‹ Une vie agitéeChapitre 13 sur 15 · XII · texte numérisé non relu

XII

« No crede puellis. »

(Térence.)

« 0 femme, 6 femme ! nul » animal créé ne peut, dit-on, » manquer à son instinct : le » tien est-il donc de troni- » per ! »

(Beaumabcbais, le Mar riage de Figaro, comédie.)

Peu de jours après le récit qui précède, M. le marquis entra un matin de bonne heure chez Charles.

— Étes-vous à ma disposition, mon ami?

dit M. de Saint-Aubin à l'artiste, avec sa familiarité habituelle. J'ai besoin de vous.

— Je suis parfaitement à vos ordres, et surtout bien heureux de vous voir chez moi; mais, hâtez-vous, monsieur, de me faire savoir le motif de rhonneur que je reçois :

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vous avez quelque chose de grave et de solennel qui perce, me senible-t-il, sous Fair de Jjonté qui domine en vous à mon égard, et je ne me consolerais pas d'une peine quelconque que vous pourriez éprouver ; du moins j'y voudrais porter remède, fut-ce au prix de tout mon sang.

— Je le sais, j'en suis persuadé , mon jeune ami, et c'est ce qui justifie ma démarche. Yous allez comprendre aussi que je m'adresse à vous, et non pas à mes neveux :

D Vous me trouvez plus sérieux que de coutume... Oui, quelque philosophie dont on se targue, et si longue expérience que l'on ait de la vie, on est impressionné, le pauvre vieux sot de cœur pâlit... Bref, j'éprouve un vif chagrin, et pour en perdre ou atténuer le souvenir, s'il est possible, je viens implorer votre aide, que J3 sollicite calme et impas-

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sible, pour liquider de suite et à jamais une mauvaise affaire.

> Ne m'interrompez pas, laissez-moi dire, celte fois encore, et surtout agir :

> Je ne chercherai pas à m'excuser ou non auprès de vous, parce qu'il vous faudrait avoir mon âge pour juger la question.

> Quoi qu'il en soit, à tort ou à raison, par un reste des mauvaises habitudes de Paris, si vous voulez, nonobstant la dure et mortelle leçon de mon voyage avec Elda, j'ai... ou plutôt j'avais pris ou fait une maîtresse à Nantes; jolie personne de vingt-cinq ans, accorle, spirituelle, fort agréable. 11 en est ainsi des hommes sols ou faibles, au cœur aimant quand même, qui sont jeunes après l'âge, in extremis enfin. C'est sur eux que les femmes apprennent, s'exercent à tromper ; c'est sur eux qu'elles se vengent des' infidélités de leurs premiers amants. Il est

ainsi un adorable échange de procédés, de bien et de mal.

> La triste réalité est encore sensible au plus fou, et je n'en suis pas à comprendre que je ne saurais plaire a une jeune femme, par moi-même, quel que soit son bon vouloir. La délicatesse me dit aussi que tout For du monde ne vaut pas une caresse, et ne saurait payer rien de ce qui ressemble à Tamour.

» En outre de merveilles, de procédés, de discrétion, de... générosité surtout, je me suis fait bien complètement son égal , son ami... Que n'aurais-je pas donné pour faire oublier mon acte de naissance!... Mais, je le savais déjà, Tesprit le plus aimable et le plus bienveillant, les efforts les plus intelligents pour plaire, ne peuvent compenser la différence d'âge.

• Celui qui a vécu pérore, moralise, quoi

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qu'il en ait. Il a vu, appris ce quil faut, ce qui est ;lésirable dans les dernières années de l'existence, et il voudrait que celle qu'il aime, suivît le sentier, qu'il regarde comme le bon, le meilleur. La jeune fdle, au contraire, ne voit que le présent. La vieillesse lui semble à un siècle de distance, elle ne pense pas la jamais voir arriver, et tout ce qui l'annonce l'attriste. Elle nomme morale, c'est à dire ennui , dans son vocabulaire, tout discours sérieux. L'homme à son déclin, chose singulière, parle plus que le jeune homme : il serait honteux que la conversation languît, et malheureusement il n'a plus le même esprit que sa jolie partner pour l'entretenir, l'occuper, l'intéresser.

1 Louise, c'est son nom , a le cœur et le bon goût d'apprécier ce qui est bien ; elle a aussi assez de raison pour continuer la vie de travail. L'oisiveté, l'antipathie d'un

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labeur honorable sont, plus que la misère même, ce qui plonge ces infortunées dans la fange; mais Louise est à Tâge où les passions sont irrésistibles, et une existence paisible, aisée sans cloute et assurant son avenir, ne pouvait lui suffire.

