DUCHESNOIS
Elle donna la lettre ouferte au jeune hoibme, qui la
lut tout haut.
— Oh ! oui, je vous ea réponds fne je trsvsûUerai, dit-il. -Où est mon ebapeaiit
— Le voici.
— Mademoisdle Dudiesneis, rons oompranez 90e je ne
sais pas comment vous remarcier; mais, n'importe, si je réussis, je serai contait de dire que e'est à tms qae je le 4oîs.
El, siduairt la ix^nne, Fexodlente tcagédiemid, il sortit tout courant.
S'il avait trouvé dans mademoiselle Dacbesnois une bonne et gracieuse protectrice, il allait également trouver chez Soumet un bon et charmant protecteur.
Cher Soumet I je Tm coiidci moi, trop lard, mais cepenlant assez pour le suppléer au Théâlre-Fraaçais daos la nise CD scbae de ses deux der&iers ouvrages» assez pour ivoir mérité qu'il crût me devoir quelque reconnaislanœ.
Bem type de po^, celui-là ! Orgueilleux juste à lameiure de son talent, plein de foi dans la muse^ de rdigion )our la poésie; puis bon» doux, obligeant comme un Véritable homme de génie qu'il était.
En 4828, c'était un homme encore jeune, aux grands
feux inspirés, aux cheveux noirs flottants, au cœur ouvert et facile ; aussi reçut-il admirablement le jeune artiste dans ua cabinet élégant, tout garni de bustes des maîtres.
Il lut la lettre, et, comme celle qui récrivait :
— Répélez-moi quelque chose, dit-il à monsieur Gustave.
Celui*€î pensa que la tirade qiû avait bien fait chez madeffloiseUe Ducfaesnois ferait bi^ chez Soumet. Soumet écouta avec attention.
— Ce ne sont point des bouts de rôles qu'il vous faot; ce sont de grands rôles* Ce n'est pas à l'Odéon qu'il faut jouer deux ou trois fois par mois ; c'est à la banlieue qu'il
faut jouer tous les jours. Je vais vous donner une lettre pour Seveste. ^
— Mademoiselle Ducbesnois m*a envoyé à vous ; faites de moi ce que vous voudrez.
£t, cependant, après avoir rêvé le Thé&tre-Français, après avoir entrevu TOdéon, c'était tomber bien bas que d*étre précipité cbez Seveste.
Soumet comprit ce qui se passait dans le cœur du jeune bomme, si résolu qu'il parût.
— Si vous vous embourbez dans les petits rôles, vous n*en sortirez jamais ; croyez-moi,«Jie débutez sur aucun théâtre de Paris que pour frapper un coup.
— Donnez-moi ma lettre pour Seveste, monsieur, et dans une heure je serai chez lui.
Soumet écrivit la lettre de sa belle et franche écriture, qui ressemble à celle Ae Lamartine : les honnêtes gens ont une écriture à eux.
Les deux Seveste, Jules et Edmond, — Edmond, qui est mort ; Jules, qui est aujourd'hui directeur du Théâtre- National, — demeuraient alors rue Beauregard, et exploi- ; (aient tous les théâtres de la banlieue. ;
C'était de la rue Beauregard qu&partaient tous les^jours i ces voitures de comédiens expédiés du centre à la circon-
UiNE VIE d'artiste. 469
férence, et qu'on appelait les panters à salade Seveste.
Gr&ce au nom de Soumet, monsieur Gustave fut immédiatement introduit près de l'un des deux frères.
C'était Edmond.
Edmond lut la lettre, et, pour la troisième fois dans la même journée, monsieur Gustave entendit ces paroles sacramentelles :
— Répétez-moi quelque chose.
Cette fois, il voulut varier, et attaqua l'entrée d'Hamlot •
Fuis, spectre épouvantable! ,
Porte au fond des enfers ton aspect redoutable !
Au quatrième vers, et comme il s'apprêtait à continuer, un homme apparut tout à coup sortant d'une pièce voisine.
— ChutI lit cet bomme.
Monsieur Gustave s'arrêta court.
— Chantez-moi quelque chose, dit le nouveau venu.
— Volontiers, dit M. Gustave.
Et il chanta trois couplets de vaudeville sur trois airs dilTérents.
— Magnifique voix de basse I s'écria Jules Seveste.
iO
%n UNE VIE D*ARTI8TB.
Le Boaveim venu était Jules Seveste.
— Qnesavez-vons?
— Micktl et Christine, Saris tamiour ni trofi^fettep Adolphe et Clara.
— (Test ce qn*îl nons faat Vous répéterez demaân et irons jouefîra après-deraaiii.
— OùT
— A Hont-Parnasse.
Le lefldennnn an soîr, moQsietfr Gostseve jouait JlHchei ^t Christine à Mont-Parnasse.
L'avertisseur Tatlendait à sa sortie de la scène. .
— Passez chez monsieur Seveste.
— Tout habillé, comme cela?
^-> Coiame f«»s êtes ; il vous ftttaid.
— Peste! je ae veux pas le faire aiiendce. Et il passa chez monsieur Seveste. .
