VUE TIB 1>*ARTI8TB« IM
A partir de raocoachement de madame Dupois, oa eu< dttbeau temps.
Le qiiaranle^tiqaième jour apiès le départ du Havre» le matelot eft vigie dans les lyarres de perroquet cria : « Terre. >
Cette terre, c'était b Guadeloupe.
— llau£t penaud 1 dit le capilaïae; et quand on pense que, si je ne Tafois pas jeté à la mer^ nous serions encore à la bauèeuir du ca{) BogadcNT 1
-* C'est éigal, capitaine» dit monsieur Oustaye, une autre fois je vous ferai autre chose que de la sculpture. Uon pauyre bonhomme, auquel j*avais travaillé trois jours, etsur lequel j'ai cassé les deux lames de mon canif I
-*- Boni monsieur Gustave, dit à voix basse Gringalet» le capitaine ment : il n*a jeté à la mer que le fil et les rondelles de bouchon ; quant au bonhomme, je Tai encore^ vu hier dans le tiroir de sa commode; et, si vous voulez, je YOQS le montrerai.
Monsieur Gustave donna un petit écu à Gringalet; rhonneur était sauf !
Quant au passager au dictionnaire, il ne revint en France qu'en 4638 ou 4839, au moment où l'on publiait le dictionnaire de BescbereUe.
900 UNE VIE D*ARTISTC.
Apprenant qu'an nouveau dictionnaire venait de paraître, il se rendit chez Téditeur, et demanda la permission de le feuilleter* Cette permission lui fut accordée.
Il chercha le mot qui» depuis dix ans, le préoccupait, et trouva :
€ Pënnon, s. m., sorte de girouette composée d'un bâton armé à sa partie supérieure de petites tranches de liège sur la circonférence desquelles sont plantées de petites plumes, pour faire reconnaître ladirection du vent.»
— Ah i s'écria-t-il, voilà donc un homme qui en sait à lai seul plus que quarante académiciens 1...
Anirée. — Monsieur Gustave dans un café. — Dialogue avec un créole
— Gustave négrophile reçoit un avertissement. — Le bon gendarme.
— Gustave dans le costume d'Adam après sa chute. — Le capitaine Chamblon se laisse couler à la mer. » Son oraison funèbre.
Cette terre, nous Tavons dit, c'était la Guadeloupe. On comprend que du moment où Ton eut crié:
« Terre ! » tout le monde fut sur le pont.
Seulement, au milieu de l'atmosphère transparente des tropiques, on distingue à des distances inouïes. '
La terre, signalée à sept heures du malin, ne devint réellement visible que trois heures après, et ce ne fut que vers cinq heures du soir que Flndustrie longea la côte de FÂrbousier.
 trois ou quatre lieues de distance, on apercevait, à Taide de lunettes d^approche, des centaines de barques entourant le vaisseau français qui garde la côte, et qu'on appelle le Stationnaire.
Ces embarcations paraissaient attendre Vindustrie.
Au fur et à mesure que Ton approchait, des démonstrations de joie éclataient à bord des embarcations, démonstrations si expressives et si bruyantes, que Ton se demandait quelle pouvait être la cause de cette satisfaction universelle, qui dépassait les limites d'une joie ordinaire.
Les premiers mots que l'on échangea des embarcations avec le bâtiment, et du bâtiment avec les embarcations, donnèrent l'explication de l'énigme.
Le bâtiment qui était parti du Havre le jour où devait partir Plndustrie était en destination de la Guadeloupe. U avait fait la traversée en vingt- cinq jours, et avait annonce, en entrant dans le port, l'apparition prochaine de
9M UK8 VIS D*AftTI&TK»
f Industrie^ qui, étant partie le même jour qpie Isi, ne pouvait point tarder à arrirer.
Ayant vu l'appareillage do trois-mftts, ^ ignorant que le troia-m&ts n'avait pa sortir» il devait oroire qu'il lesnH fût
V Industrie, au contraire, on s'en souvient, était restée ma mpis retenue au Havre.
Le navire était donc depuis cinq jours k la Potnte-à- Fttrc^ quand tiniustrie mettait à la voile.
Quarante-cinq jours de traversée, j(ttnts à ees cinq jovs, ledsateDt un retard de cinquante jours.
Pour les habitants de la Guadeloupe, il était donc (vident que ^Industrie avait péri.
Or, au nombre des. passagers, il y avait sept ou boit créoles de Tlle, presque tous jeunes gens des meilleures familles de la Pointe-èhPItre; et ce retard, qui ne laissait aucun douta sur quelque sinistre inoonau, avait ploogé toute la ville dans la désolation.