» Victor est fort joli homme, grand, bien fait, beau parleur, lurons et il a lui-même vingt- cinq ans. Ses yeux ne sont pas moins éloquents que ses discours; s'il sont moins corrects , moins châtiés , moins flatteurs même que les miens, il a Tattrait infini de la jeunesse, et porte le mieux du monde l'uniforme de sous-lieutenant au 24® régiment léger.

» S'est-il informé de la posi lion de Louise ? L'enlever à un homme de mon âge lui était, en tout cas, un fait de bonne guerre. La grisetle appartient exclusivement aux jeunes gens. Après quarante ans l'on est en dehors

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de la vie galante, et rhérilage paternel est convoité jusque-là. Victor na nullement pensé à ce qu'il fait perdre a Louise, et encore moins à son impossibilité de lui en offrir la compensation. Il plaît, il est aimé, il est dans son droit, il a raison.

ï Le charme est tout -puissant pour Louise, en raison du contraste même. Elle entend parler sa langue naturelle, et ses heures , passées avec Victor , sont délicieuses; mais le supplice était grand lorsqu'il fallait me consacrer à moi-môme quelques instants. Tromper est plus qu'une difficulté et une mauvaise action pour quiconque a du cœur, c'est aussi une peine extrême.

Louise a trop de noblesse d'âme . pour avoir pu y tenir longtemps. Si fort que lui déplaise ce qu'elle appelle la morale, elle a compris et retenu de celle que lui prodiguait son vieil ami , qu'il est pardonnable de ris-

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quer son bonheur, son repos personnel, mais que l'on ne doit rien compromettre de ce qui est à autrui, surtout à qui nous aime.

») Elle a senti quelle faisait mal, que sa folie e'tait absurde, qu'elle se rejetait, contre toute raison, dans le champ de l'incertain, ou plutôt dans la certitude de n'avoir d'autre asile que l'hôpital pour sa vieillesse...

>y Voici ce qu'elle m'a écrit : < Il serait indigne de moi d'abuser plus longtemps de vos bontés.* J'aime, et je dois dès-lors cesser mes rapports avec vous, avec vous, si bon, si parfait pour moi !... Je vois toute l'étendue de ma faute, de mon ingratitude, et mon cœur se brise en vous écrivant, .mais le sort en est jeté : je vous supplie de me pardonner, de m'oublier. »

î Quoi qu'on dise de la force d'un premier amour, un dernier est peut-être encore bien plus puissant, plus exalté. L'on v tient

comme à un dernier bonheur. Où retrouver ce ciel, ces délices de l'exislence que l'on goûtait d'autant plus, qu'ils ne sauraient être que par exception le partage du soir de la vie !...

» Je sens vivement, et je suis assez malheureux pour aimer Louise, beaucoup plus peut-être qu'au premier jour de notre liaison. J'adorais ce qui était bien elle, je m'efforçais de ne lui voir que des qualités ; j'étais à genoux devant un mot affectueux ou simplement obligeant ; je me flattais d'avoir développé en elle un aimable et bon esprit. Pour tout au monde, je n'aurais rien exposé, compromis des intérêts de ma jeune amie, et je me vois délaissé, congédié !... Pauvre enfant ! ta franchise est louable. Oui, lu n'es pas faite pour tromper ! et puis, tu en conviens, tu ne laisses pas de regretter ton vieil ami. Moi seul en effet t'aimais

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comme tii mérites detre aimée. Notre liaison était mieux qu'une de ces intrigues de chaque jour. Dieu m'avait confié une orpheline à protéger, et j'avais tout au moins la mission de ne pas te laisser tomber plus

bas !

> Je ne saurais être aussi indulgent pour ^ le séducteur de Louisf?. Sans doute je redoute fort le ridicule on le bruit qui s'attache en province à ce qui fait événement, à ce qui sort du train ordinaire; je sais qu'un sexagénaire que l'on apprendrait avoir provoqué un jeune homme pour affaires féminines, serait un fou qu'il faudrait lier ou exiler. On dit bien, entre autres lieux-communs, qu'il faut respecler les vieillards, mais ce n'est pas, paraît-il, dans ce qu'ils ont de plus cher... l.e coup m'est porté depuis quelques heures, et j'ai pu m'informer de mon heureux rival, il liuit s'attendre à tout

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dans une position anormale .. J'ai été heureux (le savoir avec qui j'avais à inuter. 11 serait sans exemple qu'un ofTicier français se refusât à un cartel et à en garder religieusement le secret.

