‹ Une vie agitéeChapitre 4 sur 15 · INF. ME · texte numérisé non relu

INF. ME

d^approiidro (ju'il faut auliP choso qwo du droit pour atteindre les liautes fonctions de la magistrature. J'ai vécu célibataire et non moins studieusement qu'un bénédictin. J'ai passé, à la lettre, ma vie dans le travail et l'exercice de morr étal; mes collègues prétendent que je suis ce qu'on appelle un puits de science... Eh bien! l'on m'a jeté à la tête mon amour de Tétude et de la vie de cabinet, lorsque je me suis présenté modestement à mon tour pour la première présidence. 11 faut, avant tout, la pratique et les habitudes du monde pour y faire son

chemin, m'a-t-on dit fort poliment Je

suis désormais trop vieux pour changer de route; mais que mon expérience profite à ton fds. Il a du savoir autant, sans médisance, que maint collègue en faveur qui ne manquera pas de me passer sur le corps au premier jour. Que le cher enfant

aille îi Paris chercher ce qui nous manque à tous deux. Je ne sais pas bien précisément ce que c'est, mais Charles doit le rencontrer sans peine à Taide de son ami Jules, puisqu'il paraît que c'est plutôt dans les salons que dans les bibliothèques, que l'on acquiert l'aptitude des affaires, la dignité des grandes positions. • Madame de Surval ne fut pas peu surprise, et, pour la première fois, elle était tentée de résistera l'ascendant de son beaufrère. Elle voulait au moins accompagner son fds à Paris.

— Non , lui dit encore le président, je te condamne à me faire compagnie : il faut livrer complètement Charles à ses instincts. Je tremble qu'ils ne restent à Paris ce que je me suis traîtreusement prêté à les faire, si l'ami Jules, qui part avec lui, n'y met ordre.

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— Plaisont romplomont dVdiirnlion! dit

inadame3 <le Surv;d en éloniraiit un soupir.

— Tu es, conane moi , de l'autre siècle , ma chère sœur.

Charles se re'cria lui-même sur la volonté de son oncle, et ne partit qulx contrecœur et les yeux pleins de larmes.

— Carte blanche pour tes dépenses, lui dit le vieux magistrat , mais termine les études, prends tes licences dans Tannée scolaire. On m'a promis de le faire substitut dès que ion stage sera terminé.

Charles arrivait a Paris en novembre, le temps était humide et froid. Jamais jeune homme ne goûta moins sa nouvelle position, à cela près des leçons de harpe de Godefroi. Nul n'était plus embarrassé de sa liberté, et il travailla à son coin du feu de la rue de Tournon avec non moins d'assidu iîé que dans le cabinet de son oncle. Sa

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correspondance presque quotidienne avec sa mère était le journal le plus régulier du monde.

— Diable! diable! disait M. de Survaî , l'ami Jules esl-il devenu sage lui-même? Le quartier latin ne serait-il plus tel qu'on me la dépeint? Advienne donc le mauvais sujet.

Charles ne devait être mauvais sujet qu'à sa façon.

Ses examens, sa thèse étaient un jeu pour lui tant il avait bien travaillé à Grenoble chez son oncle.

Après sa harpe et l'heure qu'il allait passer avec Jules à la salle d'armes et au tir, il n'aimait de distraction que le spectacle. Son ami, qui en était lui-même passionné, l'y entraînait souvent.

La belle saison venue, ils fréquentèrent le boulevart du Temple, et même les pe-

lils th(5î\tres de la banlioiie, celui de Montparnasse particulièrement, où ils se lièrent à Torchestre avec quelques uns de ces jeunes artistes que l'on nommait les martyrs Sevestre.

Ceux-ci plaisantaient les premiers de répithète, et ne se récriaient pas lorsqu'on leur Taisait jouer dans la soirée même le drame à la barrière du Maine et à Belleville.

Jules trouva plaisant de courir ainsi en costume barriolé côte à côte avec des jeunes filles à demi vêtues et fort barriolées elles-mêmes, à des distances considérables , et il voulut en essayer.

Charles s'y refusa d'abord ; puis il fit comme Jules, et y prit un plaisir infini.

Grand, distingué, d'une noble figure, doué de beaucoup de force et de grâce naturelle, profondément musicien, et dirigeant une

belle voix de ténor avec mélhodc et siirelé, il se lança dans les rôles les plus diniciles et y obtint du succès.

On savait sa position , sa fortune ; on ne lui parlait pas d'engagement ; mais on ne le traitait pas en martyr: c'était uniquement par Fattrait du plaisir qu'on le retenait.

Les vacances étaient venues ; la correspondance de Charles n'était plus qu'hebdomadaire, et il n'annonçait nullement un prochain voyage en Dauphiné.

Madame de Surval s'inquiétait

— Que peut-il faire? dit le président à sa sœur. J'y vais voir par mes propres yeux, et je te ferai un fidèle rapport.

L'honoï-able magistrat, arrivé à Paris, découvrit son neveu chantant le Chalet^ au théâtre Montparnasse.

— Bravo! lui dit-il, loin de se récrier: cela te donnera ce qu'on a[)pellc de l'aplomb

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et te servira flans la carrière du ministère public. Bravo! bravo! mon garçon.