De sorte qu'au moment oA la vigie du pcHrt avait signalé le trois-m&ts tlndiatriet un grand cri do joie s'était tkyé de la ville.
Or, tlndu^lfis arrivait à pleines voiles, et rien dans sa m&ture ou ses agrès n'indiquait la moindre avarie.
VNB Tfl D'ARTISTB. 9^
loi» que I» sombre d» ses passagers eAI âiminiië, il
avait augmenté au contraire.
Céttàt «ne €lM)8» merfeiHense à ▼oir pMr tes Européens q«» cette Mtttte^à la ▼égétation toxnriaste, s^détadianl sur le fond d'or d'un soleU couchti^^ que eette mer traos^ pareile, toute couverte d'embarcatioQs, faisaat jaillir sous lewra rames des gerbes de diamants roses, fond et cadre te tableao représentant la Fête du Retour.
Embarcations et bâtiments se rejoignirent près du St(itiommre; à l'instant même, il se fit un échange de tendresses, un assaut d'embrassenents ; les gens des embareatkms montèrent à bord, tandis que de tous côtés quelques-uns des passagers descendaient dans les embar-» cations, au risque do tomber à la mer.
O0 M tvyait que bras tendus, que poitrîaes ouvertes^ qu'yeux mouillés de larmes.
La troape comique était en dehors de toutes ces déiiMmstrations ; la curiosité seule l'atlendait, et la curiosité n'a rien de bien tendre.
On eotra dans la ville & la BQit tombante, regardant avec étonnement ce spectacle si nouveau à des yeux européens, de toute une population noire à peu près nue.
Le soir de l'arrivée fut employé à chercher des logements»
S04 UNB VIE d'artistb.
Rien de plus facile, au reste, à trouver, qu'un logement tout garni h la Pointe-à-Pitre.
Une foule de belles négresses, de dix-huit & vingt ans, n*ont pas 'd*autre industrie que de louer en garni les deux eu trois chambres qu'elles habitent.
Au choix du locataire, elles portent leur lit dehors, ou le laissent à Tintérieur ; c*est d*une simplieité patriarcale.
Dès le soir de son arrivée, monsieur Gustave alla au café, et pensa se faire une affaire.
Tout rétonnait ; il regardait tout avec des yeux avides; il écoutait tout avec des oreilles curieuses.
Deux créoles causaient; il écouta ce qui disaient les deux créoles.
Il était question d'un nègre nommé Cicéron.^
— Monsieur, dit un des créoles à notre héros, je vois à votre teint que vous êtes Européen.
— Ha foi, monsiWr, vous ne vous trompez pas.
— Et même que vous venez pour la première fois aux Antilles.
— Il y a deux heures qui j*ai fait mon entrée à la Pointeà-Pltre.
— Eh bien ! monsieur, je parie une chose.
-7 Laquelle ?
— Je parie que vous plaignez les nègres.
— Pariez, monsieur : vous gagnerez.
<— Cest incroyable qu'on plaigne des brigands pareils.
— Pourquoi ne les plaindrais-je pas? En somme, ce sont des hommes.
^— Des hommes? Voilà de singuliers hommes, par exemple l Tenez, regardez monsieur.
Et le créole montrait à Gustave Fhomme avec lequel il causait.
— Eh bien, je regarde monsieur... après?
— Eh bien, hier, il achète un nègre.
— Il achète un nègre.
— n le paye deux mille quatre cents francs.
— Deux mille quatre cents francs.
— Le drôle voit compter l'argent devant lui... comprenez-vous bien ? il voit compter l'argent.
^ Il voit compter l'argent... je vous suis avec attention. — Eh bien, devinez ce qu'il fait...
— Comment voulez-vous que je devine cela?
— Il se pend celte nuit, monsieur.
— Il se pendl... vraiment?
— C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire. Comment trouvez-vous ce drôle-Ià?
VifE TÏE D'Aim^TF.
— Moi, monâettr, je le trouire superbe.
— Plalt-il?
«-*J^ foee^dis (foe je le trouve superbe.
— Kemnear, il ne faudrait pas dire sonrent de pareilles choses ici» et dans la compagnie des créoles.
— Pourqnoi cela?
— Mai^ parce que Ton a la tête assez chaude à la Groadèloupe, et que Ton tire très-bien le pistolet.
— Eh bien, que voulez-vous que cela me fasses ,
. Les deux hommes se regardèrent en se disant des yeux : < Ah çàl mais qu'est ce donc qu'un pareil révolutionnaire? »
Ils quittèrent le café.