« Vous êtes intelligent de mes sentiments, de ma position, de ma résolution... Victor demeure non loin d'ici, dans la maison de M. Guébin... >

— Je n'hésile pas à vous suivre, mon honorable ami, répondit Charles, en se levant et prenant son chapeau; mon Dieu ! je vous comprends, et je vous accorde que c'est comme vous qu'il faut faire. Oui, la jeunesse ne saurait avoir tous les privilèges : il faut se défendre à son égard. L'homme à épaulettes vous a fait, non pas injure, mais beaucoup de peine ; il vous a blessé dans ce que vous appelez justement une illusion, un bonheur infini... Moi-même, en position

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semblable, j ai eu soif de vengeance î... j aurais fait bon marché de ma vie.... Peut-être il peut y avoir à dire à cela, avec Montaigne, que le temps est un grand guérisseur; mais il marche lentement pour qui souffre, et je crois que du sang peut accélérer sa marche. Ils arrivèrent chez M. Victor, qu'ils trouvèrent dans le plus beau désordre, fumant et faisant des armes avec un camarade.

— La fortune nous favorise, dit le marquis à Charles.

Un jeune galant connaît toujours celui qu il trompe ou qu*il supplante, et le souslieutenant rougit de trouble ou dVmiotion, en reconnaissant son malheureux rival. Jl s'empressa de reprendre sa redingote d'uniforme, s'excusant de son déshabillé, .uii

— Au contraire, lui dit M. de Saint-Aubin, je vous trouve en costume tout convenable à mes projets... Au fait, monsieur : sauf à

rehausser d'autant plus votre gloire, je conviens que vous m'avez causé une peine cruelle. Le tour que vous m'avez, joué, et que vous jugez sans doute excellent, m'est, à moi, détestable... La vengeance peut me soulager jusqu'à un certain point, et donner, ne fût-ce que pour un temps, un autre cours à mes idées. Je ne puis que gagner à me battre avec vous... Je crois que je veux vous tuer.

— C'est sans doute une plaisanterie, répondit Victor, en s'efforçant de sourire avec ironie.

— Pas le moins du monde, reprit le marquis, car, vous le voyez, je suis accompagné d'un ami, d'un témoin, et nous avons, en bas dans ma voiture, des armes de toute espèce, pour parer à tout délai, à toute remise. Fort heureusement, voilà l'un de vos camarades, qui ne saurait se refuser à vous as-

sister, et vofre honneur m*est garant de votre discrétion. Je vous jure, en retour, la plus absolue de noire part : tout se passera le mieux du monde.

— Je ne sais si je dois...

— JVi réponse à tout, dit M. de Saint- Aubin, en se dépouillant de son habit. Vous êtes tenté de me jeter mon âge à la tête. Mieux aurait valu y penser plus tôt. Aujourd'hui mon âge ne saurait alarmer votre délicatesse que s'il entraîne la débilité de ma main... A l'œuvre donc.

En disant cela, le marquis saisit un fleuret avec une aisance parfaite, et se posa fort régulièrement sous les armes en face du sous-lieutenant.

— Vous le voulez absolument?... dit celui-ci. Ce n'est pas toutefois sans répugnance... "^

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— Soyez parfaitement tranquille, reprit M. de Saint-Aubin.

11 s'avança résolument, et, après avoir ébranlé Victor par les coupés les plus brillants, avec une vivacité toute juvénile, il partit d'un coup droit classique, et toucha son adversaire en pleine poitrine. Sans s'arrêter, il continua l'attaque, et atteignit, deux fois encore en une demi-minute, le jeune officier, par des moyens différents, à peu près au même point,

Victor était cramoisi de honte, d'humiliation.

Le marquis acheva de l'exaspérer en lui disant :

— Si votre honneur n'est pas rassuré à mon égard, monsieur, je vous offre de me rendre raison au pistolet.

— Trêve à toute raillerie, répondit Victor furieux, en saisissant 8on énée et celle de

son camarade déposées dans un coin, et les présentant au choix de M. de Saint-Aubin : en garde :

Le marquis en prit une au hasard, sans hiisser aux témoins le temps d'intervenir.

Victor attaqua en énergumène aveuglé par la rage, et son adversaire n'eut qua tendre le bras pour lui porter une nouvelle botte fort dangereuse.

Le jeune officier chancela, et, soutenu par son camarade, alla tomber, privé de sentiment, sur son lit.

— Charles, hâtez-vous d'appeler votre ami le docteur^ et envoyez-le au blessé, dit M. de Saint-Aubin en sortant avec le jeune artiste.