Deux engagements atlendaioBl sur uae table, tout «ignés de messieurs Seve^e.
— SigDn^sun ceia, dit Edmond.
Monsieur Gustave signa sans mêiM r^aeéèr.
— - Boa ! Lises, maintenant, lui dit le éineoteiir. Monsieur Gustave lut. Il était engagé pour joaer les
premiers rôles, les jeunes premiers, les «iMiivem, les
ITNE VIE d'artiste. t7fr
pères nobles, les valets ; pour chanter dans îes chœurs et figurer dans lès pièces à spectacle.
Pour tout cela, il towsherait juste ce que îni promettait ' ZozoduKerd : cinquanfe francs par mois.
Seulement, il devait se fournir de tout.
Monsieur Gustave s'en alla content comme un prince et serrant de soik bras gmdie son eogag^emeiit sur son^ cœur.
Orote et Pyâaà» se zeteoferent à BriLevîtle. — Le tontateur. -^ Gustave est embauché. -^ Une indisposition. — Arrivée au Havre» — Le trois-mâts f Industrie, — L'appareillage. — Un mois ao. Havre à attendre un vent fovorable. — Sortie du port.
GHSta^e faisait partie de la troupe slatlonnaire de Belleville.
Le lendemain, au moment où il entrait en scène pour la répétition, un cri Taccueillit :
472 UNE VIE D*ARTISTB.
— Tiens ! c'est Gustave !
— Tiens I c'est Hippoly le !
Oreste venait de retrouver Pylade.
Oreste s'approcha solennellement de Pylade, eo disant :
Oui, puisque je retrouve un ami si fidèle ,
Ma fortuDe va prendre une face nouvelle;
Et déjà son courroux semble s*étre adoaci, •
Depuis qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici.
Hîppolyte avait été obligé de quitter à son tour le père Dumanoir; la misère était devenue^ intolérable, et, comme rhiver continuait d'être rigoureux, que Tartiste nomade trouvait, ainsi que dit la grammaire, les étangs et les rivières glacés, il n'avait pu apporter aucun soulagement à son existence en utilisant le truc de son ami Gustave, c'est-à-dire en péchant des grenouilles et en chantant :
Ma Fanchette est cUarmaute!
Après s'être parlé en vers, avec Racine pour interprète, on se parla en prose. ' '
— Que fais-tu? demanda Gustave.
— Je joue les amoureux, répondit Hippoly te; et toi?
— Et moi les basses : Ut, si, la, sol, fa, mi, ré, ut, ut, ut!
y^ Oh ! je connais ton creux, je Tai entendu quand il était vide.
Effectivement, Hippolytejouait tous les amoureux, quels qu'ils fussent : gais, dramatiques, sentimentals.
Gustave tous les oncles, tous les pères, tous les généraux, tous les gouverneurs, tous les vieux, enûn.
Cela dura six mois.
Au bout de six mois, une des deux pelures du père disparut tout fr fait.
L'autre était en assez mauvais état.
Le bonnet grec avait remplacé le chapeau, ce qui n*étâit rien, l'enthousiasme pour les braves Hellènes étant h son comble en ce moment.
Mais les bottes faisaient eau, les vieilles affiches commençaient à remplacer les chaussettes.
On comprend que Gustave, n*ayant que cinquante francs par mois, et, sur ces cinquante francs par mois, étant obligé de se fournir de tout au théâtre, ne pouvait se fournir de grand'chose à la ville.
Un soir ^u'il avait joué dans trois pièces, et que je ne sais quelle circonstance l'avait retenu au théâtre une
47i «KB TIB DAITISTB.
Iieare apris ses eamaradest il sortH par b porte des artistes, à minuit et demi sonnant.
Au Biu>meDt oà tt faisait ses^praniers pas dans la rue, un homme, qui paraissait attendre sa sortie, st détacba de la muraille, et le saifit.
Quoique ee tùi eu pleia été» la Boit était sombre et la roe déserte.
Monsieur Gustave n'avaU rien, absolument riQn qui fût digne d'être volé; pourtant, cet homme qui le suivait finfméta.
En tournant une rue, il s'arrêta court; d^ sorte que, lorsque Tinconnu tourna, le même angle que monsieur Gustave venait de tourner, monsieur Gustave et rincoanu ie trouvèrent face h face.
— Ah! pardon, monsieur Gustave» fit riucouno. — PardûB, de quoi? demanda le jmine homiue*
— Pardon de vous suivre.
— Vous me suiviez dxmc?
* —Certainement — Et pourquoi me suiviez-vousT L'inconnu prit son air le plus souriagJL
— Je voulais vous faice une questioui moBsieuTr — Laquelle?
VHE VIE D*ARTIS.TI. 47o^
— Aimez- VOUS les voyagea?
— Singulière question à faire à un h<Mnme» et surtout à une heure du matin.
— Honsiettfy ji^ a*ai pas eu la patience d'attendre plus, longtemps I
— Pour savoir si j'aimais les voyage?
— Oui, monsieur, rattache une grande importance > votre opinion là-dessus.
— £h bien I moosieifir^ je les aime passioanément. Et