes d'une tournure singulière, voilées, et drapées dans de grands châles.

A peine étaient-elles entrées que les domestiques*se mirent en devoir de refermer la porte. L'arrivée d'une chaise de poste ne leur en laissa pas le temps. Le postillon pénétra dans la cour, et un homme, qui parlait en maître, descendit de voiture, exprimant sa surprise de voir l'hôtel si brillamment illuminé.

Bientôt ce fut un mouvement extraordinaire, les valets couraient de tous côtés, ne sachant à qui entendre; des éclats de rire retentissants arrivaient jusqu'à Charles; les deux dames, toujours voilées, descendaient l'escalier à la hâte avec le monsieur arrivant , qui semblait leur faire de vaines instances, tout en riant lui-même, pour les retenir; les rieuses franchissaient enfia le

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seuil , et Charles reconnaissait, à leur gaîié folle , SOS amis Fouilleul et Jules, vêtus avec une élégance merveilleuse des plus beaux atours (le Florestine.

— Peste soit de riniportun ! quel beau souper nous manquons là î dit Jules , allant à Charles et lui prenant le bras... Allons , Fouilleul, dis notre mésaventure. Je suis désolé de quitter mon rôle de jeune demoiselle , j'y étais à ravir.

l'ouilleul raconta à Charles leur complot de se présenter au jeune négociant sous des habits de femme. « S'il est homme d'esprit, il nous donnera à souper, et rira le premier et plus fort qu'aucun de notre travestissement, disions-nous. Si, au contraire, il se fâche, il aura tort, et nous le prierons très sérieusement nous-mêmes de ne plus chasser sur nos terres; car, en bonne morale,

les actrices ne doivent aimor que leurs ca- 1 12

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