— Guébin, prends ta trousse, et monte vite au second étage, à droite, sur la cour, dit Charles entr'ouvrant à peine la porte du gros garçon , qui chantait, accompagné au

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piano par madame Jurey; surtout, n'interroge ni ne dis mot.

Le docteur n'avait pas besoin qu'on lui dît les choses deux fois; il fut bientôt près de Victor.

Le marquis était déjà en voiture, et il ordonnait à son cocher de gagner l'hôtel au galop.

— Je crains que nous soyons en retard pour le déjeûner, dit-il à Charles, en lui tendant la main pour qu'il reprît place près de lui. Je vous charge aujourd'hui de causer pour deux avec mes neveux. Je fais appel à l'un de vos aimables accès de gaieté , de folie... Le sang m'est toujours solennel, quoique je ne fusse pas, hélas ! à en répandre pour la première fojs. Le duel est une des cruelles nécessités de notre état social, et il n'y a que les poltrons ou les imbécilles à dir^ le contraire; sans doute il ne répare rien

et ne corrige personne, il n'importe toutefois : il faut se battre, c'est là une de ces vérités de cœur, de sentiment que la raison ne saurait démontrer.

— Je suis de cet avis, dit Charles, mais je plains surtout les témoins du duel. Vous venez, sans reproches, monsieur, de me vieillir de dix ans en dix minutes.

— Je le sais, je vous crois ; mais c'était aussi pour vous une des exigences de vos rapports avec moi. L'existence n'est qu'une suite de bizarreries semblables, et nous souffrons beaucoup plus encore par ou pour autrui que par ou pour nous-mêmes. Mes neveux sont charmants, et j'adore ma petite Léocadie. Je pouvais être heureux en bornant là mes affections... Eh bien, il a fallu que je fusse assez absurde pour faire de nouveau une maîtresse... Il m'est arrivé... comme à trente ans, car tout est tricherie,

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au jeu d'amour, et le coup d*épée que je viens de lui donner ne changera ni M. Victor, ni ses pareils... ni Louise. Il est encore possible que je retombe en cas semblable, sauf même chance.

u Allons, allons» j'ai la fièvre, et vous pardonnerez mes divagations. Vous me voyez, mon ami, en pleine jouissance des plaisirs de la vengeance. Qu'en dites-vous ?... Fi d'eux, quant à moi ! Ils ajoutent, je crois, à Pamertume de la perte que j'ai faite. Un sourire de Louise valait mieux. Ah ! je mourrais de honte et de douleur de mon habileté à l'escrime, si je l'avais acquise pour me faire duelliste. Vous le savez, c'est pour me distraire, pour des motifs de santé, et pour exercer mes neveux, que j'ai conservé des habitudes d'armes. Ce pauvre jeune homme aura cru avoir affaire à un maître, et je tremble que sa blessure ne soit fort

dangereuse... Je jure de ne plus loueher épée ou pistolet. Cela ne convient point à mon âge, la vieillesse doit être passive. Mon cœur aussi est plein d'amour, et je m'elTorcerai de ne plus aimer. Pitié de la fin de la vie ! Le seul sentiment qui puisse la rendre chère nous est interdit. Sans vous, sans Fagrëment infini de votre séjour à Nantes pour mes neveux , je les emmènerais voyager. Ici, je dois craindre d'être assez faible, assez lâche, pour aller demander pardon à Louise d'avoir blessé son amant. Peut-être solliciterais-je de nouveau son amour !... Elle me repousserait, n'est-ii pas vrai ?... Mon ami, il vous faut la voir. Portez-lui ces deux mille francs en or, et obtenez qu'elle aille retrouver sa mère a Paris. »

Us arrivèrent à l'Iiôtel. Les jeunes gens les attendaient dans Favenue. Ils furent frappés de la pâleur du marquis.

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— Ce n'est rien, dit celui-ci, reprenant son sang-froid, j*ai mal dormi, j'étais mal disposé, ce malin, et je suis allé, pour me remettre, causer théâtre avec Cliarles. Nous avons négligé Fart pour la philosophie, et j'ai été heureux de trouver notre ami à ma hauteur. Nous sommes d'accord sur un point fort important; mais ïa discrétion de mon interlocuteur m'a laissé pérorer par trop exclusivement, et j'en suis fatigué. A vous la parole, mes enfants : parlez musique, et que Léocadie me chante ses plus beaux airs au dessert. Je crains que Charles ne soit pas en voix : ma faconde l'aura absorbé.

Charles était en effet fort sérieux, lors de sa visite à Louise, qu'il trouva en proie à la plus vive indignallon coiUre M. de Saint- Aubin. Elle avait deviné que le marquis était Fauteur de la blessure de Victor, et elle épancha une haine affreuse contre son

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vieil amant. Elle ne voulait nullement s'cloigner, quitter Nantes, et Charles ne savait s'il devait se dessaisir de Tor dont il était chargé. Puis elle se ravisa, et, se rappelant (fue le ^4® régiment allait en garnison à Paris, elle s'engagea à s'y rendre, lorsque Yictor serait parfaitement rétabli, bien entendu, ajouta t-el le impudemment.

Charles apprit de Guébin que Victor ne pourrait pas voyager avant un mois, et, en rendant compte de sa mission au marquis, il glissa sur la restriction que Louise avait mise a Tacceplation des deux mille francs,

M. de Saint-Aubin profita plus qu'il ne l'avait espéré de la leçon que Louise lui donnait. Confiant en Charles, il ne s'informa pas, et n'eut pas la nouvelle douleur d'apprendre que son or avait été dépensé à Nantes à payer les dettes de M. Victor, et que si Louise avait pu suivre son officier à

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Paris, Il rexlrême regrol de celui-ci, c'était à l'aide de la bourse de Charles.

— Chose singulière ! disait Fartiste, c'est moi qui venge peut-être le mieux M. de Saint-Aubin. Mettre cette folle sur les bras de Victor est faire à celui-ci un j)lus mauvais tour que lui donner un coup d'é()ée. Ce garçon n'est pas plus méchant que tout autre, et je l'ai presque pris en amitié, aux visites que je suis allé lui faire par procédés ; mais je dois protéger par dessus tout les intérêts de l'honorable gentilhomme.

Le jeune officier disait gaîment a Charles qu'il aurait dû, en compensation de la part qu'il avait prise aux faits du marquis, se charger de Louise, et qu'à ce prix il s'engagerait à lui verser les deux mille francs sur la plus prochaine succession qu'il ferait.

— Vous en auriez regret, répondit Chailes.

— Non, j'en jure. Vraiment M. de Saint-

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Aubin est un raiïiné de vengeanco. Que j*(3pouse Louise, si je m'attaque désormais à la maîtresse de tout marquis, comte ou baron 1 Mes instincts étaient tout anti-aristocratiques, et vont le devenir bien davantage. Ah ! qu'ai-je lait ! Si je n'espérais rendre ma belle au sein maternel à Paris, je me brûlerais la cervelle. Ici la peine est exorbitante, hors de toute proportion avec la faute, et je mérite le prix Monthyon.

Charles s'attendrissait sur le sori de cet amant heureux. <r Voilà donc, se disait-il, l'amour d'une grisette, et à deux égards !... Méiite ne m'a pas fait pis. Ida et Mathilde elles-mêmes !... Marie, ce serait toi seule que je devrais pleurer. Tu n'étais ni grisette ni demoiselle, mais douce, naïve et pure, et toutefois, au dire d'un grand casuiste expert en fait de convenances, même religieuses, je ne pouvais pas t'épouser !,.. Ernestine, que me réserves-tu ? »

• lîien n'est rinbnrrassant pour un hoinrno de cœur, » Que Pamitié dirige au sentier de l'honneur. »

Lorsque Charles s'en alla jouer la comédie à Bruxelles, il y avait avec lui, au théâtre royal de cette belle ville, deux jeunes danseuses d'un grand talent et d'une position exceptionnelle.

Adèle et Amélie de Ray avaient perdu leur père, lieutenanfc-colonel d'état-major, depuis deux ans. Leur mère avait un grand nom , mais un nom mal sonnant auprès de la dynastie de 1850, et elle ne put obtenir aucun secours du gouvernement.

Madame de Ray, dépourvue de fortune, avait un cœur haut et fier : elle n'était pas femme à demander deux fois, même pour

ses enfants, a Que faire ? dit-elle à ses filles. Vous brodez commodes féos, et je suis moimême habile à tous les travaux d'aiguille, mais c'est une ressource insuffisante, et vous n'êtes pas assez fortes au piano pour donner des leçons ; votre singulière passion pour la danse, mes enfants, vous a fait ne'gliger tout autre art d'agrément, et vos talents, très brillants dans un salon, ne sont pas à la hauteur d'un théâtre.

— Tu te trompes, tu nous fais injure, maman, répondit Adèle, l'aînée des deux sœurs. Je me rapelle avoir entendu, au dernier bal du vieux général, M. Petipa,de l'Opéra, qui, tu en conviendras, doit s'y connaître, dire derrière nous, en nous regardant, que si nous cultivions la grande chorégraphie, nous serions bientôt premiers sujets. Eh bien! nous avons cultivé la danse théâtrale, sans l'en rien dire, et à bonne

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école, je l'îjssiire. Tiens, re^^arde sans fléran» ger le rideau de la fenêtre : nous dominons d'ici la salle d'étude de madame Saint-Léon de la Cerrito. Yois-la danser. Trois heures par jour, elle travaille comme tu la vois faire en ce momeni, et nous l'imitons : nous savons par cœur tous ses mouvements, tous ses pas, toutes ses poses, ses pointes si difficiles. Amélie surtout fait déjà des nicrveiiles de souplesse, de légèreté. C'est bien mieux que moi, et pourtant je ne suis pas gauche... »

Les deux jeunes lilles se mirent à danser avec une grâce charmante, et la pauvre mère les couvrit de caresses une fois de plus.

Madame Saint-Léon les avait aperçues la regarder, et elle avait pris plaisir à professer ainsi à ia muette.

Adèle obtint de sa mère qu'elles feraient

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une visite à hCcrrito, et la rendraient juge (Je leurs dispositions et des ressources qu'elles en pourraient obtenir.

L'aimable artiste les accueillit avec bonté et se plut à les faire danser. Elle leur donna des encouragerj]ents, de sages conseils, et ajouta que, si elles voulaient se lancer dans la carrière, elle les ferait engager à Bruxelles comme troisième et seconde danseuses à dix-huit cenîs francs par an et qu'elles y trouveraienl une école excellente, où elles se perfectionneraient en peu de temps, de manière à doubler leurs appointements l'année suiv^mte.

Madame de Ray accepta, non sans hésitation, cédant aux instances de ses enfants, et la (Jenito leur donna des lettres de recommandation, même pour leurs travaux de broderie.

Ces dames arrivèrent à Biuxeîles peu

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avant Charles, et le hasard les logea dans la même maison.

L'extrême jeunesse et la beauté toute régulière et distinguée d'Adèle et d'i\mélie, jointes à leur grâce naturelle, leur valurent un grand succès, et madame de Ray eut fort à faire de les défendre contre une foule de prétendants. Heureusement, elle était aussi alerte et intelligente que tendre mère. Cétait un travail, et elle en riait avec son voisin Charles.

Celui-ci avait conçu une profonde estime pour rhonorable veuve, et loin de s'établir prétendant lui-même au cœur des jeunes fdles, il les nommait ses sœurs, et ne souffrait pas un mot équivoque en leur présence.

Il était alors fort absorbé dans sa déplorable liaison avec la trop coquette Mélite.

Tombé dangereusemenî malade, ce fut de madame de Ray et de ses enfants qu'il reçut le plus de soins jusqu'à l'arrivée de son oncle.

Lorsque M. de Surval emmena sou neveu à Grenoble, les jolies danseuses revenaient h Paris avec un brillant engagement au théâtre de la Porle-Saint-Marlin. Charles leur écrivit du Dauphiné, et, à ses différents séjours dans la capitale, il fréquenta plus qu'aucune la maison de la digne veuve. Il professait une profonde reconnaissance pour CCS dames.

Charles était à Nantes depuis trois semaines seulement avec ses amis, lorsque le conseil municipal , sur l'initiative du maire, leur accorda spontanément une subvention de trois mille francs par mois, dans l'espoir que ces messieurs se compléteraient et resteraient l'hiver suivant.

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Les artistes s'adjoignirent les malheureux, choristes de la dernière direction, qu*ils secouraient déjà, et utilisèrent aussitôt leur concours en montant F/rZc/eo le chef-d'œuvre de Cethowen, dont Fouileul était justement enthousiaste.

Ils décidèrent aussi qu'ils feraient venir de Paris deux danseuses, pour former au besoin, avec quelques jeunes comparses, un petit divertissement.

Le théâtre de la Porte -Saint-Martin venait de fermer, et vraisemblablement pour toute la belle saison.

Charlespensaaussitôt aux jeunes filles, et obtint sans difficulté de ses amis un engagement pour elles.

Ce fut une fortune pour la pauvre veuve. Madame de Ray venait de tomber infirme, et la clôture du théâtre allait les laisser sans ressources. La lettre de

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ClinrJes combla de joie toute la famillo.

Toiilofois, la réponse de madame de Ray le jeta dans une anxiété de nouvelle espèce.

((^!on ami, lui écrivait -elle, nous acceptons avec grande reeonnaissance;mais il faut que vous fassiez plus encore que de nous donner du pain. Je ne saurais me dissimuler que ma sanlé décline avec une rapidité effravanie. Je viens d'ariacher à mon méde** cin la confidence que je ne saurais vivie plus de deux mois. « Entrez, m'a-t-il dit, » dans ma maison de santé; si un miracle

> ne vous guérit pas, du moins vous mour- » rez en paix. Ayez la fermeté de vous laiie j> avec vos enfants et envoyez-les à Nan-

> les.

» La Providence ne m'abaridonne pas, puisque vous êtes près de moi. Sans ce bienfait je ne me séparerais à aucun prix de mes

iillos. Je connais votre cœur, je Tai vu brisé par Tamour d'une coquette, mais l'innocence et le malheur lui resiéront toujours sacrés. Adèle et Amélie vont à Nantes retrouver un frère qui les aimera, les respectera et les fera respecter de tous. »

— Oui, s'écria Charles en finissant de lire, et je remplirai mon devoir d'affection à mes risques et périls. Je vais me vieillir de cinquante ans, et me faire le Bariholo le plus revêche de la chrétienté. Jamais tuteur n'aura été plus intraitable : grilles et verroux me seront en aide, s'il le faut.

Les jeunes filles arrivaient le soir même.

Charles en était au point d'intimité avec M. de Saint-Aubin qu'il lui confiait ses soucis comme ses jouissances artistiques, et l'excellent homme n'était jamais en défaut d'amitié et de sages conseils. Charles

lui avait maintes fois ihenlionné ses obligations à Bruxelles envers la famille de Ray, et ses appréhensions sur la position pécuniaire fie ces dames.

Enapprenant l'arrivée, pour le soir même, des deux sylphides, le marquis demanda à Charles quelles mesures il avait prises. L'artiste avait à peu près pensé à tout.

— C'est bien, dit M. de Samt-Aubin. 11 faut exiger, en retour de nos soins, qu'elles marchent toujours de compagnie. Ce leur sera une garantie réciproque et une sauvegarde contre vous-meme.Quant à mes neveux vos inséparables, je ne suis pas sans inquiétude, traitez la question avec eux, la parole qu'ilsvous donneront sera plus sûre, par l'amtié qu' ils vous porten t, que par leur déférence affeciueuse pour mes injonctions. Voici d'abord ma morale sur la question : je ne veux pas que MM. de Ruillé trompent vos

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pupilles, chastes et pures comme vous me TalTirmez ; je ne veux pas non plus qu'ils les épousent... Louise et mon coup d'ëpee à M. Victor m'ont vieilli de vingt ans; les préjugés de ma caste, sages ou sots, me reviennent à l'esprit ; je me reproche presque mon existence excentrique; je ne jouerais peutêtre plus la Métromanie avec vous ; vous devez vous apercevoir que je baisse étonnamment; je vais me renfermer dans mon orgueil aristocratique... Toutefois la conclusion, plus ou moins logique de mon discours, est que je vous prie d'engager demain les deux orphelines ,a venir déjeûner avec nous.. C'est dans le laisser-aller de la salle à manger ou du salon de musique, que l'on connaît que l'on juge le mieux les gens, et je ne renoncerais pas pour tout au monde aux deux heures que vous voulez bien nous / donner chaque matin. C'est un des plus vifs

plaisirs, et, sans doute, le dernier de ma longue carrière. Aussi je m'engage, à ce prix, à garantir, quoi qu'il arrive, mesdemoiselles de Ray de l'amour de mes neveux. Je vous en donne ma foi de gentilhomme. »

Il restait à s'entendre avec Edouard et Alfred.

— Mes amis, leur dit Charles, mes deux jeunes sœurs, les petites danseuses de Bruxelles, arrivent ce soir, et vous m'aiderez dans ma tutelle. Vous ne leur ferez pas la cour, par amitié pour moi ; vous m'aiderez même à éloigner les galants. Vous aurezd'autantpîus démérite, que mes pupilles sont adorables par leur beauté, leur éducation, leur distinction, et, mieux encore, par leur malheur. Elles ont à votre égard la recommandation la plus puissante de toutes: elles sont pauvres, et il faut qu'elles vivent de leurs lalents, uniquement de leurs ta-

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lents. J*ai pensé a rédiger et vous faire signer un petit contrat synallagniatique entre nous : vous vous engageriez à ne pas vous faire aimer, et je m'engagerais, moi, pour le compte de mes sœurs et le mien, à vous préserver de toute intrigue ou ruse, de tout stratagème tendant à vous amener à mariage ; mais je vous accorde que votre enjeu serait supérieur au nôtre, et je dois me borner à faire appel a votre cœur, comme à vous prévenir que mes sentiments pour M. le marquis ne me permettent pas de me prêter à vos prétentions, même les plus morales. Promettez-moi surtout que vous ne vous fâcherez pas de ma très légitime défense ou méfiance contre vousmêmes.

Quant à moi, je vous déclare que je ne vous rendrai pas raison de ma conduite, que vous me tuerez sans danger aucun de représailles, parce que je ne vous aime pas

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inoins quo mos pupilles, et que je ne saurais vous iaire injure en m'eiïorçant uniquement de conserver à l'abri de vos coups le dépôt qui m'est confié.

- Allons, tu te moques de nous, dit Al- Aed, et tu ne parles pas moins bien morale que noire oncle. Il faut croire que tu pratiques ses principes, ou que tu es exemplairement discret, car nous ne savons rien de tes folies, vraisemblables cependant. Nous serons sages à ton instar, nous ne pouvons pas vouloir te contrarier : notre oncle et notre sœur ne nous pardonneraient pas. Ne crains rien de nos séductions ; ne nous cache pas tes pupilles : si nous les aimons, nous ne leur en dirons rien, et nous t'accordons que tous moyens seront loyaux et légitimes de ta part pour les soustraire à nos prétentions, mêine matrimoniales, si notre oncle ou toi ne les approuvez pas.

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— J'adhère à tous engagements fraternels, ajouta Edouard en étendant gaîment la main, à la manière de Girllaunie Tell. •

Le soir, Charles était à l'arrivée du bateau à vapeur, et bientôt les deux jeunes filles se pressaient dans ses bras.

— Mes sœurs!... leur dit Charles tout ému, votre voyage a-t-il été heureux ? Personne n*a-t-il manqué d'égards, de procédés envers vous ?

— Personne, répondit Adèle. Cette vieille dame que vous voyez là-bas était avec nous dans le coupé jusqu'à Angers Nous avons fait des caresses à son petit chien, et cela nous a valu ses bonnes grâces. Nous nous sommes établies à ses côtés sur le bateau ; l'on a cru que nous étions de sa famille ou de sa connaissance, et l'on ne nous a pas même adressé un mot.

— Honneur à elle, dit Charles, allant

avec ses pupilles saluer respectueusement la daine.

— Voila donc monsieur votre frère ? répondit la voyageuse. Je le félicite d*avoir d'aussi aimables sœurs. Salis flatterie, on ne saurait voir des jeunes personnes mieux élevées. Enfants, si vous éprouvez le besoin d'une vieille amie à Nantes, demandez !a comtesse de Lucé, sur le Cours... Adieu, adieu, chères petites : je suis flattée de vous connaître, ne m'oubliez pas.

Le joli chien léchait les mains des deux sœurs, et la comtesse revint sur ses pas les embrasser et les inviter de nouveau à aller à son hôtel.

— Vivat ! chères enfants, dit Charles, vous gagnerez ainsi tous les cœurs.

— Nous en avons besoin, dit Amélie en retenant ses larmes. Maman est bien malade !

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— Vos succès, votre lionheiir, Faisancc, fruit de votre travail, lui rendront la santé. - — Plaise a Dieu.

(Charles était magnifiquement logé. Près de son salon, très élégant, il avait retenu pour les deux sœurs une grande chambre très confortable. î^e salon leur était ainsi commun à volonté, et elles y trouvaient un piano et la harpe de leur tuteur.

Le lendemain, de bonne heure, Charles frappait h leur porte. Elles étaient rangeant leurs malles, leurs chiffons.

— Mes amies, leur dit-il, j'ai quinze cents francs d'économies ; on gagne de l'or dans cette bonne ville. Tout étant commun en famille, voilà vos deux tiers de la bourse; ma garde-robe est au complet, je veux que vous soyez élégantes : vous déjeunez aujourd'hui chez un marquis, le meilleur, le plus bienfaisant des hommes; nous ferons

visite demain à la vieilJe comtesse. S'il vous manque quelque chose, vous trouverez ici près, clans la rue môme, tout ce que vous pouvez désirer en modes et nouveautés.

MM. de Ruillé arrivèrent bientôt dans leur calèche.

Adèle et Amélie étaient déjà habillées, parées, toutes fraîches et mignonnes. La bonté de leur tuteur, sa délicatesse, l'appui assuré qu'elles trouvaient^en lui, leur donnaient le bonheur avec la sécurité. Charles les tenait par la main, heureux lui-même de leur affection, et il s'avança ainsi vers MxM. de Ruillé. « Mes amis, mes pupilles, dit-il en les présentant »

Ces messieurs s'inclinèrent devant les jeunes filles, frappés de surprise et d'émotion. Charles, loin d'exagérer, n'avait pas dit assez. Edouard s'efforçait vainement de détourner

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