Le lendemain, à sa première sortie dans la rue, monsieur Gustave vil une vieille femme qui frappait sur la tête d'une esclave à grands coups de douves de tonneau ; le sang coulait de tous côtés.
Monsieur Gustave, en brav^ chevalier, défenseur du faible, s'élança dans la maison, et fit lâcher prise à la femme, laquelle, trouvant fort étonnant qu'un blanc ap* portât du secours à une esclave, alla se plaindre au gouverneur.
>Le gouverneur envoya chercher monsieur Marest, lui
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raoaata le scandale ^ite causait moasiear Oostave en se posant carrément connne abolitionniste, et le prévint que, si une troisième fdainte était déposée contre s^ pensionnaire» celnî-ci serait fondait à bord du premier bâtiment en rade pour la France, avec invitation an capitaine de le déposer le plus viteflmit possible, soit à Mantes, soi^à Brest, soit au Havre.
Le directeur, tout effaré, fit venir monsieur Gustave, qui, invité à demeurer tranquille à l'endroit des nègres et des négresses, se le tint pour dit, et résolut de ne plus s'occuper d'autre chose que de ses répétitions, qui cornntencèrent dès le -surlendemain.
Huit jours après, il détmta dans tes SUaiidas, et obtint le plus grand succès.
La troupe de monsieur Marest s*était réunie à Tancien noyau d'une astre troupe qui Tavait précédée, et qui avait pour directeur ua brave et excellent homme nommé Verteuil, oncle ou cousin do Verteoil qui est aujourd'hui secrétaire du lliéâÉre-Français. Il était en même temps parent de mademoiselle Geoiiges.
Ce qui doublait, au reste, les chances de réussite des nouveaux venus, c'est qu'ils ecploilaient à la fois laP^inteà4»itre^e(la Batse-ïÎBrre. Une petite goélette, qui faisait
SOS UNE VIE d'artiste.
le service entre les deux villes principales de nie, conduisait les artistes de Tune à Tautre en quelques heures.
Mais on se rappelle la répugnance de monsieur Gustave pour la plaine liquidCj ainsi que disaient messieurs les poëtes de FEmpire. Or, comme notre héros — on a pu s*en apercevoir d'ailleurs— était aussi excellent marcheur que mauvais marin, et que les deux jilles n'étaient séparées, par terre, que de douze ou quatorze lieues, il faisait,* par terre, à pied, le chemin que les autres faisaient, par mer, en goélette.
Entre les deux parties de l'ile désignées par les noms de Haute et Basse Terre, et marquant les limites tracées par la nature entre elles, coulaient trois torrents.
Le premier s'appelait les Trois-Rivières ; le second, la Goyave; le troisième, la Moustique.
Arrivé en temps ordinaire, c'est-à-dire dans la saison d'été , sur. les bords de la Goyave ou de la Moustique, monsieur Gustave se contentait d'ôter ses chaussettes et ses souliers, de relever son pantalon, et de sautiller de pierre en pierre, jusqu'à ce qu'il eût atteint l'autre rive.
Pour franchir les Trois-Rivières, il enlevait non-seulement ses chaussettes et ses souliers, mais encore son pantalon, et, en marchant avec la plus grande précaution, il
passait ayant en certains endroits de Feau jusqu'à la ceinture.
£n temps extraordinaire, c'est-à-dire dans la saison des pluies, là où, l'été, il n'ôtait que bottes et chaussettes, il Atait bottes, chaussettes et pantalon.
Là où il n'ûtait que bottes, chaussettes et pantalon, il ôtait tout, faisait un paquet de tout, le mettait sur sa tête, et passait à la nage.
Au retour, ce n'était rien.
 un quart de lieue de l'autre côté du torrent, sur le sol de la Basse-Terre, il y avait un village; dans ce village, une boutique de morue sèche, de tafia et de farine de manioc; dans celte boutique, un gendarme; dans l'écurie de ce gendarme, un cheval.
Monsieur Gcustave s'arrêtait dans cette boutique pour se laver les pieds avec du tafia.
n avait fini par se faire l'ami du gendarme.
Quand il allait à la fiasse-Terre, cette amitié lui était de toute inutilité; mais, quand il en revenait, c'était tout autre chose.
Le gendarme montait à cheval, prenait monsieur Gustave en croupe, lui faisait passer les Trois-Rivières, la Goyave et la Moustique, le déposait à terre, repassait seul
les torrents» ^ nyenaii cbez lui rem^tre sen cèevalè récurie, vendre sa morue sèche, son tafia, sa faii&ede mamoc, ' et servir le goavemenieBt dans ses mmmU perdus.
Or, un jour, il arriva que les rivières étaient tdlement grosses, qu*il fallait tout 6ter pour traverser la Goyave et ia Moustique, et qu*€B traversant à la nage les Trois-RivièreSfJa nécessité où fui monsieor Gustave de se servir de ses deux mains lui fit làdier le paquet qa*il portait sur sa léte.
Ce paquet, qu'en ne l'oublie pas, c'étaient ses chaussettes, ses boOes, son paatsloii, sa redingote, son giM et sa chemise.
On comprend combien^ monsieur Gvslavt teoail à ce paquet.
Aussi fit-il des efforts inouïs iNmr le nttiaper; mats tous ses efforts Isfwt inutiles.
3tout oe que pvt faire mrosieiH* Gustave, ce fiit de ne pas suivre son paquet, enporté dans iQffiUe du Kenque. et de sauver sa propre personne.
Il la saiif«^ oommesp par ste fétteiter beaowiç.
Mais ses lôticUatioBS oSerftes et rSsçoes, nmtmoQT Ctestave se trottva SK OMHQ» «n fer.
UNE VIE D*ARTÏST«. 2H
Restaient f^ien )e genâaroe et sa boirtiqtie.
Mms la boMiqfie da gendarme était sitaée aa centre ûa village.
Il itdlart parvenir à ce centre.
Cest assez cammun de voir des nègres an^i nns que râait mmsieor Gustave, et, yn la couleur de la peaa, personne n'y fait aitenlioû ; mais il n'en est poi&t 40 même desUascs.
' KoBsieor Gnstave se trouvait josle dans la sîtoation de RoinnsoB dans son Ile, oa d*Adam dans le paradis.
Hais il n%vait point les peanx de bêtes de Robinson.
Il est vrai qu*il avait les feuiUages d'Adam.
€e fut donc le costume d'Adam après sa chute qu'il adopta, et avec lequel il fit son entrée dans le village d'abord, dans la boutique de son goidaniie easaito.
Parvenn là, il était sauvé.
Le gendMrme loi prêta eharUm'ij habit, boanet de police.
Ce fut dans ce costume qu^il rejoignit la troupe.
Le public savait faventure, et fitii StanislaBoneavagni» Qque entrée.
Que devenait le capitaine CbamMoa pendant ce temps?
Le capitaine Chamblon avait repris chargement
vite que possible, et s*était remis en mer avec son second, qui était non pas un simple lieutenant, mais un capitaine aussi savant et aussi habile que lui. On se demandait pourquoi cette alliance de supériorités mariUmes, et les plus habiles ne pouvaient rendre compte de celte bizarrerie.
Trois jours après son départ de la Guadeloupe» la chose fut expliquée.
Le capitaine, selon son habitude, était h la poupe, et, penché en dehors du bâtiment, regardait dans le sillage ce je ne sais quoi qui semblait si fort le préoccuper.
Cette fois, sa préoccupation fut si grande, qu*il oublia la loi de la pondération, et, levant les jambes en même temps qu*il baissait la tôte, il se laissa tout doucement couler à la mer, où il tomba sans jeter le plus petit cri; ce qui prouvait que c'était bien volontairement qu'il accomplissait cette action, et que la maladresse n'y était pour rien.
Cinq minutes après cet événement, qui s'était passé si secrètement, que le timonier ne s'était pas même retourné, le second parut hors de TécoutiHe, et regarda autour de lui, comme un homme qui cherche quelqu*un.
Puis, ne trouvant point ce qu'il cherchait :
—- Où est le capitaine Chamblon? demanda-t-il au timonier*
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— A Tarrière, lieutenant, répondit celui-ci.
— Comment, à l'arrière? Je ne vois personne.
Le timonier, tout étonné, se retourna.
— Tiens, dit-il, c'est singulier. Il étaitlà tout à l'heure.
— Oai, répondit le second, mais il n'y est plus.
Les deux hommes se regardèrent en secouant la tète. —Le capitaine avait beaucoup de chagrins dans son intérieur, dit le timonier.
— Ah! fit le lieutenant, voilà donc pourquoi, depuis trois jours, il m'a mis au courant de tout comme lui-même.
— Il faudrait voir dans sa chambre, dit le timonier.
— S'il y est?... ajouta le lieutenant en secouant la tête d'un air de doute.
— Non, mais pour savoir s'il n'a pas laissé quelque cbose.
— Tu as raison, dit le lieutenant.
Et il descendit.
Pais, remontant au bout de quelques instants :
— Tout est bien, dit-il, et notre responsabilité est sauregardée.
— Il avait donc laissé un papier?
— Qui explique tout!
— De sorte que le pauvre capitaine t...