— Comment! vous ne me blâmez pas, mon cher oncle? répondit Charles enchanté.

— Non , parbleu ! je m'en garderai bien. Si j'en avais agi comme toi , je serais sans doute maintenant plus avancé dans ma carrière.

€ Ton fds a le goût des bonnes choses , dit le président à madame de Surval, à son retour h Grenoble; laissons-le jouer la comédie : cette folie lui passera comme toute autre. H aime trop la bonne compagnie, pour se plaire longtemps avec les commis et les grisettes , ses camarades actuels. Il en reviendra. »

Charles ne pouvait manquer de procédés pour sa mère et son oncle. En continuant ses exercices lyriques, ainsi que M. de Surval les avait nommés, en acquérant une

AGîTi:r:. Il

force (l'artiste sur la harpe, il se fit docteur en (Iroit^Fannée suivante.

Mais M. de Surval jugea la licence un peu forte, lorsqu'il apprit, quelques mois après, que son cher neveu était chantant les ténors légers au Théâtre-Royal de Bruxelles. La pauvre mère de Charles en versa des larmes : elle était humiliée, honteuse de savoir son fils comédien. Elle était effrayée aussi de ce que l'on dit dans le monde de quelques actrices.

— Il faut encore passer par là, dit stoïquement le vieux magistrat, et gardons-en au surplus le secret.

La tendresse de madame de Surval avait prévu le danger réel.

Charles , d'abord tout à l'amour de l'art, regarda bientôt autour de lui.

Il venait de chanter IsiDame Blanche avec la méthode et les traditions de son

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maître et professeur Pouchard , et une fraîcheur de voix délicieuse. •

Son Anna était elle-même parfaite de manières et de distinction.

Mélile Périer avait vingt-six ans et était toute charmante de grâce.

— Cest très bien, moii petit ^ dit-elle h Charles au dénoûmenl, avec cette familiarité des coulisses. Tu es un amoureux comme j'en ai toujours désiré, sans en avoir jamais rencontré au théâtre. C'est bien, très gentil.

Charles l'aima bientôt avec passion, et Fadorable folle le paya si ouvertement de retour, qu'elle négligea toute précaution à l'égard d'un grand personnage de la cour, fort épris lui-même de la jolie femme et qui se ruinait pour elle.

Connaissant le cœur, la délicatesse de Charles, c'était surtout à lui qu'elle s elfor-

çail (le radier sa posiihin, sans s'inquiéter lie lâcher son gios flamand, comme elle le nommait. C'était une guerre, un embarras de chaque jour.

'Parfois le jeune artiste s'inquiétait, se désespérait à en perdre la raison , et la coquette oubliait son rôle. Hélas! il aimait quand même.... Il en vint au point d*avouer sa position et d'oiïiir sa fortune et sa main.

Ces femmes de théâtre, ces talents de premier ordre que Ton rencontre à Paris et dans les grandes villes, sont souvent aussi séduisantes d*aimable folie, d'originalité que de beauté. Elles ont un système, une philosophie, une insouciance complète de Tavenir; rien ne leur est antipathique comme de se fixer, surtout avant trente ans, et elles ne sauraient aimer d'une manière absolue que leur égal..., un

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arlisle. Leur état leur plaît (Vaulant plus peut-être que tout en est précaire, le succès comme le salaire lui-même.

La belle Melite répondit à l'oAre de Charles par mille éclats Je rire, accompagnés d autant de caresses.

— Non, non, non, non, lui dit-elle. Me comprends-tu bien? Je ne veux ni de ton nom ni de ta fortune, je serais criminelle de te faire un pareil tour. Mon ami, je ne saurais me changer, et je suis incapable d'aller vivre au sein de ta famille, où tu ne manquerais pas de vouloir me conduire avant peu, puisque tu es riche. Tu as eu tort de m'apprendre cela, je vais t'aimer beaucoup moins, si je t'aime encore, enfant que ta es.

Charles tomba malade.

Mélite ne perdit pas un moment et écrivit à M. de Surval.

AGITES. i^

Celui-ci accourut, fidèle à son mandat tutélaire, et apprit tout de la brillante syrène elle-même. Les bons soins prodigués au cher neveu ne permettaient pas au digne oncle le moindre reproche.

Le président fit un magnifique présent et protesta de sa reconnaissance.

Il paya le dédit stipulé dans rengagement et put emmener Charles à Gre-

noble.

— Allons, allons, mon ami, dit-il au jeune artiste, voilà une campagne en Belgique qui corrobore ton diplôme de docteur. Tes vingt-deux ans sont tantôt révolus, et Ton m'a promis que tu serais prochainement substitut. Ta santé va se rétablir pendant les vacances au château de Ruval où tu te plaisais tant avant ton séjour à Paris. Tu es trop jeune, paraît-il, pour la vie éche-

4B l NE VIS AlilTKK. *

velée, ol je dois to fairo ossayor (riino carrière sérieuse, sanl'ii revenir sûmes pas. Il est très possible que tu ne sois eneore propre ni aux arts, ni aux affaires; nous verjons bien.

« lns(!nsé! ne savais-tu p.'is qiu*, » des paroles d'amour sont brû- » lantes , corrosives , qu'elles don- >♦ nent le ciel ou la mort ! »

(LiKUTEPfANT ÊtCoMÉDIUN